Comptes rendus

 

Anne Legaré, Le Québec, une nation imaginaire, Montréal, Les presses de l’Université de Montréal, coll. Champ libre, 2017, 394 p.[Notice]

  • Simon Langlois

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Anne Legaré a réuni dans son ouvrage Le Québec, une nation imaginaire les textes qu’elle a écrits tant sur la nation québécoise, le rôle du fédéralisme canadien dans la formation de l’identité québécoise, que sur les relations du Québec avec les États-Unis et la France. Le fait d’avoir enseigné la science politique à l’Université du Québec à Montréal, de même que son engagement comme déléguée du Québec en Nouvelle-Angleterre ainsi que ses fonctions de secrétaire générale du Centre de coopération interuniversitaire franco-québécois à Paris, lui ont permis de développer un point de vue original sur ces trois questions. Legaré partage la conception politique de la nation de Papineau et des patriotes de 1840 plutôt que la conception de la nation comme entité culturelle qui est toujours bien présente dans les débats politiques québécois. Rappelons que ce sont là deux tendances lourdes qui ont caractérisé l’histoire du Canada français depuis deux siècles, comme l’ont montré les travaux d’Yvan Lamonde. Il existe au Québec « deux instances de légitimation, ce qui crée un clivage mental et politique profond » (p. 56), un clivage qui se retrouve dans l’opposition qu’elle évoque entre la « nation en soi » (nation culturelle et historique) et la « nation pour soi » consciente de sa diversité et actrice d’un renouveau du politique. Sa formule « la nation est une volonté » (p. 229) rappelle celle de Renan décrivant la nation comme plébiscite quotidien. Cependant, cette volonté trouve difficilement à s’affirmer dans le cadre constitutionnel canadien. Le fédéralisme et l’État canadien se conjuguent plutôt pour faire du Québec une région du Canada, ce qui affaiblit sa capacité à s’affirmer comme nation politique. C’est là le fil rouge qui unit les analyses contenues dans l’ouvrage. « D’abord, la nation québécoise, à la fois fantasmée dans le discours nostalgique et réelle par son institutionnalisation par la scène politique québécoise, est en même temps en conflit permanent avec son institutionnalisation comme région de l’État canadien » (p. 119). Elle ajoute : « Au nom d’un fédéralisme associatif, plurinational, on entend faire adhérer le Québec à un consentement à la domination du pouvoir qui régit l’état du Canada. L’esprit républicain qui sévit à Québec serait absorbé dans une mer canadienne » (p. 63). Par conséquent, Legaré se méfie de la vision idéalisante de l’État du Québec, « fruit d’un pur fantasme nationaliste » (p. 118), car cet État joue en fait le rôle d’intégrateur de la société québécoise en tant que région du Canada. La thèse d’Anne Legaré sur le statut politique du Québec est solidement argumentée. Cependant, il y a lieu de se demander si la « vision idéalisante » de l’État du Québec s’applique aussi à la société et à la culture québécoises. Qu’il ait le statut politique de région ou de nation, le Québec est aussi une société globale qui a suffisamment de marge de manoeuvre pour se développer, même s’il lui manque de nombreux leviers (une monnaie, une banque centrale, etc.). La société québécoise s’est dotée d’institutions originales et possède une grande capacité d’intervenir sur elle-même et d’imprimer sa marque sur l’identité, capacité qui ne doit pas être réduite à sa seule dimension politique. La culture québécoise existe bel et bien. Considérer la société québécoise sous d’autres angles que celui de la politique, comme société globale, obligerait à nuancer le propos de l’auteure. Pour Anne Legaré, la tension entre la région et la nation affecte l’identité québécoise. « Le citoyen du Québec est appelé à consentir à deux ordres symboliques séparés, quoiqu’enchevêtrés. […] Le premier trait de l’identité québécoise, c’est d’être fractionnée » (p. 366). Elle ajoute …