Comptes rendus

Francine Saillant et Serge Genest, Anthropologie médicale. Ancrages locaux, défis globaux, Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2005, 467 p.[Notice]

  • Bernard Roy

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  • Bernard Roy
    Faculté des sciences infirmières,
    Université Laval.

Réaliser un compte rendu d’un ouvrage aussi imposant qu’Anthropologie médicale. Ancrages locaux, défis globaux m’est apparu comme relevant d’une entreprise périlleuse. Comment, dans un si court texte, rendre justice aux 26 auteurs, provenant de 12 pays réunis pour l’occasion, par les anthropologues Francine Saillant et Serge Genest ? Évidemment, il m’a semblé vain et improductif d’entreprendre un texte présentant un retour, si minime soit-il, sur chacun des 15 chapitres de cet ouvrage. Pourquoi, d’entrée de jeu, ne pas l’affirmer ? En publiant cet ouvrage, les anthropologues Saillant et Genest ont réalisé un travail titanesque et surmonté un défi de taille. Réunir, sous une même couverture, des anthropologues provenant des deux Amériques et du continent européen relève de l’exploit. Il fallait l’originalité, l’audace, l’ouverture et la ténacité de ces deux anthropologues québécois pour qu’un ouvrage de référence de cette envergure soit offert au monde des sciences sociales et plus spécifiquement de l’anthropologie médicale et à toute personne s’intéressant à cette discipline. Franchement, je suis envieux des étudiants entreprenant, aujourd’hui, un parcours académique en anthropologie et qui s’intéressent particulièrement aux questions gravitant autour du complexe et étourdissant concept de « santé ». Cet ouvrage saura intéresser quiconque désire explorer ce champ spécifique de l’anthropologie qui s’impose, en ce début de XXIe siècle, comme une discipline incontournable dans les milieux de la santé. Cet ouvrage est né d’une intention, qualifiée par Saillant et Genest de fort simple : « offrir un portrait d’ensemble de l’état de l’anthropologie médicale, 30 ans après la publication, aux États-Unis, des premiers manuels d’anthropologie médicale ». Malgré sa relative jeunesse, cette discipline anthropologique puise sa vitalité et sa stature dans les profondes racines d’une anthropologie symbolique et religieuse. C’est pourtant seulement au cours des années 1960 que l’anthropologie américaine a offert les premiers manuels d’anthropologie médicale (McElroy, Townsend, Kleinman et autres). Ces travaux se sont inscrits au coeur des tout premiers questionnements et ils ont donné le ton des débats épistémologiques initiaux de cette discipline émergente. Les instigateurs d’Anthropologie médicale désiraient répondre à ces questions : comment traduire la pluralité des formes de pratiques en anthropologie médicale et comment rendre compte de la pluralité des concepts et des théories qui dynamisent ce champ spécifique de l’anthropologie ? Ils exprimaient également le souhait de dépasser un internationalisme de bon aloi qui, très souvent, signifie au Québec la trilogie Paris-Boston-Montréal. Saillant et Genest sont manifestement parvenus à réaliser et même à dépasser cette ambition qui les animait en invitant à collaborer des anthropologues de renom originaires d’une douzaine de pays. En fait, cet ouvrage se donnait pour objectif de révéler les ancrages locaux de l’anthropologie médicale et les défis globaux qui se présentent à elle. Mission accomplie avec brio ! Il regroupe 15 chapitres assemblés autour de trois grandes parties. Une première s’intéressant à l’anthropologie médicale développée dans les Amériques (Canada, Québec, États-Unis, Brésil et Mexique), une seconde à l’anthropologie médicale européenne (France, Espagne, Italie, Allemagne, Hollande, Royaume-Uni et Suisse) et, finalement, une troisième partie offrant trois textes s’intéressant à des questions transversales à l’anthropologie médicale internationale. Si le texte de Castro et Farmer permet de constater que les anthropologues américains ont largement contribué à l’émergence de cette discipline, quelques auteurs, comme c’est le cas d’Anette Leibing (Brésil), remettent en question l’hégémonie américaine dans ce champ disciplinaire et insistent sur l’émergence d’une anthropologie médicale originale et nationale. Cet ouvrage permet aux lecteurs de prendre contact avec une anthropologie méconnue du fait qu’elle n’est pas ou peu publiée en langue anglaise, cette langue que l’on dit des affaires et… des sciences. Ce n’est probablement pas un hasard si …