Vous êtes sur la nouvelle plateforme d’Érudit. Bonne visite! Retour à l’ancien site

Comptes rendus

Gilles McMillan, La contamination des mots, Montréal, Lux, 2014, 288 p.

  • Colette Boucher

…plus d’informations

Couverture de Les anglophones au Québec,                Volume 55, numéro 3, Septembre–Décembre 2014, p. 452-618, Recherches sociographiques

Corps de l’article

En 2009, le milliardaire Guy Laliberté faisait orchestrer un immense cirque médiatique autour d’un voyage spatial, une « mission sociale et politique » visant prétendument la promotion de la fondation One Drop, organisme sans but lucratif ayant pour objectif de permettre à tous l’accès à l’eau.

Dans La contamination des mots, recueil de textes publiés sous ce même titre, Gilles McMillan dénonce l’utilisation abusive des mots asservis aux buts mercantiles des personnes et des organisations qui ont accès à la parole publique et jouissent d’une visibilité exagérée. Cet homme de paroles et de mots, qui gagne sa vie grâce à eux en tant que rédacteur et réviseur linguistique, pointe du doigt les médias qui se prêtent au jeu de quelques hommes puissants et richissimes, dont on fait l’éloge, vantant abondamment leurs vertus humanistes et les présentant « en modèles pour la jeunesse ». Dans cette dynamique, les mots sont vidés de leur sens. « Coupés un peu plus de leurs racines, de l’histoire, ils tombent en apesanteur pour être saupoudrés sur la planète bleue par le biais des médias et leurs chroniqueurs bien-pensants, les satellites et Internet » (p. 88).

À travers ses textes, McMillan se livre aussi à une analyse du travail de ceux qui font profession de l’écriture. Il souligne l’incohérence d’un Dany Laferrière qui, tout en pourfendant la « dictature du plaisir » résultant des attentes du marché du livre « relayées et alimentées par les médias », se complaît dans une écriture superficielle et séductrice. Il discute des essais des auteurs Gilles Marcotte et Yvon Rivard sur l’utilité de la littérature. Il raconte le combat de l’écrivain uruguayen Carlos Liscano, longtemps emprisonné dans son pays d’origine, qui, en devenant écrivain, a cessé d’être militant et pour qui « l’écriture exige un engagement absolu » (p. 43). En cela, Liscano rejoint l’idée de McMillan sur la culture et ses exigences les plus élevées : « le désir de savoir, de partager le savoir, la bienveillance, la grandeur et l’humilité » (p. 44), toutes qualités qui semblent absentes du grand système médiatique moderne, qui emprisonne la culture et contamine les mots.

McMillan est également inspiré par le désir de Liscano qui, en écrivant, vise à « devenir l’enfant de ses parents ». Son père à lui, McMillan, fut privé de mots, analphabète et insensible aux expressions modernes de la culture qui, au nom de la transmission, faisaient l’éloge de métiers forestiers traditionnels, comme la drave. Aux yeux du père, pour les avoir exercés, ces métiers représentaient « un travail d’esclave rendu possible par son ignorance et sa situation misérable » (p. 68).

Enfin, la contamination des mots, tout en s’inscrivant dans la ligne de pensée d’Hannah Arendt et d’autres critiques de la modernité, est un travail sur l’histoire et les origines. Comme l’écrit Yvon Rivard dans la préface, c’est « l’oeuvre d’un solitaire qui combat pour redonner une histoire, une enfance, un imaginaire à tous ceux, d’ici et d’ailleurs, que la culture du progrès, «sans corps et sans passé», a déshérités » (p. 13).