Résumés
Résumé
Cet article propose d’analyser la série télévisée Les mecs, une comédie dramatique qui porte sur « une histoire d’amitié entre hommes, avec leurs codes, leurs tabous, leurs secrets et leur façon de voir la vie ». Alors que la série a bénéficié d’un soutien financier des gouvernements du Québec et du Canada, et a été catégorisée série à « succès » par Radio-Canada, nous nous demandons si elle reproduit des discours antiféministes à partir d’un corpus composé de l’ensemble des épisodes de la saison 1 (2020) et de la saison 2 (2021). Après avoir dressé un bref portrait du contexte dans lequel s’inscrit cette série télévisée québécoise, nous présenterons les résultats de l’analyse de contenu, effectuée à partir des grilles de lecture de l’antiféminisme « ordinaire » et de la crise de la masculinité. Notre analyse indique que l’utilisation de l’humour permet de délégitimer les mobilisations féministes, tout en renforçant le mythe de la crise de la masculinité au Québec.
Mots-clés :
- antiféminisme « ordinaire »,
- analyse de contenu,
- humour,
- Les mecs,
- masculinisme,
- séries télévisées
Abstract
This article analyzes the TV series Les mecs, a comedy-drama about a story of friendship between men, with their codes, taboos, secrets and way of looking at life. While the series has received financial support from the governments of Quebec and Canada and has been categorized as a successful series by Radio-Canada, we examine whether it reproduces antifeminist discourses based on a corpus composed of all episodes from season 1 (2020) and season 2 (2021). After briefly outlining the context of this Quebec TV series, we present the results of a content analysis based on the reading grids of “ordinary” antifeminism and the crisis of masculinity. Our analysis indicates that the use of humour serves to delegitimize feminist mobilizations while reinforcing the myth of the crisis of masculinity in Quebec.
Keywords:
- “ordinary” antifeminism,
- content analysis,
- humour,
- Les mecs,
- masculinism,
- television series
Corps de l’article
Qu’on parle du film documentaire The Red Pill diffusé en 2017 au théâtre Rialto ou du film Unplanned présenté en 2019 dans les cinémas Guzzo, la preuve n’est plus à faire : l’antiféminisme se diffuse maintenant à travers des productions culturelles au Québec. S’il convient de spécifier que ces films ne sont pas des productions québécoises, c’est le cas en revanche pour la télésérie Les mecs, que le radiodiffuseur public national Radio-Canada a déposée en primeur sur sa chaîne Ici Tou.tv [extra], puis diffusée la même année sur sa chaîne généraliste. Considérant que les téléséries touchent un vaste public (Buxton, 2010; Damour, 2015) et que les productions culturelles façonnent notre manière de percevoir le monde à travers la diffusion de représentations sociales, d’idéologies et de croyances (Martin, 2009), il nous semble particulièrement intéressant d’analyser s’il y a présence de discours antiféministes dans la télésérie Les mecs. Le masculinisme étant aujourd’hui présent dans plusieurs sphères sociales et produits culturels (Blais et Dupuis-Déri, 2015b), il ne serait pas surprenant que ses discours soient diffusés à travers certaines téléséries. Abordant la réalité de quatre hommes traversant la cinquantaine et en perte de repères, elle nous semble tout à fait propice à la prolifération de discours masculinistes, une forme d’antiféminisme dominante au Québec (Blais, 2014).
Pour ce faire, nous rappellerons d’abord dans quel contexte la série s’inscrit ainsi que les critiques qui lui ont été adressées, un élément essentiel à l’analyse des productions télévisuelles (Rose, 2016). Puis, nous étudierons à partir d’une analyse de contenu les saisons 1 et 2 de la télésérie Les mecs, afin de repérer si les principaux axes de discours masculinistes sont présents, soit la difficulté à séduire, les difficultés que vivent les pères, les problèmes scolaires des garçons, le taux de suicide chez les hommes et la violence des femmes (Dupuis-Déri, 2018; Lamoureux, 2015). Nous verrons non seulement que les principaux axes de discours masculinistes sont présents, mais également comment l’usage de l’humour permet de produire des représentations stéréotypées des féministes et ainsi, discréditer plus aisément leurs mobilisations.
Les mecs : une télésérie québécoise controversée
La télésérie Les mecs est une comédie dramatique réalisée par Ricardo Trogi et écrite par Jacques Davidts et Maxime Caron, qui a pour sujet les défis qu’affrontent quatre amis dans la cinquantaine, Christian, Étienne, Martin et Simon. Abordant des thèmes tels que « les comportements masculins, les relations hommes-femmes et les attentes intergénérationnelles », elle est décrite par Jacques Davidts « comme un safe space de gars de 50 ans » (Radio-Canada, 2022). L’annonce de cette nouvelle série est accueillie par plusieurs journalistes de manière positive en raison de la qualité des textes et des acteurs (Slight, 2020). Qui plus est, on considère que, puisque les perspectives féminines ont déjà été mises de l’avant dans d’autres séries, il semble plus que pertinent « d’offrir le pendant masculin » (André Béraud cité dans Lemieux, 2020). Toutefois, elle est aussi fortement critiquée par plusieurs femmes dénonçant l’omniprésence des hommes dans le champ médiatique québécois. C’est notamment le cas de l’autrice et professeure Martine Delvaux, qui rappelle que les safe spaces (ou « espaces sûrs ») sont « apparus à la suite des luttes civiles aux États-Unis et mis en place entre autres par les femmes par le truchement des groupes de conscience féministes » (Delvaux, 2019). Elle ajoute que les hommes ne manquent pas de porte-voix pour faire valoir leur vision du monde. Pourtant, selon Jacques Davidts, interrogé par Marc Cassivi, « il n’y avait pas, dans l’horizon télévisuel actuel, d’émission sur l’amitié entre des hommes de 50 ans » (Cassivi, 2020). Il poursuit en disant que la critique intentée par Martine Delvaux n’est non seulement pas « honnête, intellectuellement », puisqu’elle n’avait pas encore visionné la série, mais aussi opportuniste, puisque cette dernière était dans une période de promotion de son ouvrage intitulé Le boys club, qui porte entre autres sur les lieux de pouvoir et les espaces réservés aux hommes.
