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Recensions

Bourdoncle, R. et Demailly, L. (dir.) (1998). Les professions de l'éducation et de la formation. Lille: Presses universitaires du Septentrion.

  • Pierre Lemay

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  • Pierre Lemay
    Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue

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Le livre est consacré aux professions de l'éducation et de la formation, qu'elles s'exercent dans le système scolaire, dans la formation continue ou l'enseignement supérieur. Fruit d'un colloque tenu à Lille du 25 au 27 septembre 1995, sous l'égide de l'Association internationale des sociologues de langue française, il rassemble trente-sept contributions différentes, dont trois québécoises, que les deux éditeurs présentent brièvement dans l'introduction et regroupent en trois parties: 1) changement et régulation des systèmes d'éducation et de formation; 2) genèse, transmission et mise en oeuvre des savoirs professionnels; 3) identité professionnelle, rôle et division du travail dans les organisations.

Trois axes de développement ont été retenus. Il y a tout d'abord un certain consensus sur le caractère prioritaire des activités d'éducation et de formation, et aussi sur le fait qu'il existe beaucoup d'incertitude quant aux finalités poursuivies. Tout en concédant une forte légitimité à la forme scolaire, certains prétendent qu'on assiste au triomphe de la formation et à la défaite de l'école. Le système éducatif a été fortement déstabilisé par le brutal élargissement quantitatif de son public et la visibilité concomitante de l'exclusion et de l'échec scolaire. De plus, le fait d'adopter comme prémisse «l'enfant au centre du système» frappe d'incertitude toute possibilité de définir des normes institutionnelles. Il n'y a que la tendance adéquationniste liée au socle des compétences qui contrebalance en partie cet effet, mais elle a également comme conséquence de subordonner trop souvent la formation à l'emploi. Enfin, il ressort une volonté ferme de faire des chefs d'établissement des acteurs dynamiques de la transformation du système éducatif et d'inciter ces derniers à partir à la reconquête du terrain pédagogique.

Il y a aussi la volonté de professionnalisation des métiers de l'enseignement et de la formation qui tourne à la fascination. Cette passion identitaire (enseignants, formateurs, chefs d'établissement, etc.) serait peut-être liée au déclin des mythes mobilisateurs collectifs. Cette question de la professionnalisation de l'enseignement et de la formation est d'abord resituée dans une perspective historique, aussi quant à la place centrale à accorder aux savoirs et ce que cela recèle de problèmes, également sous l'angle de l'organisation du travail (rôle et division du travail dans les organisations) et même sous celui de l'échec scolaire: la professionnalisation de l'enseignement étant considérée comme la réponse «qualitative» que les États font à l'échec scolaire et surtout aux revendications «quantitatives» des syndicats (réduire le nombre d'élèves par classe, augmenter les ressources, etc.). À ce mouvement de «scientification» des pratiques d'enseignement et de formation, à une conception instrumentale des savoirs, Perrenoud rétorque qu'on s'accroche trop à une image rationnelle de la pratique et qu'on se joue la comédie de la maîtrise en se cachant derrière les savoirs pour nier les autres dimensions (191) des métiers d'enseignants et de formateurs.

Le troisième axe de développement concerne la question de l'identité professionnelle et de ses liens avec la division et l'organisation du travail. Deux enjeux majeurs sont identifiés: 1) il concerne la distinction entre enseignants et formateurs. Souvent, les enseignants ont été de bons élèves et sont ceux qui maîtrisent un corpus de savoirs clairement définis et identifiés. Les formateurs, pour leur part, ont une connaissance intime des difficultés d'apprentissage et sont de ce fait dans un rapport de proximité avec leur public; 2) il renvoie au lien entre la profession et l'établissement ou l'organisation. Est-on d'abord professeur dans une discipline ou professeur de tel ou tel établissement scolaire? Comment articuler l'autonomie professionnelle de l'enseignant, du professeur-chercheur ou du formateur et la responsabilité institutionnelle, entre autres, en milieu universitaire?

Ce livre constitue une sorte d'«école à l'école d'elle-même» selon une perspective de sociologie du travail et des organisations scolaires principalement dans le contexte français et européen.