Relations industrielles / Industrial Relations Tous les articles de cette revue sont soumis à un processus d’évaluation par les pairs.
Volume 81, numéro 1, 2026 Les restructurations socio-environnementales du travail et de l’emploi : processus, effets et gouvernance The Socio-Environmental Restructuring of Work and Employment: Processes, Effects and Governance
Sommaire (12 articles)
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Les restructurations socio-environnementales du travail : comprendre les processus, leur gouvernance et leurs résultats
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The Socio-Environmental Restructuring of Work: Understanding its Processes, Governance and Results
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Toward Ecological Unionism: Making the Environment a Central Concern for Unions
Camille Dupuy
RésuméEN :
In this article, I theorize “ecological unionism”—a resolutely environmentalist model for unions whose identity and strategies are determined primarily by environmental concerns (and secondarily by employment concerns). While research has focused on the diversity of union environmentalism (i.e., how existing unions attempt to green their image and actions but only at the margins of actual practice), it has not analyzed how environmentalism can deal with and transform the labour movement. I describe how this movement is being renewed by ecological unionism, specifically by examining a French “eco-union.” This article makes an original contribution to the literature by describing the possibilities and limitations of ecological unionism. From a practical perspective, it shows unions the way forward to address environmental concerns.
FR :
Cet article théorise l’écologie syndicale qui constitue un modèle syndical résolument écologiste dont l’identité comme les stratégies sont déterminées en premier lieu par les enjeux écologiques (puis par les enjeux d’emploi). Alors que les recherches se sont centrées sur la variété de l’environnementalisme syndical, c’est-à-dire la manière dont les organisations existantes, tentent à la marge de verdir leur image et leur action, elles n’ont pas analysé la manière dont l’écologie peut s’emparer du fait syndical et le transformer. L’article caractérise la manière dont le modèle de l’écologie syndicale renouvelle le syndicalisme. Il le met à l’épreuve à partir de l’analyse d’un éco-syndicat français. Cet article apporte une contribution originale en décrivant les possibles et les limites d’une écologie syndicale. D’un point de vue pratique, il permet de montrer la voie à un usage de l’outil syndical depuis la sphère écologiste.
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Socio-Environmental Restructuring and Factory Regimes: Labour Dispute over an Operating Permit for Liège Airport
Douglas Sepulchre et Isil Erdinc
RésuméEN :
We examine a socio-environmental conflict over the renewal of an operating permit for a major cargo airport in Wallonia (Belgium) in 2022–2023. Our aim is to understand how alliances between employers and unions are forged in opposition to socio-environmental restructuring, and what mechanisms enable these coalitions to shape policy outcomes. To do so, we draw on the concept of brown corporatism—a form of institutional alignment between labour and capital that supports environmentally harmful practices—and situates it within the broader theoretical framework of factory regimes, hegemonic despotism and political intermediation. We build on long-term qualitative fieldwork conducted since 2023, first by discussing how the concepts of hegemonic despotism and political intermediation can help us analyze socio-environmental restructuring. We then detail the various stages of the socio-environmental dispute at Liège Airport, where the renewal of the operating permit was contested between 2022 and 2023. We show how the interests of economic, labour and political actors converged to produce a compromise on environmental regulations within companies. The labour dispute at Liège Airport thus serves not only to illustrate the concept of factory regime but also to clarify the model of negotiation on environmental issues referred to as brown corporatism.
FR :
Nous analysons un conflit socio-environnemental portant sur le renouvellement du permis d’exploitation d’un important aéroport de fret en Wallonie (Belgique) en 2022-2023. Il cherche à comprendre comment les alliances entre employeurs et syndicats se forgent en opposition aux restructurations socioenvironnementales, ainsi que les mécanismes qui permettent à ces coalitions d’influencer les décisions publiques. Pour ce faire, nous mobilisons le concept de corporatisme brun – une forme d’alignement institutionnel entre le capital et le travail qui soutient des pratiques nuisibles l’environnement – et le replace dans un cadre théorique plus large des régimes de production, de despotisme hégémonique et d’intermédiation politique. Nous nous appuyons sur une enquête de terrain qualitative de longue durée menée depuis 2023. Nous commençons par discuter en quoi les concepts de despotisme hégémonique et d’intermédiation politique peuvent nous permettre d’analyser les restructurations socioenvironnementales. Nous présentons ensuite en détail les différentes étapes du conflit socioenvironnemental autour de l’aéroport de Liège, où le renouvellement du permis d’exploitation a donné lieu à un conflit entre 2022 et 2023. Nous montrons comment les intérêts des acteurs économiques, syndicaux et politiques convergent pour aboutir à un compromis sur les réglementations environnementales au sein des entreprises. Le conflit sur l’aéroport de Liège illustre ainsi non seulement le concept de régime de production, mais aussi le modèle de négociation autour des enjeux environnementaux désigné sous le terme de corporatisme brun.
