Comptes rendus

Maud Simonet, Travail gratuit : la nouvelle exploitation?, Paris, Éditions textuel, 2018, 160 p.

  • Annabelle Berthiaume

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Dans son ouvrage synthétique intitulé Travail gratuit : la nouvelle exploitation? et paru à l’automne 2018, Maud Simonet, directrice de recherches en sociologie au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et directrice du laboratoire Institutions et dynamiques historiques de l’économie et de la société (IDHE.S-Nanterre), observe des activités peu ou mal rémunérées sous la loupe de la sociologie du travail. Elle utilise les apports théoriques des féministes « marxistes », telles que Mariarosa della Costa, Selma James ou Silvia Federici, et du « matérialisme radical », comme l’a développé Christine Delphy, entourant les débats pour la reconnaissance du travail ménager au cours des années 70 pour analyser des formes plus ou moins nouvelles de travail gratuit. Malgré leur apparente disparité, notamment en termes d’« employeurs » (État, municipalité, entreprise, jeune pousse (start-up)), ces activités se trouvent en dehors « du droit du travail et avec peu ou pas de compensation monétaire et de droits sociaux » (p. 10). L’ouvrage de Simonet est structuré en cinq chapitres. Dans le premier, elle résume l’apport des théories sur la reproduction sociale en trois leçons. La première porte sur la définition du travail gratuit en tant que tel, que l’auteure comprend comme un « déni de travail » fondé sur une autre valeur, comme celle de l’amour. Le travail gratuit le serait donc parce qu’il est valorisé autrement et régi par une autre institution que celle du salariat, soit la famille (p. 45-46). La deuxième leçon est que l’exploitation ne se résumerait pas aux sphères marchandes. En effet, pour fonctionner, le capitalisme repose sur le travail gratuit de milliers de travailleurs et de travailleuses, à commencer par celui dans la sphère domestique (p. 46-47). Enfin, Maud Simonet souligne la contribution du féminisme noir (black feminism) et, en particulier, de la militante et intellectuelle bell hooks, aux débats sur la reconnaissance du travail domestique au sujet des rapports sociaux de sexe, de race et de classe qui conditionnent le travail gratuit (p. 47). Cette professeure critique l’absence de considération pour l’importance du foyer comme espace de résistance et d’amour, particulièrement pour les femmes noires et les femmes blanches des milieux populaires. La troisième et dernière leçon serait donc la reconnaissance de la maison comme un lieu au potentiel de « subversion politique », sans pour autant négliger le caractère genré de la naturalisation du service (ou du travail) en son sein (p. 40-41). C’est à partir de ces trois leçons que la sociologue fait le lien, dans le deuxième chapitre de son ouvrage, avec ses enquêtes de terrain dans les parcs new-yorkais et sur les plages françaises, observant le travail des bénévoles associatifs, des jeunes en service civique et des allocataires d’aide sociale. Elle constate ainsi que les gens qui travaillent sans salaire sont aujourd’hui des travailleuses pour la plupart racisées. Par exemple, dans la ville de New York, le travail d’entretien des parcs, typiquement effectué par un fonctionnaire municipal syndiqué jusqu’aux années 90, s’est progressivement féminisé à travers deux nouveaux statuts non syndiqués. D’un côté, il prend la forme d’une activité bénévole pour les femmes des classes moyennes. De l’autre, il devient du bénévolat « contraint » (p. 68) pour les allocataires du programme de travail obligatoire (workfare) (p. 57). Ce second groupe, composé à 75 % de femmes et à plus de 90 % de Noires ou de Latinas aux États-Unis, effectue alors l’entretien des parcs en contrepartie de son aide sociale (p. 56). Cet exemple de politique d’allocation conditionnelle financée et mise en oeuvre par les pouvoirs publics permet également à Simonet de souligner au …

Parties annexes