Résumés
Résumé
Comment réchapper une société – par exemple le Québec – en crise de fondement symbolique? L’histoire peut-elle être mobilisée à cette fin? L’historien, dans le récit qu’il élabore du passé, et l’enseignant, dans celui qu’il transmet aux jeunes générations, ont-ils un rôle à jouer dans la construction de valeurs communes au présent? Peut-on, lorsque le passé s’avère insuffisant à remplir sa mission attendue d’édification collective, l’activer en ce sens par une entreprise consciente de mythification génératrice d’affection nationale? Penseur influent, Gérard Bouchard, dans un ouvrage récent, répond par l’affirmative à ces questions en argumentant passionnément ses thèses, ici critiquées par l’auteur, qui avance des propositions différentes.Comment réchapper une société – par exemple le Québec – en crise de fondement symbolique? L’histoire peut-elle être mobilisée à cette fin? L’historien, dans le récit qu’il élabore du passé, et l’enseignant, dans celui qu’il transmet aux jeunes générations, ont-ils un rôle à jouer dans la construction de valeurs communes au présent? Peut-on, lorsque le passé s’avère insuffisant à remplir sa mission attendue d’édification collective, l’activer en ce sens par une entreprise consciente de mythification génératrice d’affection nationale? Penseur influent, Gérard Bouchard, dans un ouvrage récent, répond par l’affirmative à ces questions en argumentant passionnément ses thèses, ici critiquées par l’auteur, qui avance des propositions différentes.
Corps de l’article
Ennuyé par les remous de notre temps, Gérard Bouchard[1] part d’une prémisse qui lui est coutumière (Bouchard et Roy, 2007; Bouchard, 2019, 2003b)[2], à savoir que le Québec est en mal de culture, en perte de mémoire, en panne de rêve et en manque de sens, probablement parce qu’il demeure un « pays incertain », pour le dire comme Ferron dans ses contes (Ferron, 1962)[3]. En élaboration depuis le milieu des années 1990, son projet, conséquent par rapport au postulat posé, est de fournir aux Québécois de nouvelles assises pour se représenter collectivement et ainsi acquérir une assurance existentielle (Bouchard, 2001, 1999). Sans surprise, puisqu’il s’agit d’un historien intéressé par les imaginaires collectifs, le moyen privilégié par le collègue pour atteindre le but souhaité est de revamper le grand récit national dans le sens d’une « histoire intégrante » apte à nantir ses destinataires de nouveaux référents symboliques, manière de rouvrir le cercle de la nation et d’affermir la cohésion sociale en cette enceinte privilégiée d’appartenance et de solidarité. S’aventurant sur un terrain inédit pour lui, comme il l’avoue au lecteur en réclamant son indulgence (p. 17), Bouchard pousse cependant son instigation plus loin, du côté de la dissémination par l’école du récit envisagé et de ses éléments. À ses yeux, la narration reformulée devrait en effet trouver sa voie jusque dans la salle de classe, lieu par excellence d’apprentissage des valeurs, idéaux et mythes fondateurs d’une société; ainsi, la transmission d’un héritage aux nouvelles générations sera assurée et une suite à la nation aménagée. À l’encontre d’attentes légitimes, l’auteur coupe cependant court à la production du récit projeté et reste en retrait de sa traduction scolaire par le biais d’une pédagogie et d’une didactique appropriées. Suivant son habitude, il établit le programme pour les autres à partir du poste que plusieurs lui octroient dans le champ réflexif québécois et qu’il ne dédaigne pas d’occuper, non sans dispositions et réalisations pour y prétendre : celui de maître à penser.
Une na(rra)tion désenchantée
L’ouvrage, dont la facture littéraire et narrative n’atteint pas la hauteur ordinairement touchée par l’auteur, pour ne rien dire des longueurs, de certaines répétitions (quelle utilité au chapitre 10?), d’une conclusion qui échappe au genre et d’une pratique agaçante du renvoi (infra;supra; « comme je l’ai dit au chapitre précédent »; « comme il en sera question dans la prochaine section »), constitue un collage plus ou moins réussi de deux livres agglomérés en un seul. Le premier prend la forme d’un plaidoyer théorico-émotif pour l’histoire nationale comme ciment sociétal. Le deuxième consiste en une étude empirico-systématique d’un corpus de 103 manuels d’histoire publiés de 1804 à 2018 et que Bouchard analyse aux fins d’identifier les mythes fondateurs et valeurs édificatrices formulés (ou non) par leurs auteurs et se rapportant à la Nouvelle-France, période considérée comme originelle, donc associée au commencement.
Il y a peu à dire sur ce dernier travail, qui en cent pages confirme les conclusions, présomptions ou déductions d’autres chercheurs[4]. Elles se résument à ceci : jusque dans les années 1960, les manuels d’histoire avaient pour but de fournir un répertoire de valeurs, si ce n’est de missions, voire de petits sacerdoces laïcs, pour reproduire la nation dans son historicité réputée, ramenée à une épopée moralisante portée par de valeureux et de dévotieux protagonistes; la pauvreté pédagogique des ouvrages n’avait d’égal que leur exubérance lyrique; enfin, narration rimait souvent avec affabulation. La Révolution tranquille amène un changement de paradigme que Bouchard ratifie et déplore tout à la fois : les manuels brillent sur le plan didactique, certes, mais bannissent toute émotion, refroidissent le récit et déshumanisent le passé, émoussant vraisemblablement les consciences[5]; à l’exception du pluralisme, mot fétiche de notre époque, les auteurs, rompus à l’approche méthodique et au modèle scientifique, s’interdisent de rehausser toute valeur à relents politiques qui puisse insuffler un quelconque sens de la nation au lectorat; enfin, adeptes de la pensée historique et du renouveau pédagogique, ces mêmes auteurs résistent au dessein de bâtir, grâce à la matière interprétée du passé, un mythe fondateur qui ancre et rassemble les Québécois dans une idée forte et consensuelle de leurs origines, sorte de problématique éloquente de leur destinée dans le temps. Il s’ensuit une situation désolante où, faute de savoir ce qui définit et distingue fondamentalement leur expérience historique, les Québécois – les jeunes en particulier – forment une nation orpheline de tradition et d’horizon, englués dans un présentisme aussi effréné qu’insensé, sans passé ni avenir à louanger, non plus que de héros auxquels s’identifier, articulant leur imaginaire au scepticisme ou au cynisme d’un âge désemparé. Le diagnostic du professeur est sans appel : « Nous souffrons moins d’une histoire en trop, lance-t-il à la p. 94, que d’un déficit d’histoire[6]. »
C’est pour sortir les siens des limbes dans lesquels ils végéteraient et les aider à trouver leur voie que Bouchard, durant 200 pages, argumente avec énergie en faveur d’un récit d’histoire qui, d’une part, sacrerait a posteriori le parcours d’une nation par un acte baptismal glorieux enraciné dans une mythologie fondatrice et, d’autre part, fournirait à cette nation les clefs d’un avenir radieux par l’identification de valeurs émancipatrices constitutives de cet acte fondateur ou en découlant. Dans cette opération de « remastérisation » du passé, sorte d’exercice salutaire pour la nation, l’historien en amont et l’enseignant en aval sont, pour le collègue, liés par la majesté d’une même fonction suprême, celle de se faire passeur d’héritage en vue de perpétuer les fondements symboliques d’une société (si tant est que ces fondements soient porteurs d’humanisme ou réinvestis en ce sens par l’interprétant ou l’éducateur) et ainsi contribuer à la création d’une cohésion sociale favorable au bonheur national.
Que penser de cette thèse?
