La restriction d’accès aux articles les plus récents des revues sous abonnement a été rétablie le 12 janvier 2021. Pour consulter ces articles, vous pouvez notamment passer par le portail de ressources numériques de l’une des 1 200 institutions partenaires ou abonnées d’Érudit. Plus d'informations

Comptes rendus

Thibault Martin, De la banquise au congélateur. Mondialisation et culture au Nunavik, Sainte-Foy, Les Presses de l’Université Laval, 2003, 202 p. (Sociologie contemporaine.)[Notice]

  • Alexandre Morin

À la lumière de l’intensification du processus de mondialisation qui tend à uniformiser les cultures particulières, De la banquise au congélateur de Thibault Martin propose une lecture des stratégies déployées par les Inuits afin de construire un univers social où certaines traditions perdurent en tirant profit des outils de la modernité. Pour ce faire, les rapports sociaux du Nunavik (Québec arctique) – notamment les villages de Kuujjuarapik, d’Umiujaq et de Povungnituk – sont analysés d’un point de vue sociologique et historique. L’auteur prend pour cas d’étude le projet Grande-Baleine d’Hydro-Québec : la chasse, le Programme d’aide aux chasseurs et le partage du gibier qui en découle, et finalement la commercialisation de la sculpture inuite par l’entremise des Coopératives du Nouveau-Québec. L’imbrication de la tradition et de la modernité chez les Inuits représente toujours un débat social et scientifique stimulant, vigoureux et surtout non résolu, d’où la pertinence de la contribution de Martin. Les analyses de l’auteur sont guidées par les concepts théoriques de modernisation, de mondialisation (théorie du système-monde) et de glocalisation. Il porte un regard critique sur ces concepts, reconnaissant d’emblée leur caractère parfois évolutionniste et idéologique, et semble en faire une juste utilisation selon les avancées récentes de la communauté scientifique. Ainsi, la modernité (et la mondialisation) ne s’avère pas universelle et homogène, mais plutôt multiple, se développant selon les contextes et expériences spécifiques de chaque population. Elle ne correspond pas non plus à la disparition de toutes institutions dites traditionnelles, certaines d’entre elles contribuant tout autant à façonner les rapports sociaux contemporains. En somme, Martin parle d’une hybridation entre tradition et modernité, où les individus et collectivités constituent des acteurs sociaux actifs dans cette régulation sociale. Quant à la mondialisation, elle représente le processus d’achèvement de la modernité sur l’ensemble de la surface du globe. L’auteur veut attirer l’attention sur le rôle des populations locales sujettes à la mondialisation. C’est par l’intermédiaire du concept de glocalisation qu’il y parvient, c’est-à-dire en observant « la somme des stratégies mises en place par les acteurs locaux pour maintenir un mode de vie distinct, tout en le rendant compatible avec la circulation de plus en plus commune des artefacts culturels et des valeurs propres aux sociétés néolibérales » (p. 11). La thèse défendue est celle selon laquelle la glocalisation des Inuits servirait à maintenir leurs activités dites traditionnelles. Au-delà d’une simple duplication de la modernité vécue ailleurs dans le monde, les Inuits fondent leur propre modernité. Même si l’auteur confère aux Inuits une grande capacité à contrer les aléas de la modernité mondialisée, il les présente également comme des victimes du système-monde où les zones métropolitaines exploitent, marginalisent et aliènent les zones périphériques tout en dictant le comportement qu’elles doivent adopter. Pour Martin, la solution à ce problème serait le transfert des pouvoirs politiques du centre vers la périphérie ; il cite le projet d’autonomie gouvernementale du Nunavik, présentement en construction, comme modèle fécond. Martin utilise d’abord l’exemple du projet hydroélectrique Grande-Baleine d’Hydro-Québec pour mettre en relief, de façon convaincante et empirique, la glocalisation inuite mise en oeuvre afin d’en contrer certains impacts. Il présente le rôle des études d’avant-projet dans l’apprentissage des rudiments de la négociation par les Inuits, qui étaient alors mieux armés pour émettre leurs conditions quant à l’opérationnalisation de Grande-Baleine. C’est ainsi qu’ils ont livré une « guérilla médiatico-juridique » substantielle (délégations envoyées aux quatre coins du monde, publicité dans les grands quotidiens américains, etc.), qui aurait contribué à suspendre Grande-Baleine. Localement, les Inuits auraient donc eu raison, du moins en partie, de la force globale ici personnifiée par Hydro-Québec. En outre, Martin avance que les …