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Comptes rendus

Normand Baillargeon, Turbulences. Essais de philosophie de l’éducation, Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2013, 135 p.

  • Nancy Bouchard

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Couverture de Les anglophones au Québec, Volume 55, numéro 3, septembre–décembre 2014, p. 452-618, Recherches sociographiques

Corps de l’article

Dans cet ouvrage, Normand Baillargeon rassemble onze essais sur l’éducation pour l’essentiel déjà parus à d’autres occasions entre 2008 et 2012. Parmi ces textes, trois nous paraissent particulièrement d’intérêt pour montrer l’inéluctable recours à la philosophie pour penser l’éducation – visée pénétrant non seulement cet ouvrage mais bon nombre d’écrits du même auteur (ex. : Liliane est au lycée, 2011; Contre la réforme, 2009; etc.) – et qui, au Québec, fait trop souvent défaut dans la recherche en éducation, la formation des enseignants et le curriculum scolaire.

Ainsi le texte « Sur la transmission culturelle » et celui sur la philosophie et sa place dans le curriculum, « La part du Sphinx », présentent un bon condensé de la position avancée par Baillargeon pour penser l’éducation et de sa critique du tournant (socio)constructiviste en éducation. S’inscrivant dans le courant dominant de la philosophie analytique de l’éducation des années 1960 et 1970 en Grande-Bretagne, en particulier des travaux de Richard Stanley Peters et de Paul Hirst, Baillargeon défend une éducation de tradition libérale, émancipatrice sur le plan tant personnel que collectif et politique. L’éducation « doit viser la constitution de l’autonomie de la raison par l’acquisition de savoirs » (p. 31). La transmission intentionnelle du contenu cognitif jugé important libère de l’ignorance et développe la pensée rationnelle. Mais que devrait-on transmettre? À l’instar de Hirst, Baillargeon propose la transmission d’un bagage culturel commun inscrit dans des formes de savoir « structures fondamentales par lesquelles l’ensemble de l’expérience est devenue intelligible aux êtres humains » (p. 20). Est éduqué celui qui est muni d’une authentique culture générale dont les vertus, indique Baillargeon, sont l’humilité épistémique, la faillibilité et la perspective critique. Or la crise de la transmission culturelle à l’école exacerbée par la dernière réforme au Québec, réitère-t-il, met en péril toute possibilité d’une telle éducation dans la scolarité de base. Soulignons au passage que l’auteur, adoptant un point de vue prospectif et constructif, propose dans le tout dernier texte de ce livre douze leçons à tirer de cette réforme.

Quelques mots sur le troisième texte qui a attiré notre attention, soit celui intitulé « Enseigner le mystérianisme au collège? ». Audacieuse et prudente à la fois, la proposition de Baillargeon sur l’enseignement du mystérianisme dans la philosophie au collégial nous paraît intéressante, ne serait-ce que pour apprendre aux jeunes à se questionner sur les conditions d’une conclusion défendable, à cultiver le doute et à exercer la suspension du jugement.

Enfin, les autres textes de cet ouvrage traitent de questions pour lesquelles il faut certes poursuivre la réflexion. Globalement, ceux sur l’éducation à la sexualité, la philosophie pour enfants et un ordre professionnel des enseignants présentent moins d’intérêt car peu approfondis et soutenus. Ceux sur le décrochage scolaire, la vocation de l’université, la recherche en éducation et la réforme de l’éducation sont une occasion de réfléchir, somme toute, à la « funeste alliance » qui, au Québec, tend à réduire au silence ceux qui s’y opposent.