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Comptes rendus

Silvia Federici, Caliban et la sorcière. Femmes, corps et accumulation primitive, Marseille/Genève-Paris, Éditions Senonevero/Éditions Entremonde, 2014, 459 p.[Notice]

  • Louise Toupin

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  • Louise Toupin
    Université du Québec à Montréal

Dix ans après sa parution en anglais, et après sa traduction en espagnol, en allemand, en grec, en turc, alors qu’il est en cours de traduction en italien, en serbe, en slovène, en polonais et en japonais, voici, enfin traduit en français, Caliban et la sorcière. Femmes, corps et accumulation primitive de Silvia Federici, oeuvre majeure dans les domaines de l’histoire des femmes et de la théorie féministe. L’auteure y soutient, notamment, que la signification réelle de la chasse aux sorcières dans l’histoire a été largement sous-estimée. Pour étayer son propos, Silvia Federici relit la période de l’histoire de l’Europe dite de « transition » du féodalisme au capitalisme, et cela, du point de vue de ce que vivent les femmes et de ce qui se passe au plan de la reproduction sociale, en un mot en y introduisant la perspective de l’histoire des femmes. La chasse aux sorcières est alors revisitée dans le contexte de cette période d’« accumulation primitive » qui a donné naissance au capitalisme. S’y voient situées, synchroniquement à la chasse aux sorcières aux xvie et xviie siècles, l’expulsion de la paysannerie de ses terres (processus d’enclosures en Angleterre), la privatisation des ressources communales, la colonisation des Amériques et la traite des esclaves, bref les ingrédients nécessaires à la mise en place du système capitaliste moderne. La mise en perspective de ces concomitances offre une compréhension nouvelle de la chasse aux sorcières, dès lors située comme un « élément fondateur du capitalisme ». Méconnue au Québec francophone, Silvia Federici est pourtant loin d’être une nouvelle venue sur la scène intellectuelle et militante féministe internationale. Née à Parma en Italie, en 1942, elle vit aux États-Unis depuis 1967. Membre fondatrice du Groupe new-yorkais du salaire au travail ménager, elle publie en 1975 un important texte, Wages Against Housework, qui a eu à l’époque un retentissement international comparable, ou presque, à celui qui avait été obtenu par Le pouvoir des femmes et la subversion sociale, de Mariarosa Dalla Costa et Selma James. Ce sont là des textes fondateurs du mouvement du salaire au travail ménager, mouvement qui a connu ses heures de gloire durant les années 70, principalement en Italie, en Grande-Bretagne, aux États-Unis, au Canada anglais, en Suisse et en Allemagne (Federici 1975; Dalla Costa et James 1973; voir aussi Toupin 2014). En 1980, Silvia Federici obtient un doctorat en philosophie de la State University of New York at Buffalo. Après un séjour d’enseignement au Nigeria, elle devient, de 1987 à 2005, professeure de sciences sociales de l’Université d’Hofstra (à Hempstead, dans l’État de New York). Elle est particulièrement active dans le mouvement antimondialisation. Elle a publié en 2012 un recueil de ses principaux textes des 30 dernières années sur la question de la reproduction sociale, qui donnent une bonne idée de sa trajectoire intellectuelle (Federici 2012). Caliban et la sorcière demeure cependant son essai principal. L’une des motivations à l’origine de cet essai a été la constatation, à l’ère du néolibéralisme triomphant, de la résurgence d’un ensemble de phénomènes historiquement associés, comme cela a été mentionné plus haut, à la genèse du capitalisme. Sa plus importante motivation a cependant été la découverte de « l’intensification de la violence faite aux femmes, y compris, dans certains pays (par exemple l’Afrique du Sud et le Brésil), le retour des chasses aux sorcières » (p. 18). Le phénomène a aussi été constaté au cours des années 80 et 90 dans de nombreuses parties du monde, dont au Nigeria (où l’auteure a enseigné et milité), au Kenya et au Cameroun, à l’occasion de l’implantation de …

Parties annexes