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Comptes rendus

Jacques BeaucheminL’histoire en trop : la mauvaise conscience des souverainistes québécois, Montréal, VLB, 2002, 210 p.[Notice]

  • Francis Moreault

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  • Francis Moreault
    Centre de recherche en éthique
    Université de Montréal
    et Chaire de recherche en éthique appliquée
    Université de Sherbrooke

En tenant compte non seulement de la collectivité « franco-québécoise » mais aussi de la pluralité culturelle constitutive de l’identité québécoise, comment développer un projet politique pouvant rassembler l’ensemble des Québécois ? Telle est la question à laquelle Jacques Beauchemin s’efforce de répondre dans son dernier ouvrage L’histoire en trop : la mauvaise conscience des souverainistes québécois. Soulignons d’abord que le livre de M. Beauchemin est constitué d’un recueil d’articles publiés dans diverses revues scientifiques, revus et fortement remaniés par l’auteur. Cela dit, le professeur de sociologie à l’UQAM livre le constat suivant : la primauté de l’identité multiculturaliste universaliste dans le débat contemporain portant sur la question nationale au Québec a occulté ce que ce dernier nomme « la mauvaise conscience des souverainistes québécois », c’est-à-dire l’histoire de la communauté franco-québécoise. Celle-ci serait « en trop » parce que, pour les penseurs antinationalistes québécois (Régine Robin, Jean-Pierre Derriennic, Marc Angenot, etc.), elle « appelle une fermeture sur elle-même » (p. 15). C’est précisément cette thèse que J. Beauchemin s’efforce de réfuter dans son livre. En désirant fonder, dit-il, la nation québécoise sur l’idée de la nation civique, les intellectuels québécois tendent à dissoudre la possibilité même d’énoncer un projet collectif non seulement pour les Franco-Québécois mais aussi pour les autres communautés culturelles québécoises. Tout l’objectif de l’auteur consiste dès lors dans son ouvrage à vouloir réconcilier « ce qui paraît aujourd’hui s’opposer : un désir d’émancipation collective fondé sur une communauté d’histoire et la volonté d’autres communautés de Québécois de voir leurs droits respectés dans la mesure où ils sont réticents à s’associer à cette mémoire » (p. 13). Pour ce faire, l’auteur passe en revue la critique de l’intelligentsia de la nation canadienne-française, puis de la nation québécoise. Ces deux critiques aboutissent à la thèse du « déni de soi » (chapitre 1). Voulant rendre intelligible « cet effacement de la mémoire franco-québécoise », l’auteur examine ensuite comment les rapports complexes entre l’identité et le politique au Québec ont nourri cet effacement (chapitres 2, 3 et 4). Finalement, J. Beauchemin porte son regard, dans le dernier chapitre, sur le poids de la mémoire dans l’élaboration du récit identitaire québécois et tente, en conclusion, de proposer un projet qui serait en mesure de concilier l’universalisme des droits et le particularisme de la société historique québécoise. Le chapitre le plus intéressant de l’ouvrage est certainement le 5e et dernier dans lequel l’auteur se confronte aux thèses de Jocelyn Létourneau et à celles de Gérard Bouchard. Au premier, il reproche d’une part « d’abandonner l’héritage culturel francophone » (p. 139), mais également d’être incapable, d’autre part, de penser la nation québécoise. À l’égard du second, il regrette que sa conception de la nation québécoise tende à la vider de toute dimension « substantielle » parce qu’il ne conserve, affirme J. Beauchemin, qu’une visée universelle de la nation incarnée dans la liberté des droits et la démocratie libérale. Dès lors, les deux historiens ne peuvent réconcilier le communautarisme culturel québécois avec l’universalité des droits de l’homme. En d’autres termes, c’est sur la possibilité même de réconcilier mémoire et démocratie au Québec qu’ils font l’impasse. Soulignant les apories sur lesquelles se butent les interprétations de ces deux intellectuels, le sociologue pose la question suivante : comment la mémoire des Franco-Québécois peut-elle être « repositionnée » afin d’être acceptée par toutes les communautés formant le Québec ? Sur ce point, c’est la théorie sociologique de Fernand Dumont qui l’inspire. La pensée de ce dernier a en effet « le grand mérite de rappeler qu’on ne peut éluder la question de l’appartenance au …

Parties annexes