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Jean-Claude Kaufmann. 1992. La Trame conjugale. Analyse du couple par son linge. Nathan, Collection « Essais et recherches », 216 pages[Notice]

  • Claude Martin

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  • Claude Martin
    École nationale de la santé publique, Rennes

Jean-Claude Kaufmann. 1992. La Trame conjugale. Analyse du couple par son linge. Nathan, Collection « Essais et recherches », 216 pages. Claude Martin, École nationale de la santé publique, Rennes Faire une sociologie du couple par son linge, il fallait y penser! Mais là ne s'arrêtent pas l'originalité et l'intérêt de cette « ethnographie du détail » proposée par Jean-Claude Kaufmann. Il s'agit aussi d'une sociologie de l'individu au travers de pratiques apparemment triviales. « Faire parler le linge » est une sorte d'alibi, un mode d'accès aux structures sociales incorporées que sont les habitudes, mais aussi aux processus sociaux qui font et refont les normes en matière de division des rôles des sexes. Le couple est lu comme intégration progressive de l'un et de l'autre dans une unité souvent rationalisée, « une fable conjugale » mettant rarement en cause la force des positions et des habitudes acquises. « Chacun reste lui-même », reproduit ses apprentissages du passé, des lignées. Chacun compose avec les contradictions qu'impose la coexistence, des fragments de son identité se trouvant socialisés dans le conjugal. On comprend mieux ainsi pourquoi l'idéologie égalitariste en matière de division des rôles et des tâches ne parvient pas à révolutionner les pratiques. Avant le mot, il y a le geste, profondément inscrit. Apparemment minuscule, la pratique répétée, cette mémoire incorporée, bouscule les plus grandes idées, telles celle de l'égalité des membres de l'équipe conjugale. Se tenir au plus près de ce qui ne se raconte pas, de ces petits riens indiscutables, « qui doivent être faits, un point, c'est tout », a nécessité une finesse méthodologique qui n'a probablement d'égale que la méticulosité du maître d'œuvre. Mieux qu'une « sociologie clinique », Kaufmann propose une « sociologie des individus », particulièrement adaptée à des sociétés où le « prêt-à-porter » que fournissait la tradition cède le pas à la « confection sur mesure » des modèles et des références de l'avenir.