Malgré tout, la série québécoise est très bien accueillie par divers publics; elle est sélectionnée à plusieurs reprises aux prix Gémeaux, un gala organisé par l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision qui vise à mettre de l’avant les meilleures diffusions francophones. Elle obtient en 2021 quatre nominations et est qualifiée de « série à succès » par Radio-Canada, figurant dans le palmarès des « 10 émissions les plus écoutées sur son service de diffusion en ligne payant » (Radio-Canada 2021). Les mecs récolte également trois autres nominations en 2022, dans les catégories « Meilleure réalisation » et « Meilleur texte » de comédie, ainsi que dans la catégorie « Meilleure Comédie ». Enfin, on annonce en 2022 que la série sera diffusée à l’international, la société française Mediawan ayant acquis les droits de diffusion (Radio-Canada, 2022).
Les études culturelles et l’étude des séries télévisées
Dès 1960, les études culturelles (Cultural Studies) ont montré la nécessité d’étudier la culture en tant que source de pouvoir et de conflictualité (Cervulle et Quemener, 2018; Johnson,Chambers et Raghuram, 2004). Accordant un intérêt particulier aux symboles, aux discours et aux performances, les études culturelles comprennent la culture comme un espace conflictuel et « comme un ensemble de pratiques à travers lesquelles les groupes sociaux se forment et se transforment » (Cervulle et Quemener, 2018, p. 145). Ainsi, ce champ accorde une importance particulière aux représentations, à la manière dont le monde est (re)présenté [traduction] « pour et par nous de manière significative » (Barker et A. Jane, 2016, p. 8). Alors que le 20e siècle est caractérisé par l’apparition massive de médias de masse, notamment de films et d’émissions de télévision (Hammer et Kellner, 2009), les études culturelles analysent de plus en plus ces objets largement associés aux études des médias (Media Studies) afin de saisir comment ces médias et la société s’influencent mutuellement (Martin, 2009). Pour reprendre les mots de Sherry Turkle, les technologies ne sont pas sans avoir une incidence sur notre vie et « [l]orsqu’on les regarde, on peut se demander en quoi nous serons transformés » (Turkle, 2003, p. 34).
Les téléséries sont ainsi un objet d’étude particulièrement intéressant puisque « [l]es personnages des séries nous accompagnent, nous vieillissons avec eux, nous nous questionnons avec eux, nous apprenons d’eux, car ils appartiennent à des mondes qui sont, d’une façon ou d’une autre, le nôtre » (Damour, 2015, p. 87). À travers ces productions médiatiques, il est donc possible d’analyser les représentations des problèmes sociaux – et les manières d’y répondre –, c’est pourquoi il s’avère particulièrement intéressant d’analyser comment les féminismes y sont représentés, d’autant plus que l’antiféminisme prospère de plus en plus dans les films et la télévision (Griffin, 2015; Blais, 2013; Myers, 2013).
Antiféminisme et masculinisme : un état des lieux
C’est en 1990 que l’antiféminisme est identifié comme « un nouveau champ de recherche » (Rochefort, 1998), notamment grâce aux contributions de l’historienne Christine Bard qui publie un premier livre intitulé Un siècle d’antiféminisme(Bard, 1999). Il faut préciser que l’antiféminisme est toutefois loin d’être un phénomène nouveau, puisqu’il « a accompagné toute l’histoire du féminisme, en dénonçant ses excès ou en s’empressant d’en dresser le constat de décès » (Lamoureux et Dupuis-Déri, 2015, p. 14). Loin d’être l’apanage de la droite, l’antiféminisme est présent sur l’ensemble du spectre politique et se caractérise par une « dénonciation de la liberté et de l’égalité que revendiquent les féministes pour toutes les femmes » (Lamoureux et Dupuis-Déri, 2015, p. 14). C’est dans cette perspective que plusieurs autrices proposent de parler d’antiféminismes pour rendre compte de ses multiples formes (Bard, 2019; Cardoso et Thevenet, 2018).
Au Québec, c’est plus particulièrement sous l’apparence de l’antiféminisme « ordinaire » (Descarries, 2005) et du masculinisme que le contre-mouvement antiféministe se manifeste (Blais, 2014). Alors que le premier se caractérise comme un antiféminisme très subtil et pernicieux en s’appuyant sur des « discours égalitaristes ou de rectitude politique » (Descarries, 2005), le second s’appuie sur un discours de crise de la masculinité qui défend l’idée que la société est aujourd’hui dominée par des femmes et qu’il est essentiel de se mobiliser pour défendre les « droits des hommes » (Bard, 2019;Blais et Dupuis-Déri, 2015b). Selon Diane Lamoureux, les masculinistes articulent leur discours autour de quatre principaux axes, soit : les taux de suicide élevés chez les hommes, la violence des femmes contre les hommes, la difficulté des garçons à l’école et finalement, la détresse des pères (Lamoureux, 2015, p. 91). Francis Dupuis-Déri ajoute quant à lui un cinquième axe de discours, soit la difficulté à séduire pour les hommes, qui serait de plus en plus présente depuis les années 2000 (Dupuis-Déri, 2018, p. 220). Enfin, il convient de mentionner que ce « discours de crise » (Allen, 2002) est loin d’être nouveau et que son histoire peut même être retracée depuis l’orée de la Révolution française (Lampron, 2015).
