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Comptes rendus

Daniela Rovența-Frumuşani, Concepts fondamentaux pour les études de genre. Collection « Manuels », Paris, Éditions des Archives contemporaines, en partenariat avec l’Agence universitaire de la Francophonie, 2009, 105 p.

  • Theodora-Eliza Văcărescu

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  • Theodora-Eliza Văcărescu
    Université de Bucarest

Corps de l’article

La courte présentation de l’ouvrage faite par Daniela Roventa-Frumuşani sur la quatrième de couverture de l’ouvrage Concepts fondamentaux pour les études de genre porte en conclusion le fameux aphorisme de Marx : « Les philosophes ont interprété le monde, mais l’important c’est de le changer ». Cependant, la voie vers l’amélioration doit nécessairement passer par la compréhension, et le glossaire concis et riche de concepts fondamentaux relatifs aux études de genre réalisé par Daniela Rovența-Frumuşani, professeure à la Faculté de journalisme et de sciences de la communication de l’Université de Bucarest, représente une contribution importante aux efforts faits pour faciliter l’accès aux connaissances de genre et répandre leur compréhension dans la francophonie.

Ce glossaire englobe une variété large de concepts soit élaborés précisément dans les études féministes et les études de genre, soit retravaillés dans une perspective de genre. Le choix de ces concepts ainsi que leur présentation et évaluation limpides répondent à une demande urgente, discutée de façon convaincante par l’auteure dans sa préface. Elle pose au commencement de son texte la question – presque rhétorique – à savoir si, au début de ce millénaire, on assiste à la fin de la « belle époque » du féminisme. Une réponse négative et ferme suit son examen social, culturel et historique des approches récentes du genre et du féminisme, qu’elles soient locales ou globales, personnelles ou politiques. L’auteure suit l’évolution du féminisme, des « grandes batailles féministes » ou des mouvements des années 60 et 70 jusqu’au « ressac » (backlash) actuel : tandis que dans l’Occident capitaliste on assiste à ce qu’elle appelle la « guerre froide antiféministe », l’« Est postcommuniste » le rejette sans l’avoir réellement éprouvé.

Bien qu’il existe une multitude de débats concernant les mouvements des femmes et les féministes dans l’« Est » (et ailleurs) pendant le XXe siècle, et que l’on est à écrire les histoires de ces entreprises, on ne peut nier que les protestations et les manifestations de rue très visibles, propres dans l’« Occident », au féminisme de la seconde vague, ont laissé la place à des travaux plus nuancés et complexes d’exploration conceptuelle et de théorisation sociale, culturelle et politique de catégories telles que femme et genre, simultanément à d’autres axes de différences et d’inégalités (race, ethnicité, classe, etc.). On se doit aussi de regretter l’apparition récurrente, pendant la première décennie du XXIe siècle, d’inégalités et de pratiques discriminatoires, à l’intersection du genre, de la race, de l’ethnicité ou de la classe, et ce, partout dans le monde, dans des contextes tant publics que privés – bien que cette séparation nette soit loin d’être franchement définie.

L’effort synoptique de l’auteure peut être considéré comme une réaction indispensable aux points de vue dominants dans les médias et les autres formes du discours public, qui décrivent le féminisme soit en tant que « mode » idéologique dépassée, soit comme un « -isme » superflu. En répondant à la question émergente du postféminisme en tant que nouvelle approche aux problèmes des femmes et du genre, l’auteure cite la réponse de Gloria Steinem : « Parlons-nous de postdémocratie? » Roventa-Frumuşani présente plusieurs exemples qui montrent que les désirs féministes d’égalité de traitement et de valorisation entre les hommes et les femmes sont encore loin d’être atteints : violence envers les femmes, participation politique des femmes, utilisation du corps féminin dans la publicité, pornographie, inégalités salariales, « féminisation » de la pauvreté, « double charge » des femmes, etc. Elle met en évidence la situation paradoxale créée par l’idéologie patriarcale dominante, qui trouve plus à redire contre la critique et la condamnation de ces inégalités et pratiques discriminatoires, les qualifiant de radicales et d’extrémistes, que contre l’inégalité et la discrimination elles-mêmes.

À noter que les concepts contenus dans le glossaire offrent une variété d’approches relativement aux questions liées au genre et constituent un point de départ pour la mise en évidence et la compréhension de plusieurs problèmes de base pour le genre et pour le féminisme, du point de vue académique ainsi que de celui de l’activisme. L’examen historique et la discussion critique de concepts tels que l’« identité », le « pouvoir », l’« égalité », le « genre », le « féminisme », le « public/ privé », la « patriarchie », le « sexisme », le « rôle de genre », la « division sexuelle du travail », la « violence », etc., introduisent les principaux paradigmes et débats des études de genre et de la recherche féministe. Le glossaire est ainsi une ressource utile et accessible pour une large variété de lecteurs et de lectrices. D’autres concepts expliqués, « femmes et médias », « corps », « discours », « communication de genre et non verbale », « genre et mass media », « pornographie », « publicité », « récit de vie », « mythe de la beauté », « téléroman », etc., sont orientés vers plusieurs aspects des médias et de la communication, ce qui fait de cet ouvrage un outil particulièrement bien adapté aux besoins des étudiants et des étudiantes en sciences sociales et humaines.