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Union Identity and the Framing of the Ecological Transition: Evidence from a Labour Dispute in the Italian Automotive Industry
Pierpaolo Mosaico et Laura Leonelli
RésuméEN :
We analyzed how unions construct meanings around the ecological transition during industrial crisis, arguing that union positions are not fixed reactions to external constraints but an outcome of identity-based framing processes. While the existing literature has examined union stances toward the just transition, less attention has been paid to how they are produced in practice. We addressed this gap by drawing on Hyman’s conceptualization of union identity and frame theory to examine how unions diagnose the ecological crisis and articulate strategies for action on the basis of their identity. Specifically, we focused on the labour dispute over the announced closure of the Marelli automotive parts plant in Crevalcore (Italy), which the company blamed on the shift to electric mobility. The dispute involved the three major unions of Italian metalworkers (Fiom-Cgil, Fim-Cisl and Uilm-Uil), thus providing a comparative perspective on the same industrial and institutional context.
Using interviews with union officials at different organizational levels, a focus group with shop stewards and analysis of public statements, we reconstructed the unions’ framing processes: although all three unions initially rejected the ecological transition as the direct cause of their job losses, they have subsequently developed divergent interpretations. Fiom-Cgil has framed the transition as a structural socio-ecological crisis and promotes a transformative vision centred on worker agency and alliances with environmental movements. Fim-Cisl has adopted a reformist and ecomodernist approach focused on negotiated adjustment through social dialogue and technological solutions. Uilm-Uil has advanced a pragmatic and defensive frame that prioritizes employment protection and views the transition primarily as a threat to jobs.
We conclude that union identity functions as a cognitive infrastructure that shapes how the ecological transition is interpreted and acted upon, thereby making the just transition a contested terrain rather than a consensual framework.
FR :
Nous avons analysé la manière dont les syndicats construisent le sens de la transition écologique dans un contexte de crise industrielle, en soutenant que leurs positions ne constituent pas des réactions figées à des contraintes externes, mais résultent de processus de cadrage fondés sur leur identité. Si la littérature existante s'est intéressée aux positions syndicales à l'égard de la transition juste, elle a accordé moins d'attention à la manière dont ces positions se construisent concrètement. Pour combler cette lacune, nous mobilisons la conceptualisation de l'identité syndicale proposée par Hyman ainsi que la théorie du cadrage afin d'examiner la manière dont les syndicats diagnostiquent la crise écologique et élaborent des stratégies d'action en fonction de leur identité. Plus précisément, nous nous sommes intéressés au conflit social déclenché par l'annonce de la fermeture de l'usine Marelli de Crevalcore (Italie), spécialisée dans les composants automobiles, fermeture que l'entreprise a imputée à la transition vers la mobilité électrique. Ce conflit a impliqué les trois principales organisations syndicales de la métallurgie italienne (Fiom-Cgil, Fim-Cisl et Uilm-Uil), offrant ainsi une perspective comparative au sein d'un même contexte industriel et institutionnel.
À partir d'entretiens menés avec des responsables syndicaux à différents niveaux organisationnels, d'un groupe de discussion réunissant des représentants du personnel et de l'analyse de prises de position publiques, nous avons reconstruit les processus de cadrage des syndicats. Bien que les trois organisations aient d'abord rejeté l'idée que la transition écologique constituait la cause directe des pertes d'emplois, elles ont ensuite développé des interprétations divergentes. La Fiom-Cgil présente la transition comme une crise socio-écologique structurelle et défend une vision transformatrice centrée sur l'action des travailleurs et les alliances avec les mouvements écologistes. La Fim-Cisl adopte une approche réformiste et écomoderniste, privilégiant un ajustement négocié par le dialogue social et les solutions technologiques. La Uilm-Uil développe, quant à elle, un cadrage pragmatique et défensif qui accorde la priorité à la protection de l'emploi et considère principalement la transition comme une menace pour les travailleurs.
