Comptes rendus

Julien Laurent, Sylvain Lefebvre et Éric Mottet (dirs), Géopolitique et virages de la Formule 1. Regards croisés sur des dérapages contrôlés, Québec, Septentrion, 2012, 222 p.[Notice]

Avant la publication de Géopolitique et virages de la Formule 1, aucun ouvrage scientifique n’avait été consacré à cette industrie particulière. Par l’entremise de regards croisés, pluridisciplinaires, et sous la direction de trois auteurs issus de la sociologie urbaine, de la géographie et de la géopolitique, une première analyse nous est maintenant accessible. Un Grand Prix de Formule 1 est créateur d’une véritable énergie pour un pays, une ville, des institutions privées et publiques, et des individus. Il comporte deux volets principaux. Un premier au niveau économique et social avec des effets positifs sur du long terme : infrastructures, équipements urbains, gisements d’emplois. Il intègre une activité spécifique (l’événement en lui-même) dans une dynamique collective (la politique de la ville et particulièrement celle attachée au tourisme événementiel). Un second niveau met en évidence une réflexion globale pour animer une synergie entre les institutions et les acteurs l’accompagnant. L’événement dans la ville stimule les échanges. Il permet, à partir de plusieurs niveaux de compréhension (ville, province, continent, planète), d’interpréter les conflits, les consensus et les tensions entre, d’un côté, les industries d’un sport-spectacle et, de l’autre, les pouvoirs publics et les citoyens. L’ouvrage tient ainsi son apport scientifique principal. Par une volonté de dépasser la seule analyse sportive, il mêle les perspectives. Il confronte plusieurs disciplines avec des approches tant géographiques que sociologiques, historiques, économiques, urbanistiques, ou encore touristiques. Par le jeu successif des points de vue, il nous est donné de mieux saisir l’évolution actuelle d’une industrie, de ses enjeux et de son avenir. La Formule 1 motive toutes les attentions, tant sur la piste qu’en coulisse. Ces courses automobiles présentent des spécificités qu’il s’agit d’identifier. Un méga-événement, d’abord, qui attire politique et personnalités publiques, profitant d’une grande visibilité médiatique. Une industrie économique florissante, ensuite, qui motive des duels sportifs, géopolitiques et mécaniques. Aujourd’hui, les villes prennent de plus en plus pour assise fondamentale à leur croissance, le développement d’événements festifs. La Formule 1 ne fait pas exception à la règle et amène les villes à repenser les espaces urbains. Elle crée surtout de nouvelles possibilités à travers des concurrences régionales et le développement de territoires émergents qui génèrent des rivalités et des changements dans la répartition des suprématies, notamment avec l’apparition de l’Asie orientale. Plusieurs approches sont développées dans un ouvrage destiné à tout public qui cherche à décrypter ce milieu particulier. Autour de sept chapitres, des perspectives macrosociales s’articulent avec des approches microsociales, pour nous permettre de mieux interpréter l’évolution historique de ces événements et leur place au sein des villes. L’expérience de Montréal y est particulièrement mise en évidence. Cette lecture du passé permet de dégager une réflexion sur le long terme pour analyser l’avenir de cette industrie, déchiffrer ce qui donne vie à l’événement et ce qui en pérennise la survie. Surtout, elle nous amène à concevoir les liens étroits qu’une industrie sportive entretient avec le politique et l’économique, dans un contexte à la fois de mondialisation et de multipolarité des acteurs tant étatiques que non étatiques.