Antiféminismes dans les téléséries
Stéfany Boisvert constate qu’au Québec, au Canada et aux États-Unis, les fictions contemporaines sont nombreuses à produire des représentations de « masculinités en crise », lesquelles s’articulent souvent autour du modèle de l’« homme tourmenté », l’« homme inadéquat » et l’« homme menacé » (Boisvert, 2017). Plus encore, elle avance que ces représentations sont maintenant « une tendance centrale de la télévision québécoise, et surtout de son réseau public Ici Radio-Canada Télé » (Boisvert, 2017, p. 7). Si certains récits de la « crise masculine » peuvent correspondre aux discours masculinistes – et donc être antiféministes – en s’appuyant sur une vision « victimisante des hommes » (Boisvert, 2017, p. 11), ces crises ne sont pas toujours engendrées par les femmes. Ainsi, elle avance que les récits représentant des « masculinités en crise » ne doivent pas être systématiquement caractérisés comme étant antiféministes.
En ce qui a trait plus précisément aux discours antiféministes, Penny Griffin (2015) mentionne que les produits de la culture populaire peuvent être utilisés afin de promouvoir des représentations stéréotypées ou exagérées des féministes et justifier ainsi le rejet de ce mouvement – ou de statuer que celui-ci va « trop loin ». Les représentations des féministes dans les médias peuvent, en effet, reproduire des stéréotypes dénigrants, par exemple en renforçant l’idée qu’elles n’ont pas le sens de l’humour, qu’elles détestent les hommes et qu’elles sont « agressives » et « hystériques » (Griffin, 2015). Soulignons que les observations de Penny Griffin ne sont pas sans faire écho aux procédés rhétoriques utilisés par l’antiféminisme « ordinaire » (Descarries, 2005), notamment ceux de la distorsion et de la simplification abusive, lesquels participent à faire des lectures réductrices des luttes féministes.
Qui plus est, Griffin constate que la réaction de certains personnages dans les séries télévisées vis-à-vis des féministes peut renforcer l’idée qu’il est acceptable d’adopter certains comportements, comme l’utilisation de la violence envers celles-ci. Alors que certains discours sont ouvertement antiféministes, d’autres sont plus difficilement identifiables, notamment lorsqu’ils sont contradictoires ou ambigus. C’est notamment le cas des discours humoristiques, qui peuvent être interprétés au premier ou au second degré, en fonction non seulement de la personne qui fait la blague, mais aussi des publics qui l’écoutent. Bien qu’elle ne fasse pas référence spécifiquement à l’humour, il est possible de faire un lien ici avec ce que Gabrielle Trépanier-Jobin remarquait sur l’utilisation de la parodie dans les jeux vidéo, à savoir que l’ironie peut donner lieu par son manque de clarté à une interprétation libre et n’est donc pas sans courir le risque de ne pas être comprise (Trépanier-Jobin, 2017).
Enfin, bien qu’il n’y soit pas question des séries télévisées, il convient de mentionner l’analyse de la représentation filmique de l’attentat survenu à Polytechnique en 1989 à Montréal par la professeure Mélissa Blais dans l’ouvrage J’haïs les féministes (Blais, 2009). Elle observe dans le film Polytechnique la présence d’une négociation entre forces féministes et forces antiféministes qui se reflète non seulement dans les agissements des protagonistes, mais aussi dans la réception de l’attentat par les médias. En ce qui concerne les premiers, elle note que « [l]e féminisme représenté dans le film et dans les médias est un féminisme “acceptable”, un féminisme du dialogue capable de travailler avec les hommes. Les griefs à l’endroit du féminisme ciblent un courant particulier – le féminisme radical – et le militantisme combatif » (Blais, 2009, p. 155). En ce qui concerne la réception par les médias, si certains mentionnent que l’attentat était un acte profondément misogyne, les autres mettent plutôt l’accent sur la folie probable du tueur et condamnent la mise à l’écart des hommes, lesquels auraient également été victimes de l’attentat. Elle constate que ce sont les discours militants féministes (proches du féminisme radical) qui sont condamnés, pour leur radicalisme dans le rappel du caractère misogyne et antiféministe de l’attaque, et dans ce cas, c’est plutôt la détresse des hommes qui est mise de l’avant. L’analyse de Blais montre qu’il est possible de trouver dans des produits culturels l’expression à la fois des forces féministes et de la résistance antiféministe.
Crise de la masculinité et antiféminisme « ordinaire »
Considérant que l’homme en « crise » est une trame narrative désormais centrale au Québec (Boisvert, 2017), nous appuierons notre analyse sur les principaux axes des discours sur la crise de la masculinité (Lamoureux, 2015; Dupuis-Déri, 2018). La télésérie Les mecs étant une comédie dramatique (A Média, s. d.), nous mobiliserons également la grille d’analyse de l’antiféminisme « ordinaire », une forme d’antiféminisme qui s’appuie souvent sur l’humour pour faire obstacle aux projets féministes (Descarries, 2005). Nous présentons dans les segments qui suivent ces deux théories ainsi que les indicateurs utilisés pour analyser ces discours.
L’antiféminisme « ordinaire »
La grille de lecture de l’antiféminisme « ordinaire » s’inspire des quatre grands archétypes de « la » femme développés par Alicia Seneviratne et Laura Gamboni (1997), soit ceux de la femme « diabolique », de la femme « rivale », de la femme « faible » et de la femme « objet » (Descarries, 2005). En 2015, Francine Descarries propose d’ajouter un cinquième archétype, celui de la femme « mère » (Descarries, 2015). Toutefois, rappelant que la condamnation des propos ouvertement sexistes est aujourd’hui plus fréquente, ces archétypes sont moins utilisés qu’autrefois et, dans cette perspective, l’antiféminisme « ordinaire » se comprend alors comme « les discours et les pratiques qui, sans nécessairement recourir à des interprétations fallacieuses, extrémistes ou moralisantes, s’opposent, implicitement ou explicitement, aux projets portés par le féminisme et font obstacle aux avancées des femmes dans les différents domaines de la vie sociale (Descarries, 2005, p. 142). L’antiféminisme « ordinaire » s’articule autour de plusieurs procédés rhétoriques dont le premier est la distorsion, qui consiste à manipuler la réalité ou à faire de la désinformation quant aux rapports sociaux de sexe. La distorsion se manifeste par exemple lorsque des hommes déclarent que les mobilisations féministes ont créé des injustices envers les hommes ou qu’ils sont aussi victimes de discrimination que les femmes. Elle est également présente dans le discours du « postféminisme », qui « sous-entend que le féminisme a été pris en compte et que l’égalité est en passe d’être réalisée » (McRobbie, 2009, p. 33) et se réfère aussi à une vision naturaliste des femmes pour justifier des statistiques révélatrices d’inégalités.