Nous concluons que l'identité syndicale constitue une infrastructure cognitive qui façonne la manière dont la transition écologique est interprétée et mise en pratique, faisant ainsi de la transition juste un espace de contestation plutôt qu'un cadre consensuel.
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Green Bargaining Theory: The Foundations of Environmental Sustainability in the Organized Workplace
Michael H.F. Thorburn
RésuméEN :
Green bargaining—the incorporation of environmental provisions into collective agreements—has emerged as a notable yet under-theorized feature of contemporary employment relations. While organizational sustainability research has traditionally emphasized managerial initiative, regulation, or market incentives, collective agreements can also serve as sites where environmental commitments are articulated, specified, and contested.
This article develops a theoretical framework to explain why green clauses produce divergent outcomes in practice. Rather than treating such provisions as static contractual artifacts, the framework conceptualizes green clauses as evolving over time, shaped by bargaining dynamics, workplace governance processes, and feedback from prior outcomes. Some clauses become substantively embedded in organizational practice, while others remain symbolic, lapse into inactivity, or are removed altogether.
The analysis advances three propositions that correspond to key phases of clause development. First, green clauses tend to emerge and diffuse through structured sectoral and union networks rather than appearing randomly across workplaces. Second, environmental provisions are more likely to translate into workplace practice when they appear in clusters alongside governance infrastructure such as committees and monitoring mechanisms. Third, clause outcomes evolve across bargaining cycles, with provisions strengthening, stagnating, or deteriorating as governance support changes.
By focusing on clause trajectories rather than adoption alone, this article contributes to industrial relations scholarship on negotiated governance and organizational change. It highlights both the potential and the fragility of collectively negotiated sustainability commitments and provides a foundation for empirical research on green clauses within workplace governance systems.
FR :
La négociation verte — soit l’intégration de dispositions environnementales dans les conventions collectives — s’est imposée comme une caractéristique notable, mais encore peu théorisée, des relations d’emploi contemporaines. Alors que la recherche sur le développement durable dans les organisations a traditionnellement mis l’accent sur l’initiative managériale, la réglementation ou les incitations du marché, les conventions collectives peuvent également constituer des espaces où les engagements environnementaux sont formulés, précisés et contestés.
Cet article développe un cadre théorique pour expliquer pourquoi les clauses vertes produisent des résultats divergents dans la pratique. Plutôt que de considérer ces dispositions comme des artefacts contractuels statiques, le cadre conçoit les clauses vertes comme évolutives, façonnées par les dynamiques de négociation, les processus de gouvernance au travail et les rétroactions issues des résultats antérieurs. Certaines clauses s’intègrent substantiellement aux pratiques organisationnelles, tandis que d’autres demeurent symboliques, deviennent inactives ou sont supprimées.
L’analyse avance trois propositions correspondant aux principales phases du développement des clauses. Premièrement, les clauses vertes tendent à émerger et à se diffuser à travers des réseaux sectoriels et syndicaux structurés plutôt qu’à apparaître de façon aléatoire dans les milieux de travail. Deuxièmement, les dispositions environnementales sont plus susceptibles de se traduire dans les pratiques de travail lorsqu’elles apparaissent en regroupements et sont accompagnées de dispositifs de gouvernance tels que des comités et des mécanismes de suivi. Troisièmement, les résultats associés aux clauses évoluent au fil des cycles de négociation, les dispositions pouvant se renforcer, stagner ou se détériorer à mesure que le soutien à leur gouvernance se modifie.
En mettant l’accent sur les trajectoires des clauses plutôt que sur leur seule adoption, cet article contribue aux travaux en relations industrielles sur la gouvernance négociée et le changement organisationnel. Il met en évidence à la fois le potentiel et la fragilité des engagements de durabilité négociés collectivement et fournit une base pour la recherche empirique sur les clauses vertes au sein des systèmes de gouvernance du travail.
