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Dix concepts pour penser le nouveau monde du travail, Dirigé par Daniel Mercure et Mircea Vultur (2019) Québec : Presses de l’Université Laval, 233 pages. ISBN : 978-2-7637-3495-8

  • Olivier Gentil

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  • Olivier Gentil
    Étudiant à la maîtrise, Département de sociologie, Université de Montréal

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Sous la direction de Daniel Mercure et Mircea Vultur, cet ouvrage collectif offre un panorama des enjeux et des défis du monde du travail contemporain, en faisant l’examen de 10 concepts classiques de la sociologie du travail, développés dans des chapitres autonomes. Autant les nouvelles logiques du capitalisme, forgées à travers la mondialisation et l’essor des technologies numériques, que les changements culturels des dernières décennies — pensons, notamment, à l’affirmation des subjectivités et la course à l’épanouissement personnel — ont mené à une véritable métamorphose du monde du travail. L’importance de cette métamorphose nécessite l’examen plus approfondi des notions usuelles de la sociologie du travail, qui, comme le soulignent Mercure et Vultur, ont « largement été forgées durant la période des Trente Glorieuses et, de surcroît, à l’intérieur de cadres nationaux et culturels précis » (p. 2). Les différents auteurs qui participent à cet ouvrage collectif y proposent donc, lorsque cela s’impose, un recadrage conceptuel, voire, parfois, l’adoption de notions alternatives (par exemple, vulnérabilité contre précarité, « informalisation » contre informalité) plus enclines à traduire les réalités contemporaines du travail. Sauf exception, chacun des chapitres s’articule autour de trois axes principaux : les auteurs s’appliquent d’abord à tracer la genèse du concept traité, puis à en souligner les principales dimensions, pour enfin, en évaluer, dans une perspective critique, la portée en vue d’une analyse sociologique actuelle. Formant un premier bloc, les trois premiers chapitres examinent trois notions fondatrices de l’analyse sociologique. Dans le premier chapitre, Claude Didry se penche sur le concept de salariat. Si ce concept a historiquement constitué l’un des piliers de la construction de l’identité collective des travailleurs, il est aujourd’hui soumis à une rude épreuve avec la montée de la mondialisation et de l’économie des plateformes numériques. L’actuelle division de la production entre des pays du Nord, donneurs d’ordre aux pays du Sud au travers de chaines de sous-traitance, transforme le monde du travail au moment où, comme le souligne Didry, « l’employeur perd de sa netteté » (p. 23). Dans le deuxième chapitre, Micea Vultur discute la notion de précarité. D’entrée de jeu, il juge ce concept limité, car, selon lui, il renverrait trop rapidement à une compréhension déterministe de la division du travail, en plus de se perdre dans la tradition critique, associant d’emblée travail atypique et précarité. Il y propose plutôt l’utilisation du concept de ‘vulnérabilité’, qui, au contraire de la précarité, permettrait d’éviter une analyse en termes de relations verticales de domination de classe, pour y préférer une compréhension dynamique des parcours professionnels. Enfin, Maria Eugenia Longo et Mariana Busso dédient leur chapitre à la notion ‘d’informalité’. Initialement construite pour étudier les économies des pays du Sud, son utilisation lors de l’analyse des dynamiques des pays du Nord est aujourd’hui bien ancrée dans les travaux académiques. Soulignant que les frontières entre les secteurs formel et informel en viennent progressivement à se brouiller, elles y plaident la nécessité d’une analyse dynamique et souple. En ce sens, pour marquer le continuum entre le secteur formel et informel, elles y proposent le terme d’« informalisation ». Le deuxième bloc porte sur l’exercice de l’activité de travail. Michel Lallemant s’applique, d’abord, à relever le caractère structurel des conflits de travail dans l’organisation actuelle du travail, trop souvent réduits à une forme de pathologie sociale. D’autre part, il montre de quelle manière l’organisation postfordiste actuelle — notamment à travers la mondialisation, la flexibilité et l’économie numérique — contraint le renouvellement du répertoire ...