Comptes rendus

 

Olivier Courteaux, Quatre journées qui ébranlèrent le Québec, Québec, Presses de l’Université Laval, 2017, 166 p.Christophe Tardieu, La dette de Louis XV, Paris, Éditions du Cerf, 2017, 365 p.[Notice]

  • Jean-Nicolas De Surmont

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Les spécialistes connaissaient l’ouvrage De Gaulle et le Québec de Dale C. Thompson (1990) et les quelques articles et ouvrages parus tant en France qu’au Québec relatant la visite du Général de Gaulle au Québec en 1967. Si de ses quatre visites (1944, 1945, 1960 et 1967), c’est celle qui a généré le plus d’écrits, on peut s’étonner que les trois autres n’aient pas donné lieu à une monographie en bonne et due forme. Celle de 1960, tout au moins, aurait sûrement plus à nous apprendre que la multiplication d’ouvrages sur la visite de 1967, dans la mesure où la visite de 1960 marque le prélude des actions qui s’inscrivent dans la politique étrangère du général de Gaulle. L’année 2017 aura vu de nombreux événements et publications de tous types consacrés au voyage du Général au Québec en juillet 1967. Dans L’Action nationale de juin/septembre 2017, Denis Monière évoque la diversité des ethnonymes utilisés par de Gaulle au cours des onze discours prononcés en sol québécois pendant son séjour. On constate, et ce n’est pas une grande surprise, que jamais de Gaulle ne dénomme les Québécois par leur ethnonyme, mais use volontiers de Français Canadiens (8 occurrences) ou d’une variété de syntagmes et d’expressions comme Français du Canada, Français, Français d’ici, etc. Jean-François Deniau, frère de Xavier Deniau, artisan politique et militaire des rapprochements entre le Québec et la France, parlait du général comme d’un artiste du vocabulaire, dont la vraie supériorité était la maîtrise du temps qui dépassait les modes et les époques (Jean-François Deniau, Mémoires de 7 vies, tome 2 : Croire et oser, Paris, Plon 1994, p. 260). Si le Général de Gaulle fait connaitre le Québec à travers le monde par un appel, celui de « Vive le Québec libre », dont il emprunte le slogan au mouvement riniste, c’est que cela le caractérise avant tout, comme l’écrit justement Deniau : « Le Général n’est entré dans l’Histoire ni par un vote, ni par une victoire militaire, ni par un coup d’État. Par un appel. Un acte en mots. Des mots pour un acte (Deniau, 1994, p. 263). Il faut aussi comprendre qu’en 1967, la puissance militaire française dans le monde est marquée par la liquidation des séquelles de la guerre et de la décolonisation. De nombreux postes d’attachés militaires sont créés : on en compte 65 en 1967, pour 24 en 1947. Si la présence d’intérêts français au Québec d’alors est souvent soulignée, on oublie de mentionner l’élargissement, par décret du 26 août 1964, des compétences de la DST (Direction de la Sécurité du territoire), qui se limitaient jusqu’alors au territoire national, et de celles du SDECE (Service de documentation extérieure et de contre-espionnage), celles-ci pouvant désormais, le cas échéant, poursuivre leurs activités sur les territoires relevant de la « souveraineté française ». En d’autres termes, le prolongement des activités des uns à l’étranger (la DTS), et à l’inverse la possibilité pour le SDECE d’agir dans le territoire national, auraient-ils pu servir les Québécois à partir de 1964, année où se densifient les échanges entre la France et le Québec et la présence française au Québec, présence qui sera encore accrue après la visite du Général de Gaulle et l’accord Peyrefitte-Johnson de fin 1967? De tous les ouvrages parus à l’occasion du cinquantenaire de la visite du général de Gaulle au Québec en 1967, je retiens celui de Christophe Tardieu, La dette de Louis XV (Paris, Les Éditions du Cerf) et celui d’Olivier Courteaux, Quatre journées qui ébranlèrent le Québec (Québec, PUL). L’ouvrage de Tardieu fait la description des …