L’histoire à la rescousse de la nation
Réglons d’abord la question de l’instrumentalisation possible du passé résultant de l’intervention historienne proposée par Bouchard. Conscient du glissement, celui-ci assume franchement le risque de sa posture. Il la fonde même en raison, justifiant du coup sa démarche. Son argumentaire s’articule en trois points : 1) l’historien, dont la charge est d’émouvoir et d’éduquer autant que d’informer et d’instruire, a la prérogative d’interroger le passé à partir du présent et de choisir l’éclairage qu’il veut pour aborder l’ayant-été; 2) l’identification et l’historisation des valeurs fondamentales d’une société, manoeuvres pourtant éminemment politiques, ne sont pas incompatibles avec la pratique scientifique des fidèles de Clio; 3) enfin, il n’est pas déplacé de recourir aux ancêtres pour secourir les contemporains, voire pour leur rappeler la direction à suivre, surtout si les héritiers manquent de ferveur collective, sont avares d’engagements citoyens ou mollissent au chapitre de leur sensibilité nationale, ce qui serait le fait des Québécois d’aujourd’hui, selon l'auteur.
Ajoutons une ligne à ce cahier méthodologique particulier : une histoire plus engagée culturellement et socialement, qui vise le soutien empathique de la nation (mandat de défense) en même temps que l’étude empirique de sa formation dans le temps (objet de connaissance), est non seulement justifiée et justifiable, mais appropriée et souhaitable, comme l’est du reste son enseignement. Il ne faut pas craindre de plaider fort pour l’histoire nationale, assurément contestée dit Bouchard, mais en réalité bouée de sauvetage pour les sociétés, y compris le Québec, en danger de s’égarer dans la mondialisation et l’abstraction ou de s’écraser dans l’individuation et l’atomisation.
Bien que téméraire, la perspective défendue par le collègue n’est pas à écarter prétentieusement; la malmener à partir d’une position de puriste serait aussi bête que facile. Je me suis moi-même avancé sur une voie connexe. Sans être aussi assuré que Bouchard contre les périls pesant sur le savant flirtant avec le politique, j’ai soutenu l’idée voulant que l’historien accueille positivement certaines responsabilités sociales en tant qu’interprétant et intègre à son équation narrative, mais dans le respect scrupuleux de la matière du passé, un certain nombre de variables sensibles et controversées, par exemple celle de l’avenir et celle de l’espoir (Létourneau, 2012). J’ai dit aussi que l’historien, tel un batelier ralliant les rives du Passé, du Présent et de l’Avenir, trois fleuves au cours voisins, même contigus, devait s’assumer comme passeur et qu’il était de son office de faire passer le passé en même temps qu’il le racontait et l’interprétait (Létourneau, 2000a). Dans pareil point de vue, il faut voir une ouverture revendiquée pour une certaine intentionnalité historienne envers la suite du monde, ce qui me rapproche de Bouchard. À l’encontre de ce qu’il paraît, lui et moi ne sommes d’ailleurs pas aux antipodes[7] – parlons d’une solitude à deux pour dépeindre notre accointance –, non plus qu’avec Fernand Dumont, qui dans ses travaux défendait aussi le principe d’une responsabilité politique pour l’intellectuel et celui d’une fonction sociale pour l’histoire (Dumont, 1995, 1969).
Ce qui gêne, chez Bouchard, c’est l’insistance qu’il met à justifier une démarche appuyée d’excavation et de récupération du passé dans un cas, celui du Québec, où la simple description et assomption de ce qui fut lui aurait permis de parvenir à son objectif, soit l’identification de marqueurs (terme préférable à celui de valeurs) qui, découlant de l’expérience historique québécoise et l’ayant à la longue caractérisée et particularisée, au point de se faire littéralement structurants d’un parcours collectif, sont capables, si tant est que l’on croie en leur capacité bénéfique pour les héritiers et en leur potentialité dynamique pour la nation, de permettre aux Québécois de passer à l’avenir. Dit simplement : dans le cas du Québec, il n’est ni utile ni nécessaire de forcer le passé pour créer les conditions historiales permettant l’avènement d’un futur[8]. Suivre le déroulement de l’ayant-été et en apprécier les spécificités est suffisant pour générer des raisons communes au présent, ce qui est le moyen choisi par l’auteur pour parvenir au but désiré : restaurer la nation comme lieu de rassemblement, de réciprocité et de réconciliation.
Quelles sont les valeurs, aspirations et sensibilités que Bouchard distingue dans le passé québécois et qu’il suggère de porter au rang d’idéaux du vivre-ensemble en les répercutant aux générations suivantes par le biais de l’enseignement de l’histoire? Elles sont nombreuses et variées. Parmi celles-ci figurent l’égalité, la démocratie, la laïcité, la liberté, la langue française, les droits de la personne et les rapports hommes-femmes, auxquelles s’ajoutent l’énergie, la fierté, la justice, l’engagement, l’équité, la coopération, le partage et le pacifisme, voire la solidarité communautaire, l’altruisme, l’entraide, la civilité, l’ouverture au monde, l’environnement et le respect des aînés. On se demande ce qui, dans le passé du Québec, n’est pas, pour lui, recyclable au présent en vue de fortifier une identité nationale réputée affaiblie et qui pourrait être ragaillardie par le rappel de l’action estimable des ancêtres. On se demande aussi quels attributs accolés par Bouchard au parcours québécois se révèlent spécifiques à l’historicité québécoise, toutes les valeurs identifiées par lui pour ranimer la ferveur nationale relevant d’universaux avérés et révérés, ce que plusieurs critiques lui ont reproché, en vain[9]. À lire le professeur, on a l’impression, malgré ses dénis répétés et son usage astucieux du concept d’« historisation » (voir encadré page suivante), d’être en présence d’un interprétant qui, dans l’ayant-été québécois, cherche ce qu’il chérit, extirpe ce qu’il convoite et valorise ce qu’il prise aux fins d’offrir à la nation qu’il aime les moyens symboliques de sa consolidation et de sa perpétuation. Chez lui, le passé est comme une mine à forer pour y sélectionner les pépites capables de doter les contemporains de leurs propriétés enrichissantes ou bienfaisantes. Quant à l’historien, il est le houilleur affairé à la tâche de dénicher ces trésors et de les remonter à la surface du temps pour les offrir à la communauté des siens. « Faire en sorte que le passé serve le présent dans ce [que ce passé] a de plus déterminant, à savoir la conception d’une vision du monde et la poursuite d’idéaux sur lesquels on voudrait modeler la société et programmer son avenir (p. 83) », telle est, pour Gérard Bouchard, la charge de l’historien, en tout cas de l’historien oeuvrant sur le Québec et pour lui.
On s’interroge : n’est-ce pas le contraire qu’il faudrait faire, soit amener l’historien à simplement prendre acte de ce qui, dans le passé d’une société, s’impose à l’évocation et à l’interprétation par sa seule présence, importance et insistance, et qui pour cette raison peut être désigné comme la résultante d’une expérience historique, voire atteindre le statut de constante ou d’« attracteur » (tendance de fond vers laquelle la société converge) si elle se fait moteur de l’évolution des choses, et être exploitée en conséquence dans le récit savant et le récit scolaire[10]? Le cas échéant, quelles seraient les constantes[11] qui, marquantes dans l’expérience collective québécoise jusqu’ici, pourraient être rappelées au présent en vue de favoriser le rassemblement des Québécois, y compris les jeunes bien sûr, autour de postulats forts et entraînants d’existence collective?
La question est difficile et la réponse inévitablement contentieuse. Dans des textes précédents (Létourneau, 2024, 2023, 2010b), j’ai suggéré certains éléments qui, parmi la matière constituant l’expérience historique québécoise depuis presque un demi-millénaire, me semblaient ressortir comme caractéristiques essentielles du parcours collectif. Ces éléments – non pas des postulats du monde québécois, sorte de donné préalable à ce qui est advenu, mais des résultats de l’expérience québécoise du monde, donc un précipité de ce qui est survenu objectivement et subjectivement[12] – étaient les suivants : le dédain des radicalismes, le « repoussement » de la violence, la primauté du politique et la recherche d’arrangements complexes entre les parties. Ces constantes, favorables à la formation d’une culture politique et de matrices idéologiques définissant pesamment le parcours collectif depuis un bon moment, à savoir le réformisme tranquille, le progressisme conservateur et le pragmatisme libéral, ne découlent pas, je le redis, de l’expérience québécoise réinvestie de sens et interprétée dans cette suffisance, mais se dégagent de l’expérience observée et consignée avec distance.