Un deuxième procédé est la simplification, qui se manifeste par une lecture réductrice des enjeux des luttes féministes. Le troisième est la victimisation, lorsque des hommes prétendent par exemple être eux-mêmes victimes de leur position dominante dans les rapports sociaux de sexe (obligés d’être pourvoyeur et donc de travailler fort, d’aller à la guerre, etc.) ou à l’inverse lorsque ceux-ci arguent que les femmes sont en réalité en position de domination face aux hommes. Enfin, le dernier procédé est celui du féminisme de façade, consistant à admettre la valeur des enjeux féministes, mais à relativiser leur importance par rapport à d’autres enjeux. L’instrumentalisation des féministes peut ici s’avérer utile, le soutien qu’on leur apporte ou leur discours pouvant ensuite servir à distinguer les « bonnes » des « mauvaises » féministes.
Le masculinisme et la crise de la masculinité
Les masculinistes soutiennent que les mobilisations féministes et la position « favorable » des femmes dans la société ont engendré de grands maux; ils souffrent aujourd’hui parce qu’ils sont des hommes (Dupuis-Déri, 2012). Le discours de crise est mobilisé « pour expliquer, justifier et appeler à la mobilisation des hommes contre les femmes émancipées et les féministes » (Dupuis-Déri, 2012, p. 30). Variant selon le contexte temporel et spatial dans lequel il s’inscrit, nous présentons ici les cinq principaux thèmes sur lesquels s’appuie le discours de la crise de la masculinité, notamment au Canada (Dupuis-Déri, 2018).
Le premier axe s’articule autour de la séduction : les masculinistes soutiennent qu’il est aujourd’hui beaucoup trop difficile de draguer – certains allant même jusqu’à dire que c’est impossible – en raison des féministes ou de la « féminisation » des hommes. Aux États-Unis, par exemple, les campus universitaires seraient aux prises avec des « étudiantes aguicheuses [qui] porteraient à la première occasion des accusations pour harcèlement ou agression sexuelle » (Dupuis-Déri, 2018, p. 220).
Le second axe de discours s’appuie sur les difficultés scolaires des garçons : les masculinistes assurent que les statistiques montrant leur moins grande réussite par comparaison avec celle des filles, sont la preuve « que les garçons sont désavantagés au profit des filles » (Dupuis-Déri, 2018, p. 231). Selon les masculinistes, cet écart s’explique par le fait que l’identité masculine des garçons est dévalorisée au détriment d’une pédagogie « féminine », ainsi que par le manque d’hommes dans la profession d’enseignant, privant ainsi les garçons de « modèle masculin » (Idem, p. 231-232).
Le troisième axe de discours est celui du « père sacrifié », souvent porté par des groupes de pères divorcés ou séparés. Que ce soit pour ce qui concerne la pension alimentaire ou les violences conjugales, ou lors de leur recours aux tribunaux, ces hommes disent subir des injustices et revendiquent leurs « droits de pères ». Soulignons que certains construisent leur discours autour de l’« intérêt de l’enfant » ou de la notion d’égalité (Dupuis-Déri, 2018, p. 252, 258).
Un quatrième discours est celui qui consiste à dire que les hommes sont autant victimes de violence que les femmes, ces dernières ayant recours à la violence psychologique, physique, et parfois même institutionnelle à travers la mobilisation des tribunaux ou de la police. Plusieurs hommes « prétendent que les femmes instrumentalisent la question des violences conjugales pour pouvoir obtenir la garde des enfants et que les féministes gonflent les statistiques du nombre de femmes victimes pour obtenir de l’État du financement public pour des refuges » (Dupuis-Déri, 2018, p. 263). Si certains tentent de minimiser les violences que subissent les femmes, d’autres les justifient en prétextant que les hommes souffrent en raison des femmes – et des féministes.
Enfin, le dernier thème est celui du haut taux de suicide chez les hommes. Certains masculinistes accusent les féministes, les femmes qui divorcent de leur mari ou les mères « dominatrices » d’être la cause du suicide chez les hommes (Dupuis-Déri, 2018, p. 239). D’autres avancent les trop grandes exigences de leur femme ou la violence conjugale subie par les hommes, qui les pousseraient au suicide.
Afin d’analyser la télésérie Les mecs, diffusée sur la plate-forme Ici Tou.tv et sur les ondes de Radio-Canada de 2020 à 2023, nous avons opté pour l’analyse de contenu qualitative. Ont également été pris en considération les éléments visuels et les personnes autour desquelles les discours s’organisent, une composante essentielle dans l’analyse des médias télévisuels (Rose, 2016).
Pour la constitution de notre corpus, nous avons visionné la totalité des 20 épisodes[1], englobant ainsi l’intégralité de la saison 1 (2020) et de la saison 2 (2021) afin de saisir pleinement la trame narrative de la série. Nous avons ensuite procédé à des catégorisations thématiques spécifiques (Bardin, 2013). Concrètement, nous avons réécouté chaque épisode, transcrit les extraits liés au féminisme ainsi que ceux évoquant l’un ou l’autre des axes discursifs propres au masculinisme : la séduction, le décrochage scolaire chez les garçons, le suicide, les difficultés des pères, et enfin, la violence des femmes contre les hommes.
Étant donné que les thèmes susmentionnés peuvent être abordés dans d’autres perspectives que celle de l’antiféminisme (Boisvert, 2017), nous avons ensuite analysé les transcriptions à la lumière de nos grilles de lecture. L’objectif était de déterminer si on y retrouve les procédés rhétoriques de l’antiféminisme « ordinaire » (Descarries, 2005; 2015) et les thèmes associés au discours de la « crise de la masculinité » (Dupuis-Déri, 2018).