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Bringing Social Partners into the Preparation of Territorial Just Transition Plans in the European Union: Limitations of Partnership Governance
Anne Guisset, Noah Vangeel et Karolien Lenaerts
RésuméEN :
Since the 2008 financial crisis and the subsequent banking crisis, the European Union (EU) has increasingly emphasised the importance of stakeholder engagement, particularly by social partners, in shaping its policy responses. This participatory approach has gained renewed significance on the EU’s ambitious green transition agenda, which aims to make EU economies more sustainable while having far-reaching impacts on businesses, workers and communities. To ensure that this transformation is socially equitable, and hence a “just transition,” social partners—and unions in particular—must be meaningfully involved in policymaking. We critically examine how much the EU’s calls for stakeholder involvement have translated into actual and substantive engagement by focusing on Territorial Just Transition Plans (TJTPs). These plans aim to alleviate the impacts of the green transition on the regions most affected. Stakeholders are explicitly required to be involved in all key stages of TJTPs. Using case studies, we explore whether social partners in three countries with longstanding social dialogue traditions, i.e., Austria, Belgium and France, are genuinely empowered to influence green transition policies through TJTPs or whether their participation remains largely consultative. By analyzing EU policy frameworks, national institutional contexts and industrial relations regimes, we assess the depth and effectiveness of stakeholder involvement and its implications for achieving a just transition in Europe.
FR :
Depuis la crise financière de 2008 et la crise bancaire qui a suivi, l’Union européenne (UE) a accordé une importance croissante à l’engagement des parties prenantes, en particulier des partenaires sociaux, dans l’élaboration de ses réponses politiques. Cette approche participative a pris une importance renouvelée dans l’ambitieux programme de transition écologique de l’UE, qui vise à rendre les économies européennes plus durables, tout en ayant des répercussions considérables pour les entreprises, les travailleurs et les communautés. Garantir que cette transformation soit socialement équitable, et donc une « transition juste », les partenaires sociaux – et les syndicats de travailleurs en particulier – doivent être impliqués de manière significative dans la création des politiques. Nous examinons de manière critique la façon dont les appels de l’UE pour l’implication des parties prenantes se sont traduits par une participation effective et substantielle, en se concentrant sur les Plans territoriaux pour une transition juste (PTTJ). Ces plans visent à atténuer les impacts de la transition écologique dans les régions les plus touchées. Les parties prenantes doivent explicitement être impliquées dans toutes les étapes clés des PTTJ. Sur la base d’études de cas, nous cherchons à comprendre si les partenaires sociaux dans trois pays dotés de traditions de dialogue social bien établies, i.e., l’Autriche, la Belgique et la France, sont véritablement habilités à influencer les politiques de transition écologique à travers les PTTJ, ou bien si leur participation reste largement consultative. En analysant les cadres politiques de l’UE, les contextes institutionnels nationaux et les régimes de relations industrielles, nous évaluons la profondeur et l’efficacité de l’implication des parties prenantes et de ses implications pour la réalisation d’une transition juste en Europe.
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Des politiques de télétravail pour lutter contre les changements climatiques ? Étude exploratoire des outils encadrant le travail hors site
Samuel Leduc-Frenette, Benoit Genest, Louis-César Pasquier et Louise Hénault-Éthier
RésuméFR :
Le télétravail peut aider à diminuer l’empreinte carbone des milieux de travail en raison notamment de la baisse du navettage quotidien des salariés qu’il engendre. De nombreux effets rebonds (ER) doivent cependant être pris en compte afin d’éviter que les gaz à effet de serre (GES) qu’ils émettent ne viennent annuler ces bienfaits. Ces ER comprennent notamment le dédoublement des espaces de travail et du matériel informatique. Dans le but de déterminer si les politiques organisationnelles de télétravail (POT) contiennent des dispositions ayant théoriquement le potentiel d’atténuer les GES et de préserver l’environnement, la présente étude a évalué le contenu de 142 politiques issues principalement du champ québécois des organisations publiques et parapubliques. Au coeur de la démarche, une analyse textuelle et une analyse statistique ont été menées afin respectivement de qualifier les mentions environnementales et relatives aux ER et de quantifier la fréquence de celles-ci. Les résultats révèlent que la moitié des POT ne comportent aucune mention liée aux GES et à l’environnement. L’autre moitié contient surtout des mentions liant transport ou télétravail en général et GES ou environnement. Les GES sont d’ailleurs moins mentionnés que l’environnement. Si seulement quatre POT ne traitent d’aucun des ER recensés, la majorité des ER présents sont émissifs et touchent au transport ou au numérique. L’article se termine par des recommandations formulées à l’intention de toutes les parties prenantes, à l’intérieur comme à l’extérieur des organisations, désireuses d’améliorer le potentiel environnemental de leur POT.