Je n’ai pas, dans ce texte déjà long, l’espace pour expliciter mon point de vue. Chose certaine, il constitue une alternative au modèle bouchardien, alternative évidemment aussi critiquable que la sienne[13]. En fait, Bouchard et moi nous entendons sur la nature d’une opération à effectuer, celle de trouver matière à présent dans le passé en articulant la factualité colligée sous la forme d’un récit structuré[14], mais nous distinguons sur les tenants et aboutissants de nos cogitations et investigations. Lui réfléchit sur le passé en partant du présent pour mobiliser chaudement certains éléments de l’ayant-été en vue d’aménager l’avenir; je pars du passé en l’endossant dans ce qu’il fut pour arriver froidement au présent et garder l’avenir ouvert. La raison ultime de notre dissemblance, qui n’implique pas la supériorité morale d’une position sur l’autre, mais offre une alternative à la question de savoir ce que l’on peut faire avec ce qui nous a faits, est la suivante : Bouchard conçoit le passé comme un testament à honorer dont il est le fiduciaire obligé; je l’envisage comme un héritage qui m’est donné et dont je suis le bénéficiaire dégagé. Lui cherche à soutenir une culture qu’il juge en difficulté et une nation dont le parcours le désappointe par ses égarements perpétuels; je refuse de porter le Québec comme on porte un enfant[15]. Pour moi, cette société, malgré les défis qui la pressent, n’est pas en crise, en misère ou en malaise, y compris dans son moment actuel. Elle connaît plutôt, au chapitre de sa référence collective (Dumont, 1996), une révolution silencieuse dérivant du processus pacifique et assuré de décolonisation de ses habitants, en particulier les Québécois d’héritage canadien-français (Létourneau, 2021, 2013), processus que certains chroniqueurs, par exemple Cornellier (2022), ne veulent ni admettre ni enregistrer, préférant répondre par la bouche de leur canon à ceux qu’ils considèrent comme blasphémateurs du récit accrédité et contempteurs de l’avenir espéré. On a déjà vu riposte analytique plus judicieuse…
Le mythe au secours de l’histoire
Il est une deuxième critique que l’on peut adresser à Gérard Bouchard. Elle tient à sa volonté d’enforcir la nation québécoise autour d’une idée puissante, incarnée par un événement ou un personnage historique, qui se verrait historisé en fonction de l’idée à représenter, par exemple la quête de liberté, et qui pourrait agir comme tremplin d’élévation pour un Québec prétendument embourbé dans le présentisme et ankylosé dans le stoïcisme.
Présumant que les nations, y compris la nation québécoise, doivent encore rêver, comme si elles avaient cessé de le faire, ce qui n’est nullement démontré dans l’ouvrage, Bouchard mène depuis longtemps une réflexion assez labyrinthique sur les mythes, définis généreusement et déclinés diversement[16], comme liant social, vecteur de cohésion nationale et ferment d’avenir. L’historien a certainement raison d’avancer que bien des nations, sinon toutes, s’arc-boutent sur une idée génératrice de destinée et incantatrice de possibilité, idée historisée sous la forme d’un « mythe », par exemple celui de l’arrivée des pèlerins du Mayflower aux États-Unis (récit de la refondation salutaire), celui de Guillaume Tell en Suisse (récit de la résistance libératrice) ou celui de la Magna Carta en Angleterre (récit de la limitation du pouvoir des souverains)[17]. De telles idées donnent du sens à l’expérience nationale et en résument l’essence, bien que de manière souvent excessive ou idéalisée, voire franchement inventée (Kruze et Zelizer, 2023; Sablonier, 2008; Breay et Harrison, 2015). Or, s’il est vrai d’affirmer que les historiens et les philosophes, depuis Voltaire (1756), ont copieusement contribué à bâtir l’esprit des nations en insufflant une substance aux entités façonnées, la tendance du dernier siècle, débutant avec Lucien Febvre en France, a été d’en finir avec l’« histoire serve » – au bénéfice de la nation en particulier (Febvre, 1920). Certes, Bouchard n’entend pas reconduire l’historien dans le rôle de laquais du Prince. Le dilemme de sa démarche demeure néanmoins palpable : comment abouter histoire nationale et esprit scientifique? La réponse qu’il propose est simple : faire l’histoire nationale d’après les règles de la méthode historienne, mais en pratiquant l’objectivation, version chaude et humanisée, c’est-à-dire soucieuse d’éthique morale, de l’objectivité (p. 225-226)[18]. Il fallait y penser! Le problème est que la société prend l’eau et se fait vaseuse alors que la nation réclame l’étanchéité pour demeurer radieuse; que la condition humaine est légère alors que les héros nationaux doivent être fiers; que l’évolution du monde est sans direction précise alors que celle de la nation doit paraître résolue et continue; et que l’histoire nationale exige de l’historien qu’il fasse preuve d’inclination envers sa nation alors que sa tâche, centrée sur la recherche de vérités effectives plutôt que sur l’élaboration de vérités affectives, le pousse continuellement à la distanciation, sinon à la « défection », nationale[19]. Quant à la morale du passé, si tant est que pareille chose existe, elle est souvent loin de celle qu’en suggèrent les historiens.
On se le demande : jusqu’à quel point nettoyer la nation de ses scories – hésitations, équivoques, tâtonnements, ambiguïtés, infinitudes, imprécisions, contradictions, discontinuités, discordances, dissonances, défaillances, trous, interstices et autres incongruités ou « saletés » – pour l’affiner et la lustrer comme un bijou à admirer? Est-ce le rôle de l’historien, fusionnant avec son objet d’étude (p. 216), dans ce cas-ci la nation québécoise, de faire rêver les siens en les amenant à s’identifier à des personnages élevés au rang de modèles à reproduire par suite des actions réputées mémorables ou honorables qu’ils auraient commises[20]? Est-ce le travail des enseignants de conforter la nation et de réconforter les élèves en les invitant à placer leurs attentes identitaires sous son couvert et sa protection[21]? Plus fondamentalement, le Québec connaît-il une situation idéologique et politique à ce point alarmante ou déplorable qu’il exige une intervention majeure, de la part de ses interprétants, sur le plan symbolique, métaphorique et emblématique, pour en rétablir la cohésion interne? Et encore : jusqu’où pousser l’identification, l’intégration et la conciliation nationales dans le cas du Québec? Faut-il, pour accéder au septième ciel (celui de la « communauté affective »?), atteindre un point où la patrie se confond littéralement avec la fratrie[22]?
