Comptes rendus

Paul Charest, Camil Girard et Thierry Rodon, Les pêches des Premières Nations dans l’est du Québec, Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2012, 366 p.[Notice]

  • Claude Gélinas

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Au sein des populations algonquiennes du Subarctique oriental, la pêche a traditionnellement constitué une activité de subsistance secondaire par rapport à la chasse au gros gibier et au piégeage ; un informateur innu avait déjà fait remarquer à Maillot et Michaud, au tournant des années 1960, que « the more you fish, the less you trap and the less you do deer-hunting » (North West River : étude ethnographique, Québec, Centre d’études nordiques, Institut de géographie, Université Laval, Travaux divers 7, 1965, p. 46). Pour cette raison sans doute, mais aussi parce qu’elle s’est retrouvée au coeur de conflits politiques marquants au fil des ans, la pêche chez les Algonquiens a rarement été étudiée pour ce qu’elle est, et davantage évoquée en toile de fond. Néanmoins, de tout temps elle a constitué une activité économique fiable en raison de la relative stabilité de la ressource halieutique, ce qui a permis anciennement aux familles algonquiennes de pallier les lacunes des autres domaines de prédation, et aujourd’hui d’en faire une assise du développement économique. En ce sens, les responsables de cette publication se sont donné comme objectif de mieux faire connaître la place qu’occupe actuellement la pêche dans l’économie des communautés innues, malécites et micmaques de l’est du Québec. L’ouvrage se divise en deux sections, la première consacrée à la pêche alimentaire et la seconde à la pêche commerciale. D’entrée de jeu, sept chapitres, incluant une mise en contexte historique, sont ainsi consacrés à la place qu’occupe aujourd’hui la pêche, en particulier celle du saumon atlantique, de la ouananiche et du doré jaune, sur le plan de l’alimentation. Des études de cas abordent respectivement la pêche traditionnelle en contexte de revendication politique chez les Innus de Mashteuiatsh, la participation des Innus d’Essipit, d’Uashat mak Mani-Utenam et d’Ekuanitshit à la gestion de rivières à saumon et aux modalités d’exploitation de cette ressource sur la Basse-Côte-Nord. Malgré certains succès (Ekuanitshit), on retient particulièrement les obstacles environnementaux (disponibilité variable de la ressource), administratifs, légaux et politiques de même que la sévérité de l’opinion publique qui entourent la pratique de la pêche innue en tant qu’activité de subsistance. Les cinq chapitres suivants concernent le développement de la pêche commerciale, en particulier depuis le jugement Sparrow (1990), et abordent les thèmes des modalités d’accès à la ressource halieutique, des modèles d’organisation et de gestion, de l’emploi, des difficultés rencontrées notamment en matière de conciliation entre tradition et modernité, ainsi que des retombées qui, bien que pouvant être intéressantes sur le plan financier, ne règlent pas pour autant tous les problèmes sociaux. Il s’agit d’un ouvrage attendu, qui non seulement vient combler un manque, mais qui offre une somme d’informations multidimensionnelles fort utiles au sujet de la place et de l’importance qu’occupe la pêche dans l’économie contemporaine des communautés autochtones de l’est du Québec, bien que la majeure partie des études de cas concernent avant tout la situation des Innus ; deux chapitres seulement sont spécifiquement consacrés aux Malécites et aux Micmacs, et dans ce dernier cas, c’est une analyse de traitement journalistique qui est proposée.