Analyse de la série les mecs : une perte de repères causée par les femmes et les féministes
Au fil des épisodes, on suit Christian, Étienne, Martin et Simon dans leur vie quotidienne, et observe ainsi les obstacles qu’ils rencontrent dans le cadre de leur vie amoureuse, leurs amitiés et leur travail. L’analyse montre que ces défis qu’affrontent les protagonistes font écho aux revendications masculinistes : la difficulté à séduire en raison de l’agressivité des femmes, les enjeux relatifs à la pension alimentaire, le suicide qui guette les hommes dépressifs et la violence des femmes. Les difficultés scolaires des garçons ne sont pas abordées, mais la série construit tout de même une trame narrative autour de l’éducation, car Christian, qui est professeur à l’université, semble être oppressé par des étudiants et étudiantes féministes radicales.
« J’ai pas de daddy issue » : La difficulté à séduire pour les hommes de 50 ans
L’idée qu’il est bien plus difficile de séduire les femmes aujourd’hui est présente dans les dialogues entre les personnages ainsi qu’à travers les événements qui leur arrivent. Dès le premier épisode de la saison 1 (E1 S1)[2], Christian, Étienne et Martin se retrouvent Chez Nat, un bar où ont lieu la grande majorité de leurs rencontres. Quand Christian déclare que les femmes et les hommes sont différents et qu’ils ne réagissent pas du tout de la même manière, Étienne rétorque que son propos est « complètement sexiste », que ce sont plutôt les relations hétérosexuelles qui sont compliquées, car pour lui, il suffit d’échanger un regard avec un autre homme pour déterminer « si ça marche ou ça marche pas ». Selon Christian, l’observation d’Étienne est tout à fait « naturelle », puisque celui-ci a des relations avec des hommes, ce qui est donc beaucoup plus aisé. Suit l’échange suivant :
Martin : Voyons donc, une fille, c’est pas comme un gars. C’est bien plus compliqué. Ça a des humeurs, des hormones, des dispositions. Il faut naviguer!
Christian : Exactement! Aujourd’hui, là, quand tu veux aborder une fille, c’est comme si tu voulais faire accoster un gros bateau de croisière sur le Saint-Laurent en plein hiver, dans la débâcle. Il y a du brouillard, t’es sur une chaloupe, tu tiens un fanal. [rire collectif]
Martin : Oui, alors que pour toi, rencontrer un gars, c’est comme croiser un pédalo par une belle journée d’été, sur un gros lac, sur ton gros ponton, tu sais.
Alors que le sexisme de leur propos est d’abord dénoncé par Étienne, la comparaison avec des véhicules marins provoque le rire du groupe et finalement, reproduit des représentations de genre sexistes. En effet, [traduction] l’« humour peut servir de vecteur au maintien et à l’établissement de l’inégalité entre les sexes lorsque les plaisanteries servent de prétexte à la répétition de représentations sexistes » (Trépanier-Jobin, 2017, p. 91). Qui plus est, le discours sur la difficulté à séduire des femmes est explicite, que l’on blâme leur « humeur » ou leurs « hormones ». Si la référence à une distinction entre la « nature » des femmes et celle des hommes peut être associée au sexisme des personnages, ajoutons que cette distinction est également présente dans les discours masculinistes (Lampron, 2015). Elle s’appuie souvent sur une peur de l’indifférenciation sexuelle causée par les revendications féministes et des problèmes que cela pourrait entraîner (Bard, 1999), ce que dit d’ailleurs explicitement Christian dans l’épisode 5 (S1) :
Avant, là, un gars, c’était un gars; une fille, c’était une fille. T’étais straight ou t’étais gai. Tu disais à une fille qu’elle est jolie, elle te souriait ou elle t’ignorait. Astheure, crisse, t’ouvres la porte à une fille, tu la reçois dans le front et là, elle te dit que t’es sexiste et qu’elle est non binaire.
Dans cet extrait, Christian mobilise deux procédés rhétoriques de l’antiféminisme « ordinaire », soit la simplification abusive et la victimisation. Le premier procédé est appliqué lorsque Christian critique les réactions des femmes à son encontre concernant la drague, ce qui n’est pas sans faire écho aux mobilisations féministes dénonçant le harcèlement de rue ou les compliments non sollicités. Selon Christian, il suffirait d’accepter ou d’ignorer le compliment, une simplification abusive, car en réalité, les compliments sur l’apparence ont rarement des conséquences positives pour les femmes, ceux-ci leur rappelant que leur corps est constamment évalué (Calogero, Herbozo et Thompson, 2009). Enfin, Christian joue à la victime lorsqu’il affirme qu’il ne désire qu’être poli en ouvrant la porte aux femmes, mais qu’il est finalement victime de violence, en plus d’être étiqueté « sexiste ».
Le discours selon lequel il serait aujourd’hui beaucoup plus difficile de séduire est aussi renforcé à travers d’autres événements vécus par Christian. Dans une scène où Martin et lui suivent un cours de yoga (E5 S1), Christian adresse à la femme à côté de lui un « Bonjour!», à quoi elle répond froidement : « Je suis lesbienne. » Que ce soit lorsqu’il recommande à une femme le bar à vin Chez Nat (E3 S2) ou lorsqu’il suggère à une femme d’essayer une bouteille de vin Sancerre à ce même bar (E8 S1), les femmes lui répondent d’une manière agressive. La première répond ne pas avoir l’intention de se remettre avec un « dragueur pathologique qui va être chauve dans six mois » tandis que la seconde déclare ne pas avoir de « daddy issue » – en référence à son âge – ni l’intention de coucher avec lui « ni ce soir, ni demain, ni jamais ». Dans la même veine, lorsqu’il invite une intervenante du milieu communautaire à aller prendre un verre, elle lui répond : « Si vous sortez pas, je cris » (E2 S2). Ces quatre événements renforcent l’une des trames narratives de la série, soit qu’il est bien difficile d’aborder les femmes, en mobilisant des mythes propres à l’antiféminisme « ordinaire ». Ils font écho au mythe de la femme-ogresse qui s’actualise aujourd’hui à travers la « féministe diabolique », qui déstabilise les hommes ne pouvant désormais plus draguer ni « s’épanouir selon ce que [leur] imposerait leur physiologie de “mâle dominant” » (Descarries, 2005, p. 87). On peut également faire un parallèle avec la présumée agressivité des féministes, un trait de caractère qui leur est souvent associé (Bard, 1999). Enfin, ces mauvaises expériences que vit Christian créent finalement un effet comique par leur accumulation tout au long de la série et par l’exagération de la réaction des femmes.
