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Comptes rendus

Lucie Piché, Femmes et changement social. L’apport de la jeunesse ouvrière catholique féminine, 1931-1966, Sainte-Foy, Les Presses de l’Université Laval, 2003, 349 p. (Religions, cultures et sociétés.)[Notice]

  • Denise Lemieux

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  • Denise Lemieux
    INRS Urbanisation, Culture et Société

Depuis que la Révolution tranquille a perdu quelques plumes comme moment mythique de la modernisation, l’étude du changement social de la première moitié du XXe siècle fait l’objet d’une recrudescence de travaux. Les mouvements d’action catholique spécialisée que l’on connaissait comme écoles de leaders ont retrouvé la faveur des historiens qui en explorent la diversité. Après les analyses de Gabriel Clément (1972) et de Jean Hamelin (1984) sur le laïcat et ses tribulations dans l’Église québécoise, on les aborde maintenant comme des mouvements sociaux urbains (Collin, 1996) ou des lieux de construction de la catégorie jeunesse (Louise Bienvenue, 2003). C’est dans une telle optique, à laquelle s’ajoute un questionnement sur les rapports sociaux de sexe, que Lucie Piché consacre un ouvrage bien documenté à la Jeunesse ouvrière catholique féminine, JOCF de ses débuts à 1966. Il s’agit, précise-t-elle, « non seulement de voir le mouvement comme des lieux où se déploient les ambitions d’une Église qui se sent menacée par la modernisation, mais aussi comme un espace où se façonnent des jeunes garçons et filles à la mesure de leurs aspirations et des moyens dont ils disposent » (p. 5). D’où son objectif de « donner au sujet historique, en l’occurrence les jeunes travailleuses militant à la JOC, une place centrale dans l’analyse » (p. 5). Les sources utilisées comprennent des documents d’archives produits au sein du mouvement, chartes, bilans financiers, procès-verbaux, bulletins et journaux, programmes, dossiers d’orientation, enquêtes sociales annuelles, listes de responsables et de présidentes, fichiers partiels d’inscription de membres. De belles photographies donnent vie et visages à des analyses la plupart du temps appuyées sur ces sources générales. En page couverture, un groupe de jeunes femmes présentant le journal et à l’endos une lectrice attentive illustrent bien les deux angles du portrait de la JOCF dégagé de ces sources, l’action de groupe et la formation personnelle qui en découle. Le chapitre d’envoi présente, à partir d’une revue des écrits, les grandes orientations adoptées. Des constats d’effervescence sociale au sein des mouvements jécistes et de ses fonctions de socialisation politique, Lucie Piché retient une interrogation quant aux effets similaires dans la JOCF. Elle rappelle que la féminisation des mouvements, souvent notée, n’a pas reçu d’explication définitive. À partir des travaux sur les mouvements européens, elle emprunte certaines interprétations dont le double discours présenté aux filles par la JOC, l’un préconisant un rôle subordonné des femmes dans la vie privée et dans l’Église, l’autre les incitant à l’action dans leur milieu et leur donnant les moyens de s’engager dans les sphères du travail et des loisirs. Dans cette optique d’une double dimension de changement et de conformité, Lucie Piché poursuit, en les adaptant aux femmes et aux milieux ouvriers, les hypothèses de Louise Bienvenue (2003) qui propose de considérer ces mouvements comme des lieux d’encadrement « mais où la jeunesse s’y donne à voir comme une classe d’âge ségréguée, susceptible de développer une conscience d’elle-même, voire une autonomie de parole et d’action » (citée p. 48). Cette approche à laquelle Lucie Piché ajoute la double visée du mouvement pour les femmes s’avère pertinente dès la fondation de la JOCF. C’est à l’Église, menacée par la modernisation et fragilisée par la Crise, que revient la fondation d’un mouvement destiné aux jeunes ouvriers et ouvrières. Le second chapitre propose un rapide bilan des initiatives pastorales préalables à cette fondation et rappelle que l’évêque de Montréal, Mgr Gauthier, dès les années 1920, suit de près les initiatives belges. Un prêtre québécois séjourne en Belgique auprès de l’abbé Cardijn. Des groupes sont formés au Québec dès 1927 et l’on trouve, avec …

Parties annexes