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Comptes rendus

Denis Laroche, La violence conjugale envers les hommes et les femmes, au Québec et au Canada, 1999, Québec, Institut de la statistique du Québec, 2003, 235 p. (Conditions de vie.)[Notice]

  • Patrice Corriveau

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  • Patrice Corriveau
    Section de la politique en matière de droit pénal
    Ministère de la Justice du Canada

Comme l’indique le quatrième de couverture, ce livre de Denis Laroche décrit diverses mesures de la prévalence (annuelle et sur cinq ans) de la violence conjugale physique subie par les hommes et les femmes de la part de leur conjoint actuel ou d’un ex-conjoint au Québec et au Canada. Par souci de clarté, l’auteur aborde cette question compliquée en précisant d’entrée de jeu les difficultés méthodologiques inhérentes à l’étude statistique de ce problème social pour ensuite examiner plus spécifiquement huit aspects associés à celui-ci, soit : la prévalence des incidents, leur gravité, leur fréquence, leurs conséquences, les caractéristiques des victimes, le profil des agresseurs, l’intervention policière, et finalement le soutien et l’aide reçus par les victimes. Pour y parvenir, Laroche utilise principalement les données recueillies par Statistique Canada lors de l’Enquêtesociale générale (ESG) sur la victimisation réalisée en 1999 auprès de 25 876 Canadiens et Canadiennes (11 607 hommes et 14 269 femmes) – dont 4 631 Québécois et Québécoises (2 030 hommes et 2 601 femmes) –, données qu’il complète et nuance en les comparant avec quelques études canadiennes, états-uniennes, néo-zélandaises et autres qui portent également sur la violence conjugale physique. Dans le premier chapitre, l’auteur pose les nombreuses précisions méthodologiques, mises en garde et nuances nécessaires à l’étude statistique du phénomène de la violence conjugale. Tout d’abord il explique les différentes formes d’enquêtes statistiques qui peuvent être utilisées pour tenter de cerner la violence conjugale en précisant les limites de chacune d’entre elles (statistiques criminelles, enquêtes sur la victimisation, échelles des tactiques de conflits). Ensuite, il présente plus spécifiquement la méthodologie utilisée par Statistique Canada dans l’ESG de 1999 pour mesurer la violence conjugale en s’attardant à ses particularités. D’une part, il expose clairement les limites d’une telle enquête statistique et critique certains aspects de l’étude. Par exemple, il constate qu’en négligeant d’inviter le répondant à mentionner les actes de violence qu’il aurait pu infliger, le questionnaire fait du même coup disparaître la symétrie dans la mesure, c’est-à-dire qu’il exclut « une validation des taux de prévalence des incidents rapportés réciproquement par les hommes et les femmes, alternativement considérés comme victimes et agresseurs » (p. 25). D’autre part, Laroche définit ses indicateurs, notamment le taux de prévalence annuelle, qui constitue la proportion de la population étudiée qui a été victime d’au moins un acte de violence au moins une fois au cours des 12 derniers mois précédant l’enquête, et le taux de prévalence sur cinq ans, à savoir la proportion de cette même population mais au cours des cinq années précédant l’enquête (p. 26). Il clarifie également ce qu’il entend par conjoint et ex-conjoint en soulignant l’importance de bien cerner la notion d’ex-conjoint car celle-ci peut grandement biaiser les données statistiques. Ainsi, il précise que « les taux de prévalence de la violence conjugale chez les ex-conjoints seront établis en prenant comme dénominateur l’ensemble des répondants ayant un ou plusieurs ex-conjoints, en tenant pour acquis qu’il existe un risque, si minime soit-il, de subir de la violence conjugale de la part d’un ex-partenaire, à partir du moment où existe un ex-conjoint » (p. 30). Ce chapitre est sans conteste le mieux construit et le plus clair de ce rapport de recherche. Dans les chapitres deux à neuf, l’auteur présente, à l’aide d’un nombre impressionnant de tableaux statistiques (56 au total pour un peu moins de 200 pages de texte), les différentes facettes de la violence conjugale. Il nous submerge de données et de constats statistiques qui rendent la lecture souvent difficile, semant parfois la confusion. Bien que plusieurs observations pour le moins inattendues surprennent le lecteur, on …