L’épisode que Bouchard aimerait promouvoir au rang d’événement fondateur de l’historicité québécoise, quitte à le magnifier pour combler les lacunes du passé en ce sens, est celui du mouvement patriote dans les années 1830. Pour l’historien, il est temps d’en finir avec la Conquête comme épisode déterminant de la destinée collective, voire avec la Nouvelle-France comme période sanctuaire d’un parcours historique, sorte d’âge d’or à vénérer, car précédant le Grand basculement, équivalent québécois du Grand dérangement acadien. Aux yeux du collègue, la défaite de 1759, française surtout, articule en effet une vision du Soi comme Survivant seulement, condition incarnée dans la figure du Québécois vaincu, abattu et miséreux, représentation pour le moins dépressive et vraisemblablement fanée de nos jours, notamment chez les jeunes[23]. Quant au Régime français, il est associable à un moment d’imposition et d’exploitation, non d’inauguration et d’éclosion; il tarde d’en finir avec son idéalisation, déclinante de toute façon dans la conscience populaire. A contrario, toujours selon Bouchard, le mouvement patriote cristallise l’idée d’une nation résistante, désireuse de se refonder par et dans un projet positif, constructif, créatif et affirmatif, celui de sortir du cadre colonial (français ou britannique, nulle importance ici), pour s’émanciper comme collectivité autonome, voire comme république. Au dire du professeur, la rébellion patriote, irréductible au seul aléa des insurrections violentes et perdantes, recèle et exprime plusieurs valeurs capitales propres à la société québécoise, valeurs portées par une ribambelle d’hommes et de femmes ayant accompli de nombreux actes héroïques pour les concrétiser (pensons à Chevalier de Lorimier, pendu pour avoir cru et s’être tenu), valeurs qui, si elles étaient correctement réennoblies et enseignées[24], pourraient insuffler aux Québécois d’aujourd’hui, et notamment aux jeunes, des aspirations, rêves et idéaux galvanisants et gratifiants. Pour Bouchard, la lutte d’émancipation nationale contre le colonialisme – politique, économique et idéologique, intérieur ou extérieur, dans ses versions molles ou dures –, dont la rébellion patriote constitue la manifestation panégyrique, est ce qui définit principalement l’historicité québécoise, donne du sens au parcours de cette nation[25] et pourrait rallier tous les habitants du Québec autour d’une grande Idée inspirante et transcendante capable d’atteindre leur coeur et leur raison. Faire passer les Québécois d’héritiers à fondateurs, tel serait, pour Gérard Bouchard, qui véhicule l’idée depuis un quart de siècle (Létourneau, 2000b), l’effet de l’historisation du mouvement et du soulèvement patriote, épisode rempli d’idéaux à célébrer et de valeurs à transporter, comme mythe cardinal de la nation québécoise.
À nouveau, comment accueillir cette thèse – que le collègue voudrait voir intégrée aux programmes d’histoire, consignée dans les manuels scolaires et enseignée en classe, car conjugable selon lui au passé (critère de validité), au présent (critère d’utilité) et au futur (critère de transmissibilité)?
Sa proposition n’est pas sans intérêt en autant que trois conditions, discutables à mon avis, voire contestables, soient respectées :
que l’on accepte de soumettre l’interprétation juste du passé, immanquablement sobre et pâle[26], à son interprétation faste, inévitablement colorée et criarde, en abjurant l’inextricable et peut-être insoutenable complexité de ce qui fut, en particulier dans le cas du Québec, dont l’itinéraire, jusqu’ici, a été fondamentalement marqué par l’ambiguïté de destin découlant du choix répété de ses habitants, celui du centre (Létourneau, 2006a), plutôt que résultant de leur aliénation nationale ou d’un quelconque penchant pour les extrémités risquées, en particulier l’excentricité idéaliste[27];
que l’on accepte d’assigner à l’historien la tâche d’éclaircir le passé, soit lui imposer une solution narrative et magistrale (principe de l’interprétation maximaliste ou magnifique) plutôt que de l’éclairer, c’est-à-dire lui offrir une traduction interrogative et circonspecte (principe de l’interprétation minimaliste ou pudique);
que l’on oblige les héritiers à se faire redevables envers les prédécesseurs, donc débiteurs à l’endroit des anciens et de leurs choix (se situer dans la perspective des ancêtres), au lieu d’être plénipotentiaires de leur destinée, c’est-à-dire débatteurs de ce qui fut et responsables devant leurs propres décisions (s’assumer dans ce qu’ils ont envie d’être).
On comprendra qu’il ne s’agit pas de principes qui m’animent ou me gouvernent. Mon credo est différent. Il se décline en trois points :
la juste interprétation des choses, avec ses hésitations et ses doutes, donc avec ses frustrations et ses embarras, si ce n’est avec ses ambiguïtés et ses conclusions ouvertes, est un objectif qu’il me semble primordial de poursuivre jusque dans l’acte pédagogique, lequel doit viser, comme le disait Montaigne, à la confection de têtes bien faites plutôt qu’au façonnement de têtes bien pleines;
la démythification du passé et son exploration critique me paraissent plus importantes que son illumination et sa considération affective – l’émotion ne mine-t-elle pas les faits qui à leur tour ruinent les bonnes histoires, celles qu’« aime le peuple », affirmait candidement Cornellier (2023), mais qui en vérité l’engourdissent ou l’exaltent comme le font souvent les religions laïques ou sacrées?
enfin, tout en respectant le patrimoine accumulé par mes prédécesseurs, qui continue à m’enrichir, je me sens affranchi de leurs actes et de leur oeuvre. Dit autrement : je me souviens d’où je m’en vais. C’est d’ailleurs cette conception de l’héritage : la transmission comme don et concession, non comme prescription et injonction, que j’ai reçue de mon père, qui aurait adhéré à l’idée voulant que suite et reproduction divergent, la reproduction étant la duplication du même alors que la suite relève de la continuité et de la distance par rapport à ce qui fut.
⁂
Au total, je demeure donc réservé face aux argumentations et recommandations de Gérard Bouchard. Son parti pris pour l’histoire nationale, manifestation de son attachement légitime à la nation, évidemment québécoise dans son cas, excède en effet mon ouverture envers l’usage acceptable des attributs de Clio à des fins politiques. Si je reste acquis au projet d’une science sociale, je demeure circonspect par rapport à la conjugaison concertée des deux termes. L’idée d’une histoire liée à l’idéal national m’embarrasse aussi, de même que m’ennuie l’image de l’historien protégeant sa nation ou la promouvant. Enfin, je reste méfiant par rapport à la conception de l’enseignant comme éveilleur ou disséminateur de sentiment national.
Le collègue répondra qu’il ne se reconnaît pas dans ces inclinations. Il affirmera que son entreprise est animée par la pensée scientifique, non par le dessein idéologique; que son programme est empreint d’humanisme, non pétri de nationalisme; et que, comme chercheur averti, il privilégie la méthode plutôt que la mémoire. En fait, on pourrait multiplier les citations où, mû par son désir de faire rêver les siens par la mythification émotive et raisonnée de leur parcours historique saisi comme une odyssée de tenaces et de discrets, Bouchard, tout en maniant adroitement la rhétorique des lettres érudites, franchit sciemment l’espace habituel du savant pour s’engager résolument sur le terrain de la politique identitaire.
Mais qu’importe l’intention du professeur. On saura où il loge et de quoi ressort son projet lorsque, cessant de se faire programmateur, il se lancera dans l’élaboration du récit qu’il appelle en le transposant sous la forme d’une synthèse d’histoire et sous celle, complémentaire, d’un manuel d’histoire dédié aux élèves et aux étudiants[28]. En leurs temps, Garneau, Groulx et Hamelin, trois autres monuments de l’histoire québécoise, l’avaient fait, eux.
Parties annexes
Notes
-
[1]
NDLR : G. Bouchard a décliné notre invitation à répondre à cette note critique.
-
[2]
Le présent texte n’est pas à proprement parler une recension du livre de Gérard Bouchard, mais une discussion des thèses principales qu’il y défend. Parce que je me penche depuis longtemps sur certaines questions abordées par le collègue, il était inévitable que j’expose aussi mes points de vue, d’autant qu’il convoque mes travaux à de nombreuses reprises.
-
[3]
Dans la confrérie des pessimistes, Bouchard n’est pas aussi ferme que Jacques Beauchemin (2020, 2015), Serge Cantin (2018, 2003) ou Daniel D. Jacques (2008), par exemple. On se demande même si la lecture inquiète qu’il fait de la condition québécoise, lecture non appuyée empiriquement, du moins en ce qui touche à la « crise symbolique » que connaît la société québécoise, ne découle pas de la thèse qu’il veut établir et de la solution qu’il entend imposer plutôt que de les précéder, ce qui, du point de vue de la logique analytique, est en quelque sorte procéder à l’envers, l’effet appelant la cause.
