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Comptes rendus

Vincent Lemieux, Les partis générationnels au Québec. Passé, présent, avenir, Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2011, 113 p.

  • Mike Medeiros

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Depuis plusieurs années, la scène partisane au Québec semble volatile, une situation qui paraît s’être transposée au niveau fédéral. Aussi, le moment est opportun pour une analyse sur le passé et le présent des partis politiques au Québec, ainsi qu’une vision possible de l’avenir. C’est exactement ce que Vincent Lemieux nous propose dans son nouvel ouvrage, Les partis générationnels au Québec. Passé, présent, avenir. Plus précisément, Lemieux explore l’histoire des partis politiques au Québec à travers la notion de partis générationnels, et cela, en se concentrant sur les cas du Parti libéral du Québec (PLQ), de l’Union nationale (UN) et du Parti québécois (PQ).

Lemieux a déjà exploré le concept de parti générationnel auparavant (notamment 1986, 2003), mais ce livre est une occasion d’élaborer et d’approfondir l’exploration de ce concept. Selon Lemieux, un parti générationnel est rattaché à une génération politique qui fournit à ce parti des dirigeants, des adhérents et des électeurs. L’auteur consacre le troisième chapitre de son livre à élaborer les caractéristiques de ce type de parti. Il y est expliqué qu’un parti générationnel est principalement un parti politique qui exploite l’insatisfaction des citoyens et qui présente des solutions de rechange ; c’est un parti mobilisateur qui tire son vote surtout des nouvelles cohortes d’électeurs, mais qui est aussi capable de convertir d’anciens électeurs ; c’est un parti sensible aux effets de cycle de vie et de conjoncture, perdant son caractère générationnel quand s’efface cette génération ; c’est un parti qui durant une période de trente à quarante ans passe par des phases d’émergence, de maturité et de déclin ; et finalement, il est proéminent dans sa phase de maturité. Pareillement, ce chapitre présente les trois conditions d’un système partisan nécessaires à la formation d’un parti générationnel : le système partisan en place doit être compétitif, il doit être ouvert et permettre à des partis de se former et de devenir compétitifs, et il doit permettre au parti générationnel de prendre les rênes du pouvoir et de gouverner.

Avant d’analyser les cas de partis générationnels québécois, Lemieux fait un bref détour en Alberta pour montrer que ceux-ci existent aussi ailleurs. Le quatrième chapitre présente une brève analyse historique du parti Crédit social de l’Alberta, parti ayant dominé la politique provinciale de cette province durant une quarantaine d’années. Dans ce chapitre, l’auteur expose aussi que la diversité régionale rend l’existence d’un parti générationnel sur la scène fédérale quasi impossible. Les chapitres cinq à sept sont de brefs historiques des phases reliées aux partis générationnels, respectivement, du PLQ, de l’UN et du PQ. Au huitième chapitre, l’auteur résume les traits générationnels de ces trois partis.

Au dernier chapitre, Lemieux adopte une vision prédictive. Il indique notamment qu’aucun autre parti générationnel ne pourrait prendre le rôle qu’occupe présentement le PQ ; celui-ci est proéminent depuis presque quarante ans et devrait prochainement entrer dans sa phase de déclin. Selon l’auteur, l’Action démocratique du Québec (ADQ) n’a pas réussi à remplacer le PQ comme parti générationnel parce que ses positions externe, l’autonomie, et interne, un État moins interventionniste, n’étaient pas assez mobilisatrices. De plus, un nouveau parti générationnel devrait proposer une option autre que le fédéralisme ou le souverainisme, ce qui est, selon Lemieux, peu probable en raison de l’échec de l’autonomisme de l’ADQ. Une autre option qui pourrait mener à la naissance d’un nouveau parti générationnel serait un parti qui représenterait une insatisfaction interne en visant à redresser les finances publiques tout en voulant sauvegarder les services appréciés par la population. Mais avec le déclin de la participation politique, Lemieux croit que la mobilisation nécessaire pour permettre la création d’un tel parti est peu probable.

Ce livre s’insère dans une littérature qui essaie d’établir l’importance des générations pour les politiques. Par contre, il est surprenant qu’il n’y ait aucune mention du livre de Bélanger et Nadeau (2009), Le comportement électoral des Québécois. Ce dernier offre une analyse élaborée et quantitative dans le but d’expliquer un grand nombre de phénomènes électoraux et partisans de l’histoire québécoise. D’ailleurs, le manque d’analyses quantitatives est frappant alors que celles-ci auraient sûrement aidé à mieux explorer et expliquer certains phénomènes et auraient également permis de supporter, ou infirmer, empiriquement certaines des théories de l’auteur. L’élément le plus discutable du livre reste toutefois la catégorisation du PLQ comme parti générationnel. Malgré le fait que ce dernier a déjà partagé des traits communs avec les partis générationnels, son histoire est bien différente de celle des autres partis qui sont étudiés ; particulièrement, il n’a jamais traversé un déclin comme le Crédit social ou l’UN, ayant toujours formé le gouvernement ou l’opposition officielle.

Somme toute, l’ouvrage offre une perspective intéressante qui plaira à ceux que les phénomènes électoraux intéressent et il aide également à mieux comprendre la volatilité politique que traverse présentement la société québécoise.

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