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Comptes rendus

Yvan Lamonde et Sophie Montreuil (dirs), Lire au Québec au XIXe siècle, Saint-Laurent, Fides, 2003, 330 p.[Notice]

  • Jean-Paul Baillargeon

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  • Jean-Paul Baillargeon
    Chaire Fernand-Dumont sur la culture,
    INRS Urbanisation, Culture et Société.

Après avoir publié sa magistrale Histoire sociale des idées au Québec, 1760-1896 en 2000, et sa suite, portant sur la période de 1896 à 1929 en 2004, monsieur Yvan Lamonde, avec la collaboration de Sophie Montreuil, a dirigé un ouvrage sur les livres qu’on lisait au Québec au cours du XIXe siècle. Vu comme un artefact au même titre que tout autre objet matériel, le livre « recèle un usage à (re) découvrir. De par sa fonction, il est cependant un artefact singulièrement plus complexe que ces meubles, outils et objets d’antan que notre oeil ”moderne” a généralement vite fait de replacer en contexte : s’il sert à quelque chose, c’est à créer du sens ; s’il donne lieu à une activité, c’est la lecture qui fait apparaître le sens » (p. 8). De ce point de vue, tenter de faire l’histoire de la lecture dans une société donnée est très audacieux. En effet, comment déceler le sens créé par la lecture de telle ou telle oeuvre, comment faire « apparaître le sens » que la lecture a pu susciter ? La question vaut autant pour aujourd’hui que pour le XIXe siècle. Si, de nos jours, on peut procéder à des entrevues avec des gens qui ont lu tel ou tel livre pour en faire « apparaître le sens », grâce à une variété de méthodes éprouvées, celles-ci ne peuvent s’appliquer aux morts, surtout lointains. Les auteurs se sont donc rabattus sur des méthodes indirectes, mais que les historiens ont développées jusqu’à des niveaux de virtuosité remarquables, comme le dépouillement de titres de catalogues de bibliothèques, de cabinets de lecture ou encore de librairies, de clubs de lecture, de sociétés littéraires, etc. En outre, ont été dépouillés, pour des sources dites individuelles, des catalogues de collections privées, des contenus de correspondance sur des lectures, des documents autobiographiques, des journaux intimes, des mémoires, ou encore des notes dans des ouvrages ayant appartenu à des particuliers. Un travail gigantesque, patient, à partir de documents de différents niveaux, très épars les uns par rapport aux autres. Or, toutes ces sources n’ont pu exister que par ou pour des gens très alphabétisés, lettrés, faisant forcément partie des notables de l’époque. Certains chapitres, d’ailleurs, ceux portant principalement sur les membres de la famille Papineau, sont tout à fait fascinants. Quelles étaient les références intellectuelles et littéraires de ces personnes, celles surtout de Louis-Joseph Papineau, qui ont contribué à structurer la pensée de cet homme, et donc des idées de toute une partie de ses concitoyens, en matière sociale et politique ? Ces chapitres sont, à mon sens, les plus achevés de cet ouvrage collectif. Ils représentent près de la moitié de l’ensemble. Outre ceux d’Yvan Lamonde et de Sophie Montreuil, le livre contient des textes de cinq autres auteurs, tous étudiants à la maîtrise ou au doctorat. On leur a fait surtout dépouiller des catalogues. Ces étudiants feront sans doute partie de la cohorte de nos futurs historiens de la culture. Mais la juxtaposition de leurs travaux et de ceux d’Yvan Lamonde fait ressortir la gangue scolaire, studieuse, dont on n’a pas encore réussi à extraire et à mettre en valeur l’essentiel. Il aurait été intéressant qu’un auteur aussi chevronné qu’Yvan Lamonde en tire une substance plus étoffée pour ce qui est des contenus décrits par ces jeunes auteurs, et le plus souvent assortis de tableaux statistiques. Quel sens en aurait surgi, celui qu’on pourrait prêter à ceux qui ont alors fréquenté ces contenus ? Il y a donc là encore matière à développement. Est-ce que la quatrième de couverture a été rédigée …