-
[4]
Voir Aubin (2023), Lemieux (2021), Stan (2015), Bouvieret al. (2012), Gagnon (1978), Laloux-Jain (1974), Chalvin et Chalvin (1962). Voir aussi, à l’exception des articles de Bouvier, mauvais, les contributions à l’ouvrage de Bouvier et Courtois (2021).
-
[5]
Le mot « vraisemblablement » est ici important, car il est difficile de mesurer l’influence effective des manuels sur la conscience historique des jeunes, d’autant que les enseignants les utilisent de manière fort contrastée en classe, si tant est qu’ils s’en servent. Il en est de même des programmes scolaires, embrassés et mis en oeuvre de façon différente par les enseignants, ce qui limite l’impact réel des réformes curriculaires. Bouchard n’ignore pas ces évidences. Il n’en croit pas moins à l’importance des manuels et des programmes comme transmetteurs efficaces de valeurs.
-
[6]
Chacun à notre manière, Jacques Beauchemin et moi avons parlé d’une « histoire en trop » dans le cas du Québec : Beauchemin (2002), pour dénoncer la tendance de certains souverainistes à privilégier outrageusement le devenir sur le souvenir aux fins de passer à l’avenir; moi (Létourneau, 2000a), pour évoquer la surconscience historique univoque des Québécois, préjudiciable à un tel passage. Bouchard, qui déplore la « sous-utilisation du passé » auprès des jeunes (p. 234), propose une espèce de thèse mitoyenne, que l’on pourrait formuler ainsi : plus d’histoire, mais moins centrée sur les mythes dépresseurs (« à jeter au feu de la Saint-Jean »?), et plus axée sur les mythes fondateurs (à élaborer dans l’engagement et à disséminer dans l’enseignement), pour débloquer le présent en vue de favoriser l’avenir.
-
[7]
Y compris en ce qui touche à l’histoire pluraliste, alors que, pour nous opposer radicalement, Bouchard dénature mon propos en me faisant dire que je suis contre l’histoire pluraliste (p. 78 et 100), ce qui est assez insolite. Ce que j’écris dans Passer à l’avenir (Létourneau, 2000a, p. 88) est pourtant clair. Je me répète pour être bien compris : il est essentiel, dans quelque synthèse d’histoire du Québec qui ambitionne d’atteindre le stade ou le statut « d’histoire totalisante », que la diversité constitutive de la société québécoise, qui lui est inhérente et pérenne, soit exposée en long et en large. Mais comment configurer le récit de cette diversité? Sous la forme d’histoires particulières juxtaposées? Sous la forme de micro-récits détachés? Par un collage d’historiettes où chacun obtient son dû en fonction d’un critère de rectitude narrative posé a priori? Si ce qu’on appelle « l’histoire pluraliste » vise à pareils résultats, je m’y oppose. Pourquoi? Parce qu’un tel récit est impropre à offrir une image intégrée du tout. Cette façon de faire contourne en effet le défi narratif du pluralisme sociétal (ou national) au lieu de l’affronter. J’ai lieu de croire que le collègue partage ce point de vue, d’où son usage du concept d’« histoire intégrante » plutôt que celui d’histoire pluraliste, manière d’éviter ce que j’exècre aussi : la mosaïque des histoires, pratique également qualifiée d’« histoire en silo » ou d’« histoire-tiroir ».
-
[8]
À ce propos, voir Létourneau (2010a). Étonnant que Bouchard ignore ce texte dans lequel je discute, durant 14 pages, les propositions qu’il formulait avec Charles Taylor concernant la nécessaire révision du grand récit québécois dans la perspective de favoriser la conciliation des cultures (Bouchard et Taylor, 2008, p. 123 et suiv. et 208 et suiv.).
-
[9]
Bouchard est prompt à congédier ses critiques sans toujours convaincre qu’il répond bien à leurs objections. À propos des remarques touchant sa propension à conjuguer le passé québécois au temps de valeurs universelles, donc plus ou moins enracinées dans l’expérience québécoise – ou non particulières à cette expérience historique, mais « historisées » en son sein par les acteurs sur le coup ou par les glossateurs après coup, on ne le sait –, voir la défense qu’il offre à ses contradicteurs entre les p. 86 et 94. Voir aussi l’échange qu’il avait eu avec Jacques Beauchemin au début des années 2000 (Beauchemin, 2003; Bouchard, 2003c).
-
[10]
Il est possible qu’une « histoire d’avenir », si tant est qu’on en accepte le principe, exige de la part d’un narrateur, aux prises avec des contextes sociétaux ou nationaux tendus ou bouchés, une opération d’historisation, donc d’interprétation-récupération du passé, semblable à celle que propose Bouchard. Cette opération est toutefois superflue dans le cas du Québec. À ce sujet, voir Létourneau (2010b, p. 126-128).
-
[11]
Dans mon esprit, « constante » n’est absolument pas synonyme de « norme », terme que Bouchard emploie à trois reprises au moins (p. 88, 268 et 277) en le liant à l’idée de « règles de comportement individuel ou collectif ». Par constante, j’ai plutôt en tête l’idée de processus ou de réalités historiques devenu(es) structurant(es) par suite des circonstances ou des contingences du passé ainsi que des rapports de force entre acteurs et groupes d’acteurs.
-
[12]
Objectivement : contingences, circonstances, rapports de force, régime de domination, etc. Subjectivement : choix conscients et recherchés des acteurs, y compris d’après leur lecture des conjonctures et conjectures.
-
[13]
D’autres chercheurs ont également identifié une ou des « constantes » pour saisir l’expérience historique québécoise dans sa ou dans ses caractéristiques essentielles. Fortement critiqués par Bouchard, Gossage et Little (2015) ont avancé l’idée d’une dialectique continuelle entre tradition et modernité. Inspiré par l’humeur politique du moment, Zanazanian (2017) a mis en avant celle du projet civique commun et de la diversité par l’immigration. Auteur prolifique, Yvan Lamonde n’a cessé de dépeindre, avec parfois une pointe de déception, la tendance aux multiples allégeances (et dépendances) des Québécois et de leurs prédécesseurs (Lamonde, 2001a, 2001b, 1996). Il y en a d’autres. J’ajouterai que l’on pourrait considérer plusieurs énoncés produits par les répondants dans le cadre de l’enquête que j’ai menée sur la conscience historique des jeunes (Létourneau, 2014) comme autant de problématiques historiales applicables au cas du Québec. Des exemples? « Les Anglais nous ont eus »; « Se relever et continuer »; « L’histoire du Québec est un casse-tête dont les pièces se retrouvent ici et ailleurs »; « Meilleur depuis 1608 »; « Peuple minoritaire qui, oscillant entre assimilation et indépendance, a su tirer profit des occasions offertes par l’histoire afin de prospérer au maximum en accord avec son particularisme »; « J’ai pas eu le temps de finir, I’m sorry »; etc. Voir [http://www.tonhistoireduquebec.ulaval.ca/accueil/].
-
[14]
Bouchard ne disserte pas beaucoup sur l’idée de récit, sorte d’armature qu’il considère comme appropriée – efficace, puissante et attendue, presque naturelle – pour configurer l’histoire nationale. Inspiré par Ricoeur, je crois aussi que le récit représente une forme organisationnelle et communicative optimale pour structurer, sur un mode compréhensible et transmissible, l’éparpillement constitutif de la vie. Quelle forme (narrative) donner au passé? Là est le défi, et il est fort possible que Bouchard et moi nous séparions fortement à ce sujet. Citant Jean-François Cardin, Bouchard parle de « récit explicatif structuré » (p. 248)? Bien, mais encore? L’historien ne développe pas l’idée qu’il soumet; il ne la concrétise pas non plus dans une narration en bonne et due forme. Influencé par Shemilt (2000), je propose d’offrir au récit une forme polythétique. Le défi du récit polythétique est d’exprimer, dans une narration articulée et faisant sens de ce qui se donne comme dénué de sens, la simultanéité des processus complémentaires et contradictoires dans l’interaction dissonante desquels s’organisent et s’élèvent les formes structurantes de la société, cela en évitant toute schématisation unilatérale, monosémique ou déterministe de ce qui fut. Pour plus de détails sur la méthode, voir Létourneau (2024, 2015). Pour un exemple de mise en forme (modérée) d’une histoire polythétique, ce qui est le plus important et le plus difficile, voir Létourneau, (2020).