EN :
Telework can help reduce the carbon footprint of workplaces, in particular through the reduction in employee commuting. However, numerous rebound effects (RE) (duplication of workspaces, of computer equipment, etc.) need to be taken into account to prevent the greenhouse gases (GHGs) they emit from cancelling out these benefits. In order to determine whether organizational teleworking policies (OTP) do have the theoretical potential to mitigate GHGs and to preserve the environment, this study assessed the content of 142 organizational policies, mainly from Quebec's public and parapublic sector. At the heart of the process, a text analysis and a statistical analysis were carried out to qualify environmental and RE mentions and quantify their frequency, respectively. The results show that half the policies have no mention of GHGs or the environment. The other half have mostly mentions linking transport or teleworking in general with GHGs or the environment. GHGs are mentioned less than the environment. While only four OTP do not deal with any of the REs listed, the majority of present REs are emissive and relate to transportation and information technologies. The article concludes with recommendations for all stakeholders, both inside and outside organizations, who wish to improve the environmental potential of their OTP.
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Green Transition as Worker Assault: Greenwashing and Anti-Unionism in Canada’s Fossil Fuel Sector
Andrew Stevens et Emily Eaton
RésuméEN :
In January 2025, Federated Co-operative Limited (FCL) publicly announced that it was cancelling plans to build a biofuel production facility in Regina, Saskatchewan’s capital. This long-heralded project was to be an expansion of FCL’s Co-op Refinery Complex (CRC) and integral to the company’s Energy Roadmap promises of a 40% cut to emissions by 2030 and net zero by 2050. Rising construction costs and the anticipated end to Canada’s carbon pricing regime were cited as reasons for dropping this initiative. Little was said at the time about how refinery workers represented by Unifor Local 594 had been pressured into accepting pension concessions to help make the “green” project financially viable, and to ensure the sustainability of Canada’s only co-operatively owned refinery complex. This decision represents the abandonment of the company’s “greenwashing” campaign, which the company used to maintain its social licence in Saskatchewan in what studies characterize as an “unjust transition” (Eaton et al., 2024). At a time of rapidly shifting regulations and commitments regarding greenhouse gas emissions in Canada and globally, we examine how oil and gas interests used environmental stewardship as part of a “job blackmail” against refinery workers in the heart of Canada’s oil and gas industry.
FR :
En janvier 2025, la Federated Co-operative Limited (FCL) a annoncé publiquement qu’elle renonçait à son projet de construction d’une usine de production de biocarburants à Regina, la capitale de la Saskatchewan. Ce projet annoncé de longue date devait s'inscrire dans le cadre de l'extension du Co-op Refinery Complex (CRC) de FCL, en tant que partie intégrante des engagements climatiques pris par l'entreprise pour réduire de 40 % de ses émissions d'ici 2030 et atteindre la carboneutralité d'ici 2050. La hausse des coûts de construction et la fin prévue du régime canadien de tarification du carbone ont été invoquées pour justifier l’abandon de cette initiative. Dans la foulée de cette annonce, rien n’a été dit de la manière dont les travailleurs et travailleuses de la raffinerie, représentés par la section locale 594 d’Unifor, avaient été contraints d’accepter des concessions affectant leur régime de retraite afin de contribuer à la viabilité financière de ce projet « vert » et d’assurer la pérennité du seul complexe de raffinerie coopératif du Canada. Cette décision marque l’abandon de la campagne de « greenwashing » que l’entreprise a menée pour conserver son acceptabilité sociale en Saskatchewan, et que certaines études qualifient de « transition injuste » (Eaton et al., 2024). À l’heure où la réglementation et les engagements en matière de gaz à effet de serre évoluent rapidement au Canada et dans le monde, nous examinons comment les acteurs et actrices du secteur pétrolier et gazier ont instrumentalisé la gestion « responsable » de l’environnement pour s’attaquer à la qualité des emplois d'une raffinerie au coeur de l’industrie pétrolière et gazière canadienne.
