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Comptes rendus

Martine Blanc et Christine Cuerrier Le mentorat en politique auprès des femmes. Un mode d’accompagnement prometteur. Montréal, Les éditions du remue-ménage, 2007, 138 p.

  • Marie Langevin

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  • Marie Langevin
    Université Laval

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Partant du constat de la sous-représentation des femmes en politique et motivé par la recherche de solutions, cet ouvrage propose de visiter les expériences de mentorat politique au féminin en s’appuyant sur l’expérience de Martine Blanc, présidente du collectif Féminisme et démocratie, ancienne conseillère municipale et spécialiste de l’implantation des programmes de mentorat, et sur celle de Christine Cuerrier, conseillère d’orientation et chercheuse dans le domaine du mentorat. L’ouvrage s’associe également au Groupe Femmes, Politique et Démocratie (GFPD), organisme travaillant à l’éducation citoyenne et à l’engagement politique. L’objectif des auteures est de convaincre les partis et les acteurs et actrices politiques de la pertinence du mentorat comme forme d’accompagnement politique afin de recruter des candidates et de les soutenir dans leur cheminement professionnel et personnel.

Pauline Marois rappelle en préface que les interdits formels sont chose du passé pour les femmes, mais qu’« il reste beaucoup à faire » afin d’occuper les lieux de pouvoir et de faire en sorte que la gestion de la cité soit l’affaire de toutes et de tous (p. 9-10). Les activités éducatives du GFPD, dont l’École Femmes et démocratie destinée aux aspirantes candidates, participent de cet effort en vue de l’équité et de l’égalité. Dans un avant-propos instructif, Élaine Hémond, directrice générale du GFPD, expose le contexte dans lequel les participantes à cette formation ont exprimé leurs besoins d’accompagnement, de réseautage et de marrainage pour atteindre leurs objectifs professionnels (p. 13-22). Cherchant à répondre à ces besoins et constatant l’absence de formule d’accompagnement adaptée aux femmes en politique, les membres du GFPD ont mis sur pied un projet pilote de mentorat en politique au féminin. L’ouvrage de Blanc et Cuerrier s’appuie sur cette expérience novatrice pour traiter du mentorat sous trois angles. Les auteures cherchent, dans un premier temps, à comprendre les causes de la sous-représentation des femmes, pour explorer, dans un deuxième temps, les initiatives d’ici et d’ailleurs mises en avant afin de soutenir l’engagement actif des femmes en politique et pour tracer, dans un troisième temps, le portrait du projet pilote du GFPD.

Le premier chapitre aborde la problématique du cheminement de carrière et du développement personnel des femmes en dégageant des caractéristiques qui permettent de comprendre leur expérience particulière du monde politique et d’envisager des pistes d’action dans le but de soutenir leur participation. La revue de la littérature révèle que les femmes ont une vision globale de leur projet de vie. Leurs choix sont guidés par un besoin d’harmonisation et d’intégration des différentes « zones de vie », personnelles, professionnelles, sociales et familiales, en fonction de leurs priorités (p. 30-34). En outre, la dimension relationnelle est un facteur qui détermine leur cheminement puisqu’elles « tiennent compte des milieux humains dans lesquels elles évolueront et des gens significatifs qui les entourent » (p. 33) dans la définition de leurs priorités et de leurs formes d’engagement. Des « différences de styles » sont également présentes entre hommes et femmes. Ces dernières se montrent davantage attirées vers le travail en équipe, se révèlent plutôt réticentes à la prise de risques, cultivent une conception participative du pouvoir et exercent un leadership centré sur la collaboration (p. 40).

D’après les auteures, ces caractéristiques du cheminement au féminin expliquent que les femmes qui sont invitées à faire le saut en politique ou qui souhaitent le faire se livrent à des questionnements et vivent des doutes intenses les amenant à peser le pour et le contre selon plusieurs angles avant de prendre une décision. Le caractère typiquement masculin du monde politique, de ses codes, règles et langages est source d’inquiétudes et de difficultés pour les femmes. En outre, le sentiment de solitude devant un univers inconnu est susceptible de freiner leurs aspirations, d’où le besoin d’accompagnement et de stratégies d’autonomisation (empowerment) afin d’apprivoiser le pouvoir et les réseaux d’influence (p. 45-47). Blanc et Cuerrier sont d’avis que le mentorat est adapté comme mode d’accompagnement pour permettre aux femmes de se familiariser avec le milieu politique, de trouver du soutien à leur intégration et d’acquérir des compétences, des savoir-faire et des savoir-être (p. 51).

Le deuxième chapitre explore les modes d’accompagnement en popularité croissante depuis une quinzaine d’années, particulièrement dans le milieu des affaires, et discute des formes les plus adaptées au milieu politique et aux femmes. Le mentorat privilégie les formes d’apprentissage à moyen et à long terme liées à la sagesse, aux savoir-être et aux attitudes, comparativement à l’enseignement, qui transmet des données informatives, et à la supervision (ou coaching), qui concerne plus précisément l’acquisition d’habiletés et de savoir-faire (p. 62-63). Le mentorat a ses objectifs propres, nécessite le volontariat, la gratuité, l’engagement et la confidentialité, tout en excluant l’évaluation des performances. Dans ce contexte, le mentor ou la mentore est une personne expérimentée soucieuse de transmettre ses acquis, de partager ses valeurs pour soutenir le mentoré ou la mentorée en quête d’accomplissement personnel et professionnel (p. 57).