-
[15]
J’ai eu avec Serge Cantin, il y a longtemps, un échange houleux sur la question du rapport de l’intellectuel québécois avec sa société. Les textes en cause sont les suivants : Cantin (1997); Létourneau (1998a); Cantin (1999). De même avec Marc Angenot, voir Angenot (2001) et Létourneau (2001).
-
[16]
Mythe directeur, mythe dérivé, bassin mythique, mythe des origines, mythe fondateur, mythe dépresseur, mythe social, mythes nationaux, représentations collectives mythifiées, archémythe, archétype, etc. : voilà autant de notions utilisées par Bouchard pour saisir l’univers mythique tel qu’il le conçoit. Voir Bouchard (2019, chap. 1; 2014; 2003a).
-
[17]
J’ai aussi dit que les nations s’appuyaient sur un stock de mythistoires élaborés dans le temps par de petits ou de grands énonciateurs, parmi lesquels figuraient des historiens. Or, Bouchard n’aime pas le concept de mythistoire, concurrent du concept de mythe qu’il utilise et favorise. La critique faite par le collègue du concept de mythistoire reste cependant peu persuasive (Bouchard, 2019, p. 317-320). Elle ignore par ailleurs ma contribution à l’affinement du terme et à son « historisation » dans le cas du Québec (Létourneau, 2006b). Je ne m’en formalise pas tout en m’interrogeant sur les motifs de l’omission, qu’il reproduit dans le cas du concept de conscience historique (p. 27-28), sur lequel j’ai beaucoup travaillé depuis la fin des années 1980. Un dialogue théorique aurait été ici fructueux.
-
[18]
Bouchard a raison d’établir, comme l’ont fait avant lui de très nombreux philosophes de l’histoire, une distinction entre objectivation et objectivité. Où loge-t-il lui-même finalement? Dans l’objectivation, avoue-t-il (p. 225-226), tout en définissant sa pratique comme relevant aussi de l’objectivité (p. 272-273). On se demande quel est son lieu de prédilection.
-
[19]
« Le progrès des études historiques est souvent pour la nationalité un danger », écrivait Ernest Renan dans sa conférence « Qu’est-ce qu’une nation », prononcée à la Sorbonne le 11 mars 1882.
-
[20]
Tout en prétendant se distinguer de Bédard (p. 203-204), Bouchard se rapproche ici du professeur de la TÉLUQ, dont les interventions historiographiques (Bédard, 2021, 2015) et médiatiques (« Figures marquantes de notre histoire », « Figures marquantes de la solidarité » et « Figures marquantes de la liberté », séries diffusées sur les ondes de MAtv), visent aussi à fournir aux Québécois de la matière historique pour rêver – autour d’événements fameux et de personnages glorieux – et ainsi se ressaisir comme nationaux inspirés.
-
[21]
« Il est étonnant, écrit Bouchard à la p. 64, que le développement d’un lien affectif à la nation ne fasse pas partie des finalités de l’enseignement. » Bien qu’il se distancie vigoureusement des auteurs des anciens manuels d’histoire, le collègue se situe dans une logique historiale similaire. Quelle différence y a-t-il entre ce que prône Gérard Bouchard et l’« Avis » adressé aux élèves par les Clercs de St-Viateur en préface de leur manuel d’Histoire du Canada de 1958, avis libellé comme suit : « Puisse ce contact [avec l’histoire du Canada] augmenter en vos âmes l’admiration de vos ancêtres, l’amour de votre pays et le respect pour tout ce qui vous fait dire avec un sentiment de légitime fierté : Je suis Canadien! » (C. S. V., 1958 : « Aux élèves », p. v). Il suffirait de remplacer « histoire du Canada » par « histoire du Québec », « âme » par « coeur », et « Canadien » par « Québécois » pour se rapprocher singulièrement de la (pro)position du collègue.
-
[22]
C’est cette question précise, celle de l’amplitude et de l’intensité de la cohésion à générer ou à espérer au sein d’une entité sociétale ou nationale, que je posais dans un article publié dans la revue Argument (Létourneau, 2002-2003) et que Bouchard (p. 35) interprète comme un rejet du concept de nation. En fait, je n’ai jamais allégué, au contraire (Létourneau, 1998b), que les nations, y compris la nation québécoise, n’existaient pas, mais réclamé leur problématisation et démythification, ce qui est une façon de les faire apparaître aussi comme des notions, donc comme des réalités à interroger et à critiquer, de manière modérée plus que radicale toutefois, compte tenu de l’équilibre à trouver, comme interprétant et comme enseignant, entre rigueur et pertinence, complexité et sens, déconstruction et (dé)structuration (Létourneau, 2017a). J’ai dit également que le paradigme national(iste), pour saisir la condition québécoise dans le temps, générait autant de souci analytique qu’il réglait de problème interprétatif, et plaidé en conséquence pour un nouveau paradigme, que j’ai appelé post-national(iste), celui-ci se voulant plus accueillant de la complexité québécoise, sans nier bien sûr que la question nationale traversait l’expérience historique québécoise de part en part et ce, depuis longtemps (Létourneau, 2005).
-
[23]
En fait, la Conquête continue d’être invoquée et convoquée par un grand nombre de Québécois, d’héritage canadien-français surtout, comme événement capital du passé québécois ou épisode cardinal de l’historicité québécoise (Létourneauet al., 2015; Létourneau, 2014). Difficile de dire toutefois si l’invocation et la convocation en cause tiennent du choix conscient et réfléchi ou du réflexe et de l’habitus historial. Chose certaine, il semble que les jeunes Québécois issus de l’immigration restent assez indifférents par rapport à la narration classique de l’histoire du Québec, donc de la Conquête comme explicateur universel de la condition québécoise (Létourneau et Gani, 2017).
-
[24]
Ne le sont-elles pas déjà? Depuis 2003, le Québec célèbre chaque année, le lundi précédant le 25 mai, la Journée nationale des Patriotes, jour fêté et chômé. Par ailleurs, l’actuel Programme d’histoire du Québec-Canada fait une place considérable aux revendications, luttes et manifestations nationales et nationalistes dans le passé et le présent du Québec (Boutonnet, 2017). Jusqu’où Bouchard veut-il pousser son intention?
-
[25]
L’argumentation de Bouchard est la suivante : les habitants du Canada n’ont-ils pas commencé à se nommer Canadiens dès la fin du 17e siècle, ce qui, chez eux, dénotait une volonté embryonnaire de détachement avec la mère patrie française? Et, aujourd’hui, les Québécois ne cherchent-ils pas encore à se démarquer comme société distincte, voire comme nation souveraine chez les indépendantistes, façon de décrocher définitivement de toute emprise étrangère ou extérieure, source de dépendance et d’humiliation selon lui (Bouchard, 2023)?
-
[26]
L’idée « d’interprétation juste du passé » est délicate. Elle relève de l’intention de dire les choses d’une manière aussi fine et sagace, subtile et clairvoyante, sage et pertinente que possible, ce qui rend les argumentations et explications souvent plates et peu enthousiasmantes, surtout du point de vue de leur traduction politique. Il va sans dire que la précision lexicale est inhérente à l’interprétation juste, comme le sont d’ailleurs la perspective choisie, la problématique élaborée, l’interprétation développée, et le reste. Il est rarissime que les thèses univoques, les mots massifs, les explications décidées et les réponses évidentes ressortissent à l’interprétation juste, qui doit accommoder la fragilité de la vie, l’ambiguïté des postures humaines et l’équivoque des intérêts des acteurs sociaux, mais qui doit aussi porter le plus lourd fardeau qui soit, à savoir la légèreté de l’être, insoutenable aux savants, mais endurable aux littéraires, ce qui rend les deux communautés, auxquelles s’ajoute celle des artistes, y compris les musiciens, complémentaires dans leurs tentatives de saisir le monde, de le comprendre et de le (re)traduire pour qu’il apparaisse à peu près sensé.