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Formation professionnelle et défi climatique : Leçons tirées du secteur de la construction au Québec
Evelyn Dionne et Pier-Luc Bilodeau
RésuméFR :
Cet article examine dans quelle mesure le cadre institutionnel de la formation professionnelle dans l’industrie de la construction québécoise permet de développer la littératie climatique et les compétences nécessaires à la construction carboneutre chez les travailleurs de métier. S’appuyant sur deux enquêtes qualitatives menées en 2022-2023 auprès de représentants syndicaux et d’enseignants de la formation professionnelle, l’analyse mobilise la typologie de Clarke et al. (2020b) pour évaluer la capacité du système à soutenir l’atteinte des cibles de réduction de GES. Les résultats montrent que le Québec partage plusieurs caractéristiques institutionnelles avec des pays européens performants en matière de développement des compétences vertes, notamment une régulation sectorielle et un haut niveau de qualification. Toutefois, les avancées demeurent limitées en raison de la faiblesse des politiques climatiques en vigueur au Québec et de la portée du dialogue social sectoriel. Cette analyse met ainsi en lumière les décalages entre le potentiel institutionnel du Québec et la réalité observée sur le terrain, tout en proposant des pistes d’amélioration inspirées des modèles européens performants.
EN :
This article examines the extent to which the institutional framework of vocational training in Quebec’s construction industry fosters the development of climate literacy and the skills required for net-zero building among skilled trades workers. Drawing on two qualitative studies conducted in 2022–2023 with union representatives and vocational training instructors, the analysis applies Clarke et al.’s (2020b) typology to assess the system’s capacity to reach GHG emissions targets. The findings show that, although Quebec shares several institutional features with European countries that perform well in green skills development—such as sectoral regulation and a high level of worker qualification—progress remains limited due to the limited climate policies in Quebec and the reach of sectoral social dialogue. The analysis thus highlights the gap between Quebec’s institutional potential and the reality on the ground, while offering improvement pathways inspired by high-performing European models.
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Transition(s) en santé : une approche par l’activité de travail
Marine Dagorn, Laurie Marrauld et Céleste Fournier
RésuméFR :
Cet article propose d’examiner les pratiques écologiques au travail à travers le cadre de l’activité. La littérature sur les pratiques de travail ne permet pas de comprendre finement ce qui se joue à l’intérieur des pratiques et les mécanismes favorisant une pratique écologique au travail non cosmétique et sur la durée. Aussi avons-nous regardé cet objet « pratiques écologiques au travail » à travers le courant de l’activité. Par une approche qualitative basée sur des entretiens et des observations en situation, dans un centre hospitalo-universitaire français, nous avons cherché à comprendre de l’intérieur, au coeur de l’activité de travail réel, ce qui permet la mise en oeuvre de pratiques écologiques au travail et ce qui peut contribuer à leur pérennité dans le temps. Nos résultats montrent le rôle d’un soutien managérial et organisationnel dans l’émergence et la pérennisation des pratiques écologiques au travail en précisant ce qui est déterminant au sein même de l’activité de travail. L’étude montre que là où existe la possibilité de réintroduire de la pensée et d’avoir un sentiment de pouvoir agir sur son travail, il y a condition pour assurer une pratique écologique pérenne au travail. Cette recherche présente aussi un lien entre pratiques réflexives au travail et réflexivité sur la transition écologique, laissant entrevoir un lien en discussion, entre soutenabilité organisationnelle et soutenabilité environnementale. De ce fait, cet article contribue à mettre en lumière le rôle de l’approche par l’activité dans la transition écologique.
EN :
This article proposes to examine ecological practices at work through the lens of activity. The literature on practices does not allow for a fine-grained understanding of what happens within work practices themselves, nor of the mechanisms that foster ecological practices at work that are non-cosmetic and sustainable over time. We therefore approached the object of “ecological practices at work” through the activity-centered perspective. Using a qualitative approach based on interviews and in-situ observations in a French university hospital center (CHU), we sought to understand from within, at the heart of real work activity, what enables the implementation of ecological practices at work and what contributes to their sustainability over time. Our results highlight the role of managerial and organizational support in the emergence and sustainability of ecological practices at work, specifying what is decisive within work activity itself. The study shows that where there is the possibility of reintroducing thinking and having a feeling of being able to act on one’s work, there are conditions for sustainable ecological practices at work. This research reveals a link between reflexive practices at work and reflexivity on the ecological transition, suggesting a connection—open to discussion—between organizational sustainability and environmental sustainability. In doing so, this article sheds light on the role of the activity-centered approach in the ecological transition.
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Santé mentale au travail, organisation et transformations du travail : regards critiques, pragmatiques et interdisciplinaires ancrés au Québec — Ouvrage collectif réalisé sous la direction de Mélanie Dufour-Poirier et Jean-Paul Dautel. ORHRT, Presses Universitaires du Québec, 2026, 647 p.