Dans le domaine politique, Banc et Cuerrier soulignent que peu de recherches se sont consacrées aux expériences de mentorat et que les écrits se font plus rares encore sur le thème du mentorat politique auprès des femmes (p. 66). Diverses initiatives d’accompagnement des femmes en politique active sont recensées en Amérique du Nord, en Europe, et en Australie (p. 69-88). En somme, bien que le mentorat politique soit peu documenté, les auteures considèrent que les recherches actuelles sur le sujet confirment sa pertinence pour l’accompagnement des femmes. Leur enthousiasme est partagé par Marie Malavoy, députée à l’Assemblée nationale du Québec, qui estime que le mentorat, « envisagé comme une aide à la persévérance » pour celles qui ont le désir de s’engager en politique active, « peut avoir un impact sur la sous-représentation des femmes », en offrant un soutien à celles qui, autrement, abandonneraient (p. 97).

Le dernier chapitre présente le projet pilote de mentorat politique du GFPD. Ce projet, qui « s’inscrit dans la perspective du développement d’une culture mentorale visant à encourager l’engagement des femmes en politique » (p. 98), a permis d’explorer cette forme d’accompagnement, d’expérimenter des outils et de valider la faisabilité du programme. Afin de combler les besoins des femmes préoccupées davantage « par le savoir, le savoir-faire et le savoir-être en politique que par les enjeux électoraux à court terme » (p. 98), le GFPD a mis en relation 23 dyades mentorales et leur a offert outils, encadrement et balises éthiques pour soutenir le développement de leur relation pendant 18 mois. Le programme non partisan s’adresse exclusivement aux femmes « inscrites dans une démarche politique personnelle » et les jumelle avec des élus ou des élues, d’hier ou d’aujourd’hui (p. 100). L’objectif premier qui consiste à augmenter la représentation des femmes en politique s’accompagne d’objectifs généraux dont l’encouragement et l’assistance des mentorées dans leur démarche politique, la facilitation de leur cheminement, l’accompagnement et le soutien dans l’exercice de leurs fonctions.

Les mentorées qui ont participé au programme étaient pour certaines des aspirantes candidates et pour d’autres, de nouvelles élues. Les besoins des premières étaient centrés principalement sur le renforcement des capacités personnelles, la planification du projet politique, l’apprentissage de la culture et des règles du jeu politique et électoral et sur l’intégration aux réseaux d’influence (p. 108-109). Pour les nouvelles élues, leurs besoins étaient orientés davantage vers « le renforcement de leur savoir-faire politique » (p. 109) : connaissance du fonctionnement parlementaire, compétences pour argumenter, pour détecter les règles implicites et établir des stratégies d’alliance. Les impacts du programme sont recensés par les auteures sous forme de compétences développées en fonction du statut (élue ou aspirante) des candidates (p. 109-113). Dans l’ensemble, le programme a favorisé le développement du savoir-faire des participantes pour la prise de parole publique et le renforcement de leur affirmation personnelle. Il a comblé les besoins des nouvelles élues quant à l’exercice de la tâche politique grâce à l’acquisition d’habiletés nécessaires à la prise de décision, à la résolution de problème, à la communication et à la confidentialité. Les aspirantes candidates ont consolidé leurs savoirs sur la culture politique en se familiarisant, entre autres, avec le terrain politique, les règles du jeu électoral et le réseautage. Les gains sont également importants pour les mentores et les mentors. Leur participation est une source de fierté pour plusieurs et a été l’occasion de prendre conscience de leur expérience, de combler leur besoin quant à la transmission et à la continuité des connaissances et des valeurs ainsi que de faire une mise au point ou un bilan personnel.

Les auteures concluent que l’expérience du projet pilote confirme que le mentorat est une « excellente » forme d’accompagnement des femmes en politique (p. 115). En somme, c’est parce que l’approche du GFPD tient compte des besoins des femmes et leur permet d’être écoutées, comprises et respectées qu’elle est un succès. Ce type de programme mériterait d’être développé à plus grande échelle, pour les femmes et pour les hommes également. Toutefois, instaurer une culture de mentorat dans l’univers politique est un travail à long terme et le plus grand défi « sera d’associer les partis politiques à cette recherche d’un nouveau mode d’accompagnement et de formation » (p. 121-122).

Dans ce bref ouvrage qui vulgarise la problématique de la sous-représentation des femmes en politique, Martine Blanc et Christine Cuerrier développent un argumentaire convaincant pour la pertinence du mentorat politique au féminin. En explorant ce champ de recherche peu étudié, les auteures ouvrent des perspectives intéressantes pour celles et ceux qui sont préoccupés par le renouvellement des valeurs démocratiques et la sous-représentation des femmes. Les chercheuses et les étudiantes, de même que les chercheurs et les étudiants, y trouveront sans doute une source d’inspiration et de questionnements. Toutefois, cet ouvrage qui est rédigé sous forme de guide fait une place importante aux témoignages et délaisse partiellement la profondeur d’analyse et le traitement rigoureux des connaissances et des cadres théoriques.