-
[27]
Le mouvement patriote peut exemplifier la différence entre une interprétation « juste » et une interprétation « faste » de ce qui fut. Dans les années 1830, la volonté de changement est largement répandue dans la société bas-canadienne; on ne peut l’ignorer ou la diminuer. Mais quelle ampleur et profondeur a ce désir de changement? Et quelle est la nature du changement désiré? Rien n’est univoque à ce propos. Malgré des perturbations ici et là, malgré des discours emportés et malgré une rhétorique avant-gardiste à relents républicains, toutes manifestations qui impressionnent plusieurs analystes, dont Bouchard, ce qui les fait pencher pour une interprétation faste ou magnifique de la décennie (et du mouvement patriote), il semble que l’humeur dominante, parmi la population et l’élite, voire chez la majorité des patriotes, était à l’aménagement et à la réforme plus qu’au renversement et à la révolution, appréciation des choses qui tient de l’interprétation juste ou pudique. À ce sujet, voir Létourneau (2020, p. 105-126).
-
[28]
On ne peut apparenter Genèse des nations et cultures du Nouveau Monde (Bouchard, 2001) à une synthèse d’histoire en bonne et due forme. Aucun autre livre du chercheur ne se rapproche par ailleurs du genre. Gérard Bouchard n’a pas produit de manuel d’histoire. Il est toutefois l’auteur de trois livres de fiction (Bouchard, 2002, 2005, 2009) dans lesquels certaines idées essentielles à son oeuvre savante reçoivent une adaptation littéraire et populaire.
Bibliographie
- Angenot, Marc, 2001 « Questions à Jocelyn Létourneau : quel avenir? À propos de Passer à l’avenir. Histoire, mémoire, identité dans le Québec d’aujourd’hui », Spirale, n° 180 (septembre- octobre) : 14-15.
- Aubin, Paul, 2023 Les manuels scolaires sous la loupe de l’histoire, Québec, Septentrion.
- Beauchemin, Jacques, 2002 L’histoire en trop. La mauvaise conscience des souverainistes québécois, Montréal, VLB.
- Beauchemin, Jacques, 2003 « Quelle mémoire pour le Québec? », Le Devoir, 18 janvier.[https://www.ledevoir.com/non-classe/18550/reponse-a-gerard-bouchard-quelle-memoire-pour-le-quebec?], consulté le 22 novembre 2023.
- Beauchemin, Jacques, 2015 La souveraineté en héritage, Montréal, Boréal.
- Beauchemin, Jacques, 2020 Une démission tranquille. La dépolitisation de l’identité québécoise, Montréal, Boréal.
- Bédard, Éric, 2015 L’histoire du Québec pour les nuls, Paris, Éditions First.
- Bédard, Éric, 2021 Le Québec : tournants d’une histoire nationale, Québec, Septentrion.
- Bouchard, Gérard, 1999 La Nation québécoise au futur et au passé, Montréal, VLB.
- Bouchard, Gérard, 2001 Genèse des nations et cultures du Nouveau Monde, Montréal, Boréal.
- Bouchard, Gérard, 2002 Mistouk, Montréal, Boréal.
- Bouchard, Gérard, 2003a Raison et contradiction. Le mythe au secours de la pensée, Québec, Nota Bene.
- Bouchard, Gérard, 2003b « Une crise de la conscience historique. Anciens et nouveaux mythes fondateurs dans l’imaginaire québécois », dans : Stéphane Kelly (dir.), Les idées mènent le Québec, Québec, Presses de l’Université Laval, p. 29-51.
- Bouchard, Gérard, 2003c « Promouvoir ce qu’il y a de plus universel dans notre passé », Le Devoir, 30 janvier. [https://www.ledevoir.com/non-classe/19303/replique-a-jacques-beauchemin-promouvoir-ce-qu-il-y-a-de-plus-universel-dans-notre-passe?], consulté le 22 novembre 2023.
- Bouchard, Gérard, 2005 Pikauba, Montréal, Boréal.
- Bouchard, Gérard, 2009 Uashat, Montréal, Boréal.
- Bouchard, Gérard, 2014 Raison et déraison du mythe. Au coeur des imaginaires collectifs, Montréal, Boréal.
- Bouchard, Gérard, 2019 Les Nations savent-elles encore rêver? Les mythes nationaux à l’ère de la mondialisation, Montréal, Boréal.
- Bouchard, Gérard, 2023 « Aimer le Québec (2) », Le Devoir, 28 octobre. [https://www.ledevoir.com/opinion/idees/800885/point-de-vue-aimer-quebec-2?], consulté le 22 novembre 2023.
- Bouchard, Gérard et Alain Roy, 2007 La culture québécoise est-elle en crise?, Montréal, Boréal.
- Bouchard, Gérard et Charles Taylor, 2008 Fonder l’avenir. Le temps de la conciliation. Rapport de la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles, Québec.
- Boutonnet, Vincent, 2017 « Une analyse du contenu proposé par le nouveau programme d’histoire », dans : Marc-André Éthier et al.,Quel sens pour l’histoire? Analyse et critique du nouveau programme d’histoire du Québec et du Canada, Montréal, M. Éditeur, p. 61-79.
- Bouvier, Félix et Charles-Philippe Courtois (dir.), 2021 L’histoire nationale du Québec. Entre bon-ententisme et nationalisme de 1832 à nos jours, Québec, Septentrion.
- Bouvier, Félix, Michel Allard, Paul Aubin et Marie-Claude Larouche (dir.), 2012 L’histoire nationale à l’école. Regards sur deux siècles d’enseignement, Québec, Septentrion.
- Breay, Claire et Julian Harrison (dir.), 2015 Magna Carta: Law, Liberty, Legacy, Londres, British Library.
- Cantin, Serge, 1997 Ce pays comme un enfant. Essais sur le Québec, 1988-1996, Montréal, L’Hexagone.
- Cantin, Serge, 1999 « J’impense, donc je suis », Argument, 1, 2 (printemps-été). [www.revueargument.ca/upload/ARTICLE/94.pdf], consulté le 22 novembre 2023.
- Cantin, Serge, 2003 Nous voilà rendus au sol. Essais sur le désenchantement du monde, Montréal, Bellarmin.
- Cantin, Serge, 2018 La souveraineté dans l’impasse, Québec, Presses de l’Université Laval.
- Chalvin, Michel et Solange Chalvin, 1962 Comment on abrutit nos enfants : la bêtise en 23 manuels scolaires, Montréal, Éditions du Jour.
- Cornellier, Louis, 2022 « La novlangue de Létourneau », Le Devoir, 8 janvier. [https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/658560/chronique-la-novlangue-de-letourneau?], consulté le 22 novembre 2023.
- Cornellier, Louis, 2023 « Bouchard pour la nation », Le Devoir, 20 mai.[https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/791314/bouchard-pour-la-nation?], consulté le 22 novembre 2023.
- C. S. V. (Les Clercs de Saint-Viateur : Alphonse Grypinich), 1958 L’histoire de notre pays, 8e-9e années, Montréal, Librairie Saint-Viateur.
- Dumont, Fernand, 1969 « La fonction sociale de l’histoire », Histoire sociale, 2, 4 : 5-16.
- Dumont, Fernand, 1995 L’avenir de la mémoire, Québec, Nota Bene.
- Dumont, Fernand, 1996 Genèse de la société québécoise, Montréal, Boréal.
- Fevbre, Lucien, 1920 « L’Histoire dans le monde en ruines », Revue de synthèse historique, 30 : 1-15.