Pas de pension pour l’homme : un double discours féministe?
La question de la pension alimentaire est soulevée par les deux protagonistes ayant connu le divorce, Simon et Christian. Lorsque Simon aborde cette question (E1 S1) en demandant à son ex-femme Geneviève comment ils procéderont, elle répond en riant : « Inquiète-toi pas, je te demanderai rien. Surtout que je gagne deux fois plus que toi. » Précisant que c’est « justement » pour ça qu’il l’interroge, qu’il a « toujours été un ardent partisan de l’égalité homme-femme », Geneviève lui répond : « Mon tabarnak, tu ferais pas ça… » Un long silence s’ensuit, Simon laissant planer une ambiguïté quant à ses intentions. On reconnaît ici l’objet d’une des principales préoccupations des groupes de pères, c’est-à-dire le montant à débourser pour la pension alimentaire (Dupuis-Déri, 2018). C’est toutefois la portée satirique de la scène qui frappe en raison de l’inversion des rôles qu’elle met en scène. Que Geneviève n’envisage pas de verser de pension, parce qu’elle est femme, permet d’ironiser sur le fait que les femmes ayant un plus grand revenu ne s’attendent pas à devoir verser une pension à leur ex-mari. Simon fait reposer son discours sur le même principe que les groupes de pères, en recourant à la notion d’égalité (Williams et Williams, 1995). Enfin, la pension alimentaire est également objet de dispute entre Christian et son ex-femme, Sylvie, celle-ci lui reprochant de toujours penser à l’argent (E2 S2). En répliquant qu’elle ne s’en est jamais plainte et que « ça fait 18 ans qu’il [la] supporte, un chèque par mois », il perpétue ici les stéréotypes de la femme qui bénéficie de la pension de l’ex-mari et de l’homme qui tient le rôle de « pourvoyeur » (Dupuis-Déri, 2018) ou de « guichet automatique » (Ménard, 2013).
Le taux de suicide chez les hommes dépressifs
Christian héberge à plusieurs reprises ses amis lorsqu’ils ont des problèmes avec leur (ex-)conjointe, mais ceux-ci ne participent pas à l’entretien de la maison. La frustration de Christian augmentant d’épisode en épisode, il se réjouit de voir Martin retourner vivre avec sa femme. Christian est enchanté par ce départ, mais sa joie retombe rapidement lorsque la copine de son fils, étudiante en psychologie, déclare : « Ça va vous faire du bien de reprendre le contrôle sur votre environnement. Vous allez pouvoir déstresser un peu. Vous savez que les hommes dépressifs se suicident deux fois plus que les femmes? » (E1 S2). L’ironie situationnelle de l’échange crée un effet comique, quand le sourire de Christian se transforme en un air d’enterrement. Cette scène en apparence anodine dissémine des éléments de discours propres au masculinisme, les hauts taux de suicide chez les hommes étant « souvent présentés comme un des symptômes de la crise de la masculinité » (Dupuis-Déri, 2018, p. 239). On ne saurait faire grand cas du fait que ce discours est tenu par une femme puisque l’auteur, le réalisateur et le producteur de cette série sont des hommes[3]. Il est clair que les propos tenus par les personnages féminins sont abordés « d’un point de vue d’hommes » (Lupien et Descarries, 2011, p. 45). Enfin, l’antiféminisme « ordinaire » se manifeste dans cet échange par le procédé de la distorsion, puisqu’en réalité il n’y a pas de différence significative du taux des tentatives de suicide chez les femmes et chez les hommes, et plus encore, parce que les jeunes femmes et les adolescentes ont un taux plus élevé de tentatives de suicide que leurs homologues masculins. Le taux de suicide chez les hommes est en revanche plus élevé et s’expliquerait par le fait que les méthodes qu’ils utilisent pour mettre fin à leurs jours, par exemple le recours aux armes à feu, sont plus meurtrières (Dupuis-Déri, 2015).
Des féministes « amicales » pour discréditer les féministes « radicales »
La série n’est pas sans diffuser à quelques reprises des discours féministes ou proféministes. Christian est, en effet, parfois critiqué de ce point de vue par ses amis, par son fils et par Nathalie. Ses amis soulignent, par exemple, que Christian ne semble pas avoir appris grand-chose du mouvement #MoiAussi (E1 S1), tandis que son fils déplore lors d’une conversation entre son père et Simon avoir « l’impression de vivre avec deux mononcles » (E10 S1). Cela donne l’impression que la série met en scène des personnages (pro)féministes. Nous défendons cependant l’idée qu’ils servent plutôt à créer une ambiguïté rendant plus difficile l’identification des discours antiféministes. Selon nous, ce balancement idéologique (De Wasseige, 2013) permet, en effet, de satisfaire tant les personnes adhérant à un féminisme non radical que celles considérant que le féminisme est allé trop loin, manoeuvre qui permet d’élargir l’audience potentielle de la série.
