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Le développement durable comme compromis : la modernisation écologique de l’économie à l’ère de la mondialisation, par Corinne Gendron, Québec : Presses de l’Université du Québec, 2006, 276 p., ISBN 2-7605-1412-9.[Notice]

  • Paule Halley

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  • Paule Halley
    Université Laval

Largement connu depuis la publication du Rapport Brundtland, en 1987, le concept de développement durable est maintenant retenu et promu par la communauté des États comme le nouveau modèle de développement, lequel n’est plus seulement économique, mais capable de réconcilier équitablement et dans la durée le développement social et économique dans le respect de l’environnement. Depuis, le concept de développement durable et le nouveau projet de société proposé ont fait couler beaucoup d’encre et soulevé une grande variété de débats théoriques, politiques, économiques, sociologiques, écologiques, etc. Corinne Gendron est bien connue pour ses travaux sondant le concept de développement durable et ses interfaces avec les acteurs économiques. Dans son ouvrage consacré à la modernisation écologique de l’économie dans une perspective de développement durable, elle nous offre une analyse originale et un apport notable au domaine de la socio-économie de l’environnement. La thèse présentée s’appuie sur un cadre théorique et analytique novateur développé pour comprendre le rôle des acteurs économiques dans la dynamique sociale de la modernisation écologique des institutions et esquisser, en marge des propositions des économistes de l’environnement, les avenues que dessine cette dynamique (p. 4-5). L’ouvrage est divisé en deux parties : la première est consacrée au cadre théorique alors que la seconde présente les résultats d’une enquête réalisée auprès de hauts dirigeants d’entreprises. Dans la première partie, l’auteure présente les principaux courants de l’économie de l’environnement ayant émergé dans le temps, au rythme de l’augmentation des préoccupations devant le caractère limité des ressources naturelles et de la capacité d’épuration des milieux récepteurs. Le premier chapitre passe en revue l’école des droits de propriété, l’approche néoclassique ou des effets externes et ses composantes, le courant de l’économie écologique, les débats sur la croissance économique et le rôle de la technologie. La présentation fait état des principales critiques dont sont l’objet les différentes écoles et, tout particulièrement, l’approche néoclassique qui domine actuellement le champ de l’économie de l’environnement. Parmi les différentes approches économiques présentées, l’auteure retient le potentiel du courant institutionnaliste parce que la question environnementale n’y est plus seulement analysée dans sa matérialité mais aussi à travers la dynamique sociale et politique de la crise environnementale, ce qui est « indispensable à la théorisation d’une véritable économie de l’environnement » (p. 49). Suit une présentation de la théorie de la régulation qui se pose, selon l’auteure, en « critique sévère et radicale du programme néoclassique, qui postule le caractère autorégulateur des économies de marché » et propose des théories alternatives respectueuses de l’enchevêtrement des phénomènes économiques et sociaux et donc plus à même d’appréhender la dynamique des transformations induites par la crise environnementale (p. 72). Jusqu’à maintenant, la théorie de la régulation ne s’était guère préoccupée des questions environnementales, à l’exception des travaux d’Alain Lipietz. L’ouvrage de Corinne Gendron s’inscrit donc dans la suite de ces rares travaux. Elle s’attache surtout à présenter l’articulation proposée par Lipietz entre la théorie de la régulation et la problématique environnementale ainsi que les travaux récents d’écologisation de la théorie de la régulation de Becker et Raza. Afin de compléter son cadre théorique, l’auteure introduit une lecture régulationniste de la problématique environnementale dont l’« objectif est de mettre au jour la transformation ou l’émergence de nouveaux rapports sociaux induits par la problématique environnementale et d’envisager le type de compromis institutionnel susceptible de se former » (p. 93). Dans la continuité des travaux des régulationnistes québécois, Bélanger et Lévesque, et de ceux d’Alain Touraine, qui préface son ouvrage, Corinne Gendron propose de contribuer au déploiement de la théorie de la régulation en insistant plus particulièrement sur le rôle de la classe dirigeante, représentée …