Comptes rendus

 

Isabelle Kirouac Massicotte, Des mines littéraires. L’imaginaire minier dans les littératures de l’Abitibi et du Nord de l’Ontario, Sudbury, Prise de parole, 2018, 271 p.[Notice]

  • Andrée Fortin

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« L’imaginaire minier dans les littératures de l’Abitibi et du Nord de l’Ontario » : le sous-titre du livre d’Isabelle Kirouac Massicotte pourrait laisser croire qu’il s’agit d’un ouvrage très pointu, susceptible de n’intéresser que quelques spécialistes. Or tel n’est pas le cas. Ce travail s’inscrit dans le courant de la géographie littéraire, et ici cela comprend la géographie physique, économique et sociale, telle que révélée par la littérature. L’analyse adopte une perspective « régionale », doublement, car elle s’intéresse à l’Abitibi, au Nord du Québec, et au Nouvel Ontario qui se caractérise à la fois par sa nordicité et par l’importance des francophones dans cette province majoritairement anglophone. Ces régions, géographiquement et économiquement, forment un tout, mais se distinguent socialement. La comparaison des écrits et des imaginaires s’ouvre cela dit plus largement, jusqu’aux classiques de la littérature européenne ayant parlé de mines et de mineurs, dont bien sûr Germinal de Zola. Son enquête amène l’autrice à se pencher sur la poésie, la nouvelle, le roman et le théâtre; le corpus principal comprend 11 ouvrages, auxquels s’ajoute un corpus secondaire de 30 titres. Les mines, c’est le travail dans les galeries, mais aussi la prospection, et la vie des mineurs dans les villes de compagnies (boomtowns) pendant l’exploitation de la mine et après son éventuelle fermeture. L’univers minier s’étire de plus en plus vers le haut de la carte à mesure que de nouveaux gisements sont découverts pour remplacer ceux qui se sont taris. Aussi, l’imaginaire du Nord renvoie à celui de la frontière, associé à l’Ouest, à la ruée vers l’or ainsi qu’au Klondike. La galerie de personnages dans le corpus analysé rappelle ainsi celui de l’Ouest et comprend en plus des mineurs, des Autochtones, des prospecteurs et des prostituées et, bien sûr, quelques familles dysfonctionnelles. Il appert aussi que la mine n’est pas nécessairement un univers sombre et menaçant où guettent accidents et maladies industrielles, mais parfois un lieu initiatique, au coeur de la terre. Au fil des pages, les ressemblances entre les écrits des deux régions se font plus nombreuses que les différences. Somme toute, il s’agit d’une monographie sur ce que l’autrice, dans la foulée de Pierre Nepveu, qualifie « d’extrême frontière ». Le livre de Kirouac Massicotte porte bien son titre de « mines littéraires » et constitue une excellente illustration de la pertinence de l’étude de la littérature pour les sciences sociales, de la pertinence du croisement des regards disciplinaires. Enfin, il donne le goût de lire tous les ouvrages du corpus au cas où cela ne serait pas déjà fait.