Ces positions ambiguës sont également reproduites par Nathalie, lors d’interactions où s’observe une négociation entre les narratifs féministes et antiféministes, Nathalie représentant l’exemple type du « féminisme du dialogue capable de travailler avec les hommes » (Blais, 2009, p. 155) . Rappelons que la difficulté à cerner l’antiféminisme « ordinaire » est en partie due au fait qu’il n’est pas nécessairement contre toutes les féministes; il se réserve au contraire souvent à celles qui « vont trop loin » (Descarries, 2005, p. 142). Ainsi, dans la télésérie Les mecs, les personnages féministes se déclinent sous deux principales formes, la première pouvant être caractérisée comme « radicale » alors que la seconde pourrait être qualifiée d’« amicale ». La figure de la féministe « radicale » est principalement mise en scène dans le cadre du métier de Christian, celui de professeur d’université. Dans son cours sur la littérature et la psychanalyse (E10 S1), Christian s’adresse à la personne ayant levé la main en disant « madame », à quoi celle-ci répond : « En tant que féministe non binaire intersectionnel·le, j’utilise “monsieur” comme interface sociale. » Visiblement surpris, il lui demande quelle est sa question et obtient la réponse suivante :
Je voudrais savoir si vous êtes conscient que la théorie freudienne sur laquelle vous basez votre cours est une vision patriarcale de la psychanalyse basée sur la domination masculine et qu’en donnant ce cours-là, vous perpétuez non seulement la misogynie ambiante, mais vous contribuez aussi au mouvement d’oppression des femmes et des populations LGBTQ+.
Suit un échange où la personne étudiante ne donne que deux choix à Christian, admettre que « Freud était misogyne » ou bien « cautionner la misogynie ». Plus tard dans l’épisode, Christian regagne son automobile pour découvrir les graffitis suivants sur sa carrosserie : « Fuck les myso », « Misogyne », « Queer ». Dans cette situation – qui provoque un effet comique par l’exagération de la réaction des personnes étudiantes contre Christian et la présence d’une faute dans le mot « myso » – les féministes sont représentées de manière stéréotypée. Le procédé utilisé est la simplification abusive des enjeux qu’elles défendent, le dénigrement de leurs revendications, du moins celles des féministes radicales. On peut également faire un parallèle avec ce qu’Anita Sarkeesian avait identifié comme la « straw feminist » (féministe de « paille »), un personnage créé de manière à représenter de manière exagérée les féministes afin de pouvoir aisément les discréditer (Sarkeesian, 2011). Après cet incident, le recteur rassure Christian : « S’il fallait que je réagisse à chaque fois qu’une féministe s’énerve… Ha! ha! Je passerais mes nuits ici. » L’antiféminisme « ordinaire » est ici encore manifeste, puisque le recteur plaisante sur les revendications féministes et ramène leurs actions à des « énervements », ce qui correspond à une simplification abusive.
La féministe « amicale » est quant à elle personnifiée par Nathalie (E9 S2), la propriétaire du bar où les quatre personnages principaux ont leurs habitudes. Lorsque Christian exprime son désarroi par rapport au fait qu’« il y a 52 identités sexuelles différentes » et que « le monde peut bien être mêlé », elle le rassure : « c’est une mode » et elle passera. Elle évoque ensuite les mouvements de libération sexuelle, et conclut que lorsqu’on est rendu « à 50 ans, ça ne veut plus rien dire ». Lorsque Christian se plaint des « traumavertissements » qu’il doit préparer pour les personnes étudiantes de son cours, Nathalie affirme qu’« on ne peut plus parler des femmes pis des mouvements LGBTQ comme avant », mais concède que ça commence à « faire garderie ». Le personnage de Nathalie incarne un « féminisme de façade », à travers lequel les mobilisations des féministes « radicales » sont discréditées. Cela fait également écho au discours sur le « postféminisme », souvent identifié dans les productions culturelles, qui avance que le féminisme est un phénomène du passé (Griffin, 2015).
Soulignons, enfin, l’effet pervers des discours masculinistes qui, à travers la victimisation des hommes, finissent par attirer une certaine sympathie de la part de certaines femmes et certaines féministes (Blais et Dupuis-Déri, 2015a). C’est exactement ce que vit Nathalie dans sa relation avec les quatre principaux personnages : elle les écoute, sympathise avec eux et leur accorde temps et énergie.
Des professeurs en désarroi
Les difficultés scolaires des garçons ne sont pas abordées dans la télésérie, mais toutes les difficultés auxquelles doit faire face Christian à l’université sont provoquées par des changements ou des commentaires féministes. D’autres incidents s’ajoutent aux problèmes de Christian. D’abord, celui-ci est suspendu (E10 S1) – avec solde – pour avoir eu des relations sexuelles avec une étudiante, car même si elle était « consentante », « les temps ont changé ». Soulignons d’ailleurs que dans le premier épisode de la saison 1, « Wendy », cette étudiante avec qui Christian a des relations sexuelles, est présentée par lui comme la « future Simone de Beauvoir ». Ce personnage est d’ailleurs sexualisé dès sa première apparition, celle-ci se présentant en chemise et sans pantalon à Simon, ce qui renvoie directement au concept de « male gaze » (Mulvey, 1975), qui consiste à peindre les femmes de manière sexualisée, et plus spécifiquement pour plaire aux hommes hétérosexuels.
Quand Christian est convoqué chez son doyen, ce dernier lui demande de laisser la porte ouverte, appliquant ainsi la nouvelle politique mise en place pour éviter que des personnes prétendent avoir subi des « avances » ou des « attouchements ». La scène devient humoristique lorsque le doyen déclare qu’en fermant la porte, cela pourrait se finir par « ma parole contre la tienne » (E2 S2), – l’absurdité de la situation discréditant les revendications féministes. Le fait que les initiatives de lutte contre les violences sexuelles à l’université soient présentées dans la série n’est d’ailleurs pas sans faire écho à l’élargissement du champ de lutte du mouvement des hommes, lesquels ont entamé plusieurs campagnes « anti-anti-viol » (anti-anti-rape) (Gottel et Dutton, 2016). Au Canada, le mouvement tente, en effet, de rallier des hommes plus jeunes en dénonçant l’action des organisations féministes contre les violences sexuelles sur les campus sous prétexte qu’elle stigmatise et occulte les violences dont les hommes sont victimes. Ces propos antiféministes soutiennent aussi que les mobilisations féministes ont pour effet de désigner tous les hommes comme des « violeurs potentiels ». Il n’est donc pas anodin que dans cet épisode, le doyen annonce à Christian qu’il peut reprendre le travail s’il suit une formation sur le consentement, ce qui permet de désigner Christian comme victime des revendications féministes. Le mythe de la « terreur féministe » qui imposerait une « répression » sur les campus universitaires aux États-Unis et en France (Dupuis-Déri, 2018) est ici adapté au contexte québécois à travers les expériences de Christian à titre de professeur universitaire.
