Comptes rendus

 

Denis Latulippe (dir.), La sécurité sociale au Québec. Histoire et enjeux, Québec, Presses de l’Université Laval, 2016, 586 p.[Notice]

  • Vivian Labrie

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« Ce livre s’adresse aussi bien aux témoins des 50 dernières années qu’à ceux et celles qui participeront, d’une façon ou d’une autre, à la vie des 50 prochaines » (p. 6). Cette première phrase tirée de la préface de Denis Latulippe introduit bien l’ouvrage collectif qu’il a dirigé et publié en 2016 aux Presses de l’Université Laval sur La sécurité sociale au Québec. Il y a dans cette collection de textes d’acteurs et d’actrices de la Révolution tranquille une abondante matière pour s’instruire tant sur l’histoire technique que sur celle des tensions, des préoccupations, des influences et des écoles de pensées qui ont fondé le système de sécurité sociale québécois tel que nous le connaissons aujourd’hui. En ce sens, l’ouvrage peut intéresser tout autant les personnes qui ont participé à cette histoire que celles qui s’apprêtent à y participer. On y retrouvera des affirmations, des précisions, des irritants et aussi des non-dits mutuellement éclairants pour la compréhension des dynamiques formelles et informelles dont nous sommes redevables dans le pacte social et fiscal actuel. Tout cela importe pour ce qui viendra ensuite. D’où l’importance d’une lecture attentive au centre épistémique de l’ouvrage, et à ce qui peut se retrouver à sa marge ou encore au coeur d’un propos différemment positionné sur le même sujet. La perspective générale de l’ouvrage est teintée par l’appartenance d’une majorité de ses contributeurs et contributrices au monde de l’actuariat, des finances publiques et de l’administration publique. Il est ainsi souligné tout ce qu’il a fallu mobiliser en compétences, en ressources, en décisions sur les règles du jeu et en comptabilisation à long terme pour mettre en place un financement et une gestion viable et durable des divers dispositifs qui ont donné à notre société les contours et les protections collectives qu’on lui connaît aujourd’hui. La construction de l’ouvrage en témoigne aussi, avec en première partie des témoignages (propos de Claude Castonguay et Pauline Marois, recueillis et mis en forme par Pierre Maisonneuve) sur les visions et réalités politiques ayant présidé à cette « révolution si peu tranquille ». Une seconde partie s’intéresse aux contextes démographiques (Jacques Légaré), économiques et financiers (Pierre Fortin), ainsi qu’à « la révolution des genres de vie » (Simon Langlois) ayant marqué la période. Une troisième partie présente l’histoire du développement de neuf domaines de dispositifs et programmes pendant cette période : la santé et les services sociaux (Jean Turgeon, Jean-Claude Deschênes† et Guy Simard), l’assurance-médicaments (Guy Simard et Jean Turgeon), la retraite (Denis Latulippe et Pierre Plamondon), la santé et la sécurité au travail (André Beauchemin et Gilles Binet), le régime d’assurance automobile (Gilles Binet et André Beauchemin), l’assurance-chômage (Michel Bédard), la politique familiale (Ruth Rose), les politiques de sécurité du revenu et de main-d’oeuvre (Yvon Boudreau), la Caisse de dépôt et placement du Québec (Bernard Morency et Diane Lemieux). Une dernière partie et une conclusion dressent un certain nombre de constats d’ensemble à prendre en compte pour le « devenir collectif » (Denis Latulippe). Ce faisant, ce legs, inévitablement caractérisé au plan des préoccupations par le parcours particulier de ses contributeurs et contributrices, fait apparaître les particularités du puzzle complexe d’un système élaboré morceau par morceau au cours des ans à partir de ce qu’était le Québec d’avant. L’ouvrage montre comment s’est étagé le mille-feuille de la sécurité sociale au Québec, avec ses lignes de temps, et laisse entrevoir comment on pourrait le comparer, le contraster et le distinguer de ceux qui sont apparus aux dix-neuvième et vingtième siècles dans d’autres contextes nationaux en Europe et en Amérique. On y aperçoit constamment le jeu et les dynamiques à …