- Ferron, Jacques, 1962 Contes du pays incertain, Montréal, Éditions d’Orphée.
- Gagnon, Serge, 1978 La Nouvelle-France et ses historiens, de 1840 à 1920. La Nouvelle-France de Garneau à Groulx, Québec, Presses de l’Université Laval.
- Gossage, Peter et Jack I. Little, 2015 Une histoire du Québec. Entre tradition et modernité, Montréal, Hurtubise.
- Jacques, Daniel D., 2008 La fatigue politique du Québec français, Montréal, Boréal.
- Kruse, Kevin M. et Julian E. Zelizer (dir.), 2023 Myth America. Historians Take on the Biggest Legends and Lies about Our Past, New York, Basic Books.
- Laloux-Jain, Geneviève, 1974 Les manuels d’histoire du Canada au Québec et en Ontario (de 1867 à 1914), Québec, Presses de l’Université Laval.
- Lamonde, Yvan, 1996 Ni avec eux ni sans eux. Le Québec et les États-Unis, Québec, Nuit blanche éditeur.
- Lamonde, Yvan, 2001a Trajectoires de l’histoire du Québec, Québec/Montréal, Musée de la civilisation/Fides.
- Lamonde, Yvan, 2001b Allégeances et dépendances. Histoire d’une ambivalence identitaire, Québec, Nota bene.
- Lemieux, Olivier, 2021 Genèse et legs des controverses liées aux programmes d’histoire du Québec, Québec, Presses de l’Université Laval.
- Létourneau, Jocelyn, 1998a « Impenser le pays et toujours l’aimer », Cahiers internationaux de sociologie, 105 : 361-381.
- Létourneau, Jocelyn, 1998b « La nation des jeunes », dans : Bogumil Jewsiewicki et Jocelyn Létourneau (dir.), avec la collaboration d’Irène Herrmann, Les Jeunes à l’ère de la mondialisation : quête identitaire et conscience historique, Sillery, Septentrion, p. 411-430.
- Létourneau, Jocelyn, 2000a « Se souvenir d’où l’on s’en va. La mémoire comme reconnaissance et distance », dans : J. Létourneau, Passer à l’avenir. Histoire, mémoire, identité dans le Québec d’aujourd’hui. Montréal, Boréal, p. 15-41.
- Létourneau, Jocelyn, 2000b « Passer d’héritiers à fondateurs. Le grand récit collectif des Québécois revu et corrigé par Gérard Bouchard », dans : J. Létourneau, Passer à l’avenir. Histoire, mémoire, identité dans le Québec d’aujourd’hui, Montréal, Boréal, p. 43-78.
- Létourneau, Jocelyn, 2001 « L’intellectuel comme penseur et passeur. Réponse à Marc Angenot », Spirale, n° 180 (septembre-octobre) : 16-17.
- Létourneau, Jocelyn, 2002-2003 « Y a-t-il une “nation québécoise”? Est-il impératif qu’elle advienne? », Argument, 5, 1 (automne-hiver) : 99-119.
- Létourneau, Jocelyn, 2005 « Postnationalisme? Rouvrir la Question du Québec », Cités, 23 : 13-28.
- Létourneau, Jocelyn, 2006a Que veulent vraiment les Québécois? Regard sur l’intention nationale au Québec (français) d’hier à aujourd’hui, Montréal, Boréal.
- Létourneau, Jocelyn, 2006b « Mythistoires de loser : introduction au roman historial des Québécois d’héritage canadiens-français », Histoire sociale/Social History, vol. 39, n° 77 : 157-180.
- Létourneau, Jocelyn, 2010a « L’histoire et la mémoire à l’heure des accommodements raisonnables », dans : J. Létourneau,Le Québec entre son passé et ses passages, Montréal, Fides, p. 87-100.
- Létourneau, Jocelyn, 2010b « Quelle histoire d’avenir [pour le Québec]? », dans : J. Létourneau, Le Québec entre son passé et ses passages, Montréal, Fides, p. 121-144.
- Létourneau, Jocelyn, 2012 « L’histoire comme passage », Cahiers de la Fondation Trudeau, 4, 1 : 43-61.
- Létourneau, Jocelyn, 2013 « Le Québec, la révolution silencieuse », Quebec Studies, 56 (hiver) : 97-111.
- Létourneau, Jocelyn, 2014 Je me souviens? Le passé du Québec dans la conscience de sa jeunesse, Montréal, Fides.
- Létourneau, Jocelyn, 2015 « Pour une pragmatique de l’enseignement de l’histoire. Leçons tirées d’une recherche », À l’école de Clio, 1. [https://ecoleclio.hypotheses.org/212].
- Létourneau, Jocelyn, 2017a « Teaching National History to Young People Today », dans : Mario Carretero, Stefan Berger et Maria Grever (dir.), Palgrave Handbook of Research in Historical Culture and Education. Hybrid Ways of Learning History, Londres, Palgrave Macmillan, p. 227-242.
- Létourneau, Jocelyn, 2017b « Triste espérance. Compte rendu de La souveraineté en héritage, de Jacques Beauchemin, et de La souveraineté dans l’impasse, de Serge Cantin », Recherches sociographiques, 58, 1 : 173-180.
- Létourneau, Jocelyn, 2020 La condition québécoise. Une histoire dépaysante, Québec, Septentrion.
- Létourneau, Jocelyn, 2021 « Vers une décolonisation de l’identitaire collectif? Le rapport au Soi et à l’Autre chez les jeunes Québécois (d’héritage canadien-français) », dans : Jean- François Laniel et Joseph-Yvon Thériault (dir.), Le Québec et ses autrui significatifs, Montréal, Québec-Amérique, p. 165-178.
- Létourneau, Jocelyn, 2023 « De magnifiques perdants », Thèmes canadiens/Canadian Issues, printemps-été, p. 133-142.
- Létourneau, Jocelyn, 2024 « Which Story of the Canadian Experience Should We Tell Young People? », dans : Anne Phelan et William Pinar (dir.), Curriculum Studies in Canada: Present Preoccupations, Toronto, University of Toronto Press, p. 150-165.
- Létourneau, Jocelyn et Raphaël Gani, 2017 « S’intégrer à une nation passe-t-il par l’assimilation de son récit historique? Réflexion à partir du cas québécois », Revue canadienne d’éducation/Canadian Journal of Education, 40, 1 (mars), 27 p. [http://journals.sfu.ca/cje/index.php/cje-rce/article/view/2161/2400].
- Létourneau, Jocelyn, Claire Cousson, Lucie Daignault et Johanne Daigle, 2015 « Le mur des représentations. Images emblématiques et inconfortables du passé québécois », Histoire sociale/Social History, vol. 48, n° 97 : 497-548.
- Sablonier, Roger, 2008 Gründungszeit ohne Eidgenossen. Politik und Gesellschaft in der Innerschweiz um 1300, Zurich, Hier und Jetzt Verlag.
- Shemilt, Denis, 2000 « The Caliph’s Coin: the Currency of Narrative Frameworks in History Teaching », dans : Peter N. Stearns, Peter Seixas et Sam Wineburg (dir.), Knowing, Teaching, and Learning History. National and International Perspectives, New York, New York University Press, p. 83-101.
- Stan, Catinca (dir.), 2015 L’histoire nationale telle qu’elle est enseignée dans nos écoles. Débats et propositions, Québec, Presses de l’Université Laval.
- Voltaire (François-Marie Arouet), 1756 Essai sur les moeurs et l’esprit des nations et sur les principaux faits de l’histoire depuis Charlemagne jusqu’à Louis XIII, Genève, Cramer.
- Zanazanian, Paul, 2017 « Teaching History for Narrative Space and Vitality: Historical Consciousness, Templates, and English-Speaking Quebec », dans : Henrik Elmersjö, Anna Clark et Monika Vinterek (dir.), International Perspectives on Teaching Rival Histories, Londres, Palgrave MacMillan, p. 107-131.