La violence des femmes contre les hommes
La question de la violence des femmes envers les hommes se manifeste quant à elle à travers la relation de Martin avec sa femme Sophie. Martin raconte à son ami Étienne (E3 S1) qu’« après avoir fini de baiser, elle [l’] a envoyé sur le divan », qu’il doit maigrir ou elle le laissera, qu’il ne peut plus rien faire dans la maison et qu’il est « prisonnier » chez lui. La télésérie décrit Sophie comme exerçant un contrôle sur Martin et usant de violence psychologique, ce qui fait écho aux discours masculinistes sur la violence conjugale que vivent les hommes, laquelle serait plus sournoise que la violence physique. Il n’est d’ailleurs pas anodin de constater que Sophie est désignée comme féministe. Lorsqu’un nouveau personnage fait son apparition dans la série, une notice apparaît à l’écran pour donner le nom du personnage. Alors que Martin est désigné « Martin Lamoureux », sa conjointe est, quant à elle, présentée comme « Sophie : conjointe de Martin, féministe au foyer » (E1 S1). Cette représentation caricaturale des femmes – et des féministes – à travers Sophie cherche à provoquer le rire. En plus de produire des représentations stéréotypées des féministes, la télésérie renforce finalement le mythe selon lequel les rapports sociaux de sexe sont aujourd’hui inversés, au sens où les femmes (et les féministes) domineraient maintenant les hommes. À travers sa trame narrative, la série procède ainsi à la distorsion des faits et insinue que les victimes sont en réalité les hommes.
⁂
Cette étude a mis en lumière la présence de discours antiféministes dans les saisons 1 et 2 de la télésérie québécoise Les mecs; ceux-ci se révèlent plus spécifiquement à travers l’antiféminisme « ordinaire » et le masculinisme. Des thèmes comme la difficulté à séduire, la pension alimentaire, la violence des femmes et le taux de suicide chez les hommes ont été identifiés, mais pas les difficultés scolaires des garçons. Le monde de l’éducation n’est toutefois pas absent de la télésérie puisqu’elle aborde les difficultés auxquelles seraient confrontés les professeurs d’université. Les féministes « intersectionnelles » et radicales sont identifiées comme exigeant des changements « allant trop loin », plus particulièrement à l’université, ce qui n’est pas sans faire écho aux discours « anti-woke » omniprésents dans l’espace médiatique québécois. Notre recherche a aussi dégagé certains procédés rhétoriques de l’antiféminisme « ordinaire » comme la simplification abusive pour créer des effets comiques, mais également pour représenter de manière stéréotypée les mobilisations féministes, plus spécifiquement celles associées au féminisme radical. Il n’est d’ailleurs pas surprenant d’identifier des éléments du discours masculiniste aux côtés de l’antiféminisme « ordinaire », puisque, comme le souligne Diane Lamoureux, « leur terreau est commun : les féministes sont assimilées à des dominatrix; elles auraient noyauté le pouvoir dans la société; si l’égalité entre les femmes et les hommes est un objectif louable, le féminisme n’en est pas moins coupable d’excès en tout genre » (Lamoureux, 2015, p. 91).
Enfin, notre analyse montre le risque que comportent l’écriture et la réalisation de téléséries exclusivement par des hommes. Alors que les féministes sont dépeintes par eux de manière exagérée, toutes leurs contributions sociales sont occultées et le discours postféministe renforce le mythe de l’égalité déjà là (Surprenant, 2015). Nous souhaitons rappeler en terminant l’importance d’avoir une équipe diversifiée derrière la caméra (Lupien, Bélanger et Descarries, 2021), ce qui se reflétera inévitablement dans la mise en récit des personnages féminins – et des féministes.
Parties annexes
Note biographique
Sophie-Anne Morency est doctorante en sociologie à l’Université du Québec à Montréal et détentrice d’une maîtrise en science politique avec une spécialisation en études féministes. Ses recherches portent sur les rapports de pouvoir en humour, à la liberté d’expression et à l’industrie humoristique québécoise. Elle est membre chercheuse de l’Observatoire de l’humour (OH) et du Chantier sur l’antiféminisme (RéQEF).
Notes
-
[1]
Voir : https://ici.tou.tv/les-mecs.
-
[2]
Le code « E » est utilisé pour indiquer un épisode spécifique, tandis que le code « S » est employé pour faire référence à une saison particulière. Par exemple, E2 S1 signifie Saison 1, Épisode 2.
-
[3]
André Béraud, le premier directeur des dramatiques et longs métrages de Radio-Canada, avait déclaré en entrevue que Les mecs était l’occasion d’offrir la version masculine de la série Les Simone, diffusée sur les ondes de Radio-Canada de 2016 à 2018. Si cette dernière relate le récit de quatre femmes et amies trentenaires, il est à noter que Louis Morissette avait affirmé en entrevue que sa participation et celle de Ricardo Troggi permettraient d’assurer « un ton de “‘série de gars” », ne désirant pas que « le propos des filles soit trop appuyé » (Louis Morissette cité dans Collard, 2016). Il n’est donc pas anodin que dans le cas de la série Les mecs, il n’ait pas été jugé nécessaire d’ajouter « un point de vue de femmes ».
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