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Comptes rendus

Jacques Michon (dir.), Histoire de l’édition littéraire au Québec au XXe siècle, volume 2, Le temps des éditeurs. 1940-1959, Montréal, Fides, 2004, 533 p.[Notice]

  • Andrée Fortin

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  • Andrée Fortin
    Département de sociologie
    Université Laval

L’équipe de Jacques Michon travaille depuis plusieurs années à l’histoire de l’édition littéraire, entreprise qui ne recoupe que très partiellement celle de l’équipe de l’Université Laval sous la direction de Maurice Lemire, qui analyse pour sa part l’ensemble de la vie littéraire (oeuvres, auteurs, réception). L’histoire que retracent les chercheurs de Sherbrooke et dont ils présentent le deuxième tome en 2004 est celle de l’édition littéraire : maisons d’édition, éditeurs, catalogues. L’édition littéraire est prise ici au sens large : roman et poésie, mais aussi littérature pour la jeunesse et romans policiers, d’amour ou d’espionnage publiés en séries (dans les années 1940 les éditions Lanthier faisaient paraître quatre titres par semaine). Deux phénomènes importants marquent la période qui va de 1940 à 1959, et en font un point tournant dans l’essor de l’édition québécoise et plus particulièrement de l’édition de la littérature québécoise, ce qui de nos jours est pratiquement synonyme, tout comme cela l’était avant 1940, sans l’avoir toujours été. C’est que dans les années 1940, la guerre interrompt l’arrivée de livres français et les arrêtés en conseil sur les brevets, les droits d’auteur et les marques de commerce de septembre et octobre 1939 « permettent aux éditeurs canadiens de reproduire tous les ouvrages publiés en territoire ennemi [...] moyennant le versement d’une redevance de 10 % au bureau du Séquestre des biens ennemis » (p. 23). Plusieurs éditeurs québécois (Bernard Valiquette, Éditions de l’Arbre) impriment alors des livres destinés non seulement au public de la Province mais aux lecteurs francophones des États-Unis et de l’Amérique latine, et réimpriment plusieurs titres français, de Victor Hugo à André Malraux ou Saint-Exupéry. Ainsi les Éditions Bernard Valiquette font paraître de 25 à 40 titres annuellement entre 1941 et 1945. Quant aux Éditions Variété, de 1941 à 1949, elles font « paraître plus de mille titres dont la grande majorité sont des reproductions de livres européens » (p. 42). Certains ouvrages québécois circulent dans les mêmes circuits (nord et sud américains) que ces ouvrages français, comme Les Velder de Robert Choquette (Éditions Bernard Valiquette) ou Au pied de la pente douce de Roger Lemelin (Éditions de l’Arbre, également traduit en anglais). Si après la guerre les éditeurs français reprennent les affaires, les éditeurs québécois ont acquis de l’expérience tant dans la gestion et la diffusion que dans l’impression du livre. Dans les années 1950, la formule des clubs du livre favorise la diffusion et la distribution de livres en dehors du réseau des librairies et permet ainsi aux éditeurs de « rentabiliser » certains titres, de courir certains risques éditoriaux (en publiant des auteurs québécois, notamment) et, avantage non négligeable, de contourner la censure. Autre phénomène intéressant dans cette période : les liens entre les maisons d’édition et les revues (auparavant c’étaient les liens entre les journaux et les éditeurs qui primaient) ; les travaux de l’équipe de Michon l’illustrent bien, sans l’analyser ni même s’y arrêter longuement car tel n’est pas leur propos. L’histoire de l’édition amène en effet les auteurs à se centrer d’une part sur les personnes des éditeurs et d’autre part sur les catalogues. Si certains, peu familiers avec le monde de l’édition, ont pu croire à la lecture du tome 1 (1900-1939), sous-titré La naissance de l’éditeur, que cet accent était dû au petit nombre d’éditeurs qu’il était facile de suivre pas à pas, livre à livre, dans le premier tiers du siècle, le tome 2 fait voir que des maisons d’édition reposent souvent sur une personne et que l’histoire de l’édition recoupe en grande partie la biographie des éditeurs. Les deux tomes proposent de nombreuses …

Parties annexes