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Sous la direction des professeures émérites Yannick Ripa et Françoise Thébaud, l’ouvrage collectif Les féminismes. Une histoire mondiale 19e-20e siècles propose une exploration poussée des pensées et des mouvements féministes pour raconter une histoire mondiale, internationale et connectée. L’analyse rigoureuse et érudite des dynamiques féministes, sur plus de 200 ans, met en lumière la diversité des perspectives sociohistoriques et culturelles qui ont façonné les mouvements des femmes. La liste des 37 signataires ayant contribué à l’ouvrage est impressionnante. Elle rassemble des personnes expertes chevronnées, issues de disciplines universitaires variées, venant des quatre coins du monde. L’ouvrage propose ainsi une multiplicité de voix et d’approches, ce qui enrichit le texte de manière éloquente.

L’ouvrage Les féminismes. Une histoire mondiale 19e-20e siècles repose sur une analyse riche et détaillée des grandes figures et des mouvements féministes qui ont marqué l’histoire. Si le contenu reprend des figures emblématiques comme Olympe de Gouges et Simone de Beauvoir, il présente également des pionnières du féminisme dont le parcours est moins documenté, telles que l’Indienne Savitribai Phule, la Chinoise Deng Yingchao, la Japonaise Kishida Toshiko et la Kenyane Wangari Maathai. L’ouvrage contribue dès lors à l’historicisation de femmes audacieuses, souvent négligées dans les récits traditionnels féministes. Il explore en outre les thématiques dominantes ayant transformé les conditions sociales de la vie des femmes : l’octroi du droit de vote, l’accès à l’avortement, le droit à l’éducation des filles et de nombreux autres combats pour vaincre l’inégalité des sexes. De ce fait, on y salue le courage de militantes qui ont affronté l’antiféminisme et la répression, tout en soulignant l’importance de leur lutte dans l’avancement des droits des femmes aux quatre coins du monde.

La remarquable valeur ajoutée de cet ouvrage collectif, il est essentiel de le souligner, réside dans son design graphique soigné et sa présentation richement illustrée. Comptant plus de 300 images d’archives, qui rendent la lecture particulièrement stimulante, ce livre constitue un véritable festin pour les yeux. Les images, méticuleusement choisies, viennent appuyer la centaine de récits et offrent une dimension visuelle qui complète parfaitement le contenu textuel. La sélection d’oeuvres d’art créées par des femmes témoigne de la richesse de leurs pratiques, mais fait aussi ressortir le manque d’historicisation des créatrices. Cette approche qui allie les images aux textes renforce la pertinence des informations présentées et facilite l’engagement avec les thématiques abordées. Sans prétendre à l’exhaustivité, le livre est divisé en quatre chapitres : « L’ambition de cet ouvrage […] est de montrer le caractère mondial de la lutte pour les droits des femmes, depuis la Révolution jusqu’à l’aube du xxie siècle, en identifiant quatre périodes qui ne se calquent pas sur la chronologie classique » (p. 9). Une telle approche se distingue par son efficacité structurelle.

Le premier chapitre, « Surgissements féministes au temps des révolutions 1789-1870 », offre un large panorama sur l’émergence des pensées féministes. Il amène à découvrir l’importance du travail des pionnières, partout dans le monde, qui ont posé les fondements des pensées féministes et des conditions sociales dans lesquelles ces luttes ont été menées. Un rigoureux travail de contextualisation permet de saisir pleinement les bases des revendications plurielles à l’échelle mondiale. Le chapitre ouvre la voie à des réflexions sur les inégalités sociales, tout en introduisant les débats sur les violences systémiques, qui sont ensuite développés dans les chapitres subséquents.

Le deuxième chapitre, « Le féminisme s’organise à l’échelle nationale et internationale 1870-1920 », traite de l’ouverture de la question des femmes : « Elle est portée publiquement par un mouvement des femmes qui se développe et se structure – non sans clivages –, élargit ses revendications, diversifie ses modes d’action, rencontre succès et échecs » (p. 46). Si les stratégies et les luttes se diversifient, il en est de même pour les visages et les revendications des féministes. De cette période historique, fortement marquée par les deux grandes guerres mondiales, émergeront des priorités qui font consensus, telles que l’importance de l’obtention de l’égalité civile, la participation politique et l’amélioration des conditions socioprofessionnelles des femmes. Cependant, cette période est caractérisée de surcroît par des divisions idéologiques, qui seront approfondies dans le chapitre suivant.

Le troisième chapitre, « Le féminisme se mondialise, 1920-1970 », documente 60 années où les avancements de la condition des femmes sont notables. On assiste à leur émancipation dans la sphère publique par l’entremise de l’obtention du droit de vote et du décloisonnement de l’accès à l’éducation. Cette période est aussi marquée par la volonté de créer une mémoire pour les femmes par l’intermédiaire de l’historicisation de leurs connaissances et des pionnières présentes dans diverses disciplines.

Le quatrième et dernier chapitre, « Militer pour la liberté des femmes, 1970-2000 », explore les luttes contemporaines pour l’égalité et la liberté des femmes, en insistant sur les mouvements qui ont permis de défier les structures patriarcales établies et de continuer de revendiquer des droits fondamentaux. Grâce aux études sur les femmes (women’s studies), le point de vue des femmes se révèle catalyseur : il remet en question les constructions « naturelles » prégnantes dans les établissements d’enseignement. La pensée féministe s’infiltre dans toutes les disciplines, dont l’histoire, les sciences, la psychologie et la littérature, et vient démanteler, une par une, les mythologies incontestées des universitaires. Les textes ici réunis abordent l’approche intersectionnelle, où l’accent est mis sur la reconnaissance de la communauté féministe hétérogène qui émerge de ces deux siècles de luttes. Ce chapitre démontre que les révolutions féministes ont engendré des changements idéologiques, structurels et intellectuels fondamentaux, ce qui contribue à l’heure actuelle au renversement du regard élitiste patriarcal.

En conclusion, l’ouvrage sous la direction de Yannick Ripa et Françoise Thébaud propose une approche du féminisme à la fois multiple et hétérogène, plurielle et approfondie, en parcourant les luttes individuelles et les combats collectifs contre le patriarcat. Il rassemble diverses facettes du féminisme pour raconter l’immense prise de conscience des femmes relativement aux inégalités dont elles sont victimes et aux préjudices qu’elles ont subis, sans oublier les discriminations qui leur ont été imposées. Au fil de cette diversité d’approches et de récits, le livre parvient à rendre compte de la complexité et de la richesse des mouvements féministes, peu importe le pays où ils ont cours. Richement illustré, cet ouvrage s’avère un incontournable.