Comptes rendus

Anne Dister et Marie-Louise Moreau, Féminiser?Vraiment pas sorcier. La féminisation des noms de métiers, fonctions, grades et titres.Louvain, De Boeck et Duculot, 2009, 207 p.[Notice]

  • Fabienne H. Baider

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  • Fabienne H. Baider
    Université de Chypre

L’ouvrage Féminiser?Vraiment pas sorcier, écrit par Anne Dister et Marie-Louise Moreau, est le fruit de travaux publiés au cours des quinze dernières années (voir notamment Dister et Moreau (2006)) par ces deux sociolinguistiques belges spécialistes, en matière de politique linguistique et, en particulier, de féminisation. L’expérience et l’expertise des auteures garantissent donc un ouvrage de qualité, mais aussi une orientation sociolinguistique, sur laquelle nous reviendrons à la fin de ce compte rendu. Cet ouvrage se divise en deux grandes parties, expliquant le pourquoi et le comment de la féminisation, suivies d’annexes (liste de féminins, extraits de blogues et forum, exercices proposés) aussi diverses qu’intéressantes. Après une présentation succincte de la distinction entre genre et sexe, la première partie, longue d’une centaine de pages, rappelle pourquoi la question de la féminisation s’est posée (bref historique de l’emploi des formes féminisées et liste d’arguments pour ou contre la féminisation). La revue de ces arguments est claire et bien commentée. Ainsi, nous avons relevé plus particulièrement que le maintien du masculin des noms de métier s’expliquerait par des motivations soit d’ordre linguistique (généricité du masculin, homonymie des nouveaux féminins, péjoration des suffixes tels que -euse), soit d’ordre esthétique (les nouvelles formes ne seraient pas euphoniques), ou d’ordre politique (l’Académie française serait la seule à pouvoir intervenir dans l’usage), ou encore d’ordre psychologique (le prestige associé au titre masculin se transférerait à une femme ainsi désignée). Les arguments pour la féminisation sont en particulier d’ordre social et éthique (visibilité des femmes, mise au jour d’une discrimination linguistique, respect de l’identité des femmes) et d’ordre linguistique : en particulier sont avancés les arguments de la théorie de la sexuissemblance (sans être nommée) défendue par Damourette et Pichon (1911-1946), qui suppose un lien entre les qualités de la chose désignée et le genre grammatical du mot qui les désigne; c’est l’important principe de la congruence, non mentionné perse dans le texte, mais cité dans une des annexes (p. 67). Le tour d’horizon des politiques linguistiques, bref mais complet, inclut celle qui a été suivie par le grand-duché de Luxembourg, souvent oublié dans les ouvrages d’autres auteurs. Cependant, l’Afrique, qui compte pourtant un grand pourcentage de francophones, n’a pas droit de cité, suivant en cela l’exemple des dictionnaires français qui font très peu de références en matière de féminisation au continent africain (Baider 2010). Une conclusion intéressante, déjà formulée par Joan Scott (2005), est que, dans tous les pays, ce sont les mouvements féministes qui ont eu un impact sur les réformes linguistiques à entreprendre et non les recommandations des spécialistes de la grammaire et des linguistes qui les ont parfois devancées. La seconde partie est consacrée à comment on peut effectivement féminiser (explications grammaticales, focalisation sur la féminisation polymorphe des masculins en -eur, bilan de la progression de l’usage des formes féminisées). Cet outil grammatical distingue les règles qui gouvernent la formation des féminins et les groupes déterminés par la finale des masculins, au nombre de sept. Ce découpage, original par rapport aux grammaires traditionnelles, répond d’abord aux formes préconisées par les guides français et belges (p. 52), ces derniers suivant de beaucoup les premiers. Un recensement de l’emploi effectif des formes féminines clôture la seconde partie, avec des enquêtes nouvelles qui complètent celles que les auteures avaient déjà publiées. Les différents corpus incluent des interrogations sur Internet, des enquêtes dans les journaux belges et des enquêtes dans les journaux français, et cela, pour des dénominations différentes, ce qui donne un aspect un peu disparate à l’ensemble. Nous modulerons aussi des généralisations (p. …

Parties annexes