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Recensions

Bosterli, M., Bonneton, D., Capitanescu, A., Gathier Thurler, M., Maulini, O., Perrenoud, P., Savoie-Zajc, L. et Vellas, E. (2003). L’école entre Autorité et Zizanie. Ou 26 façons de renoncer au dernier mot. Lyon : Chronique Sociale

  • Jean-Marie Honorez

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  • Jean-Marie Honorez
    Université du Québec à Montréal

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Corps de l’article

Ce livre est un collectif qui peut se lire à divers niveaux de compréhension ; il est une production du LIFE, le Laboratoire-Innovation-Formation-Éducation de l’Université de Genève, et est dédié à Philippe Meirieu, réputé professeur-chercheur qui a développé en France une réflexion plutôt non traditionnelle et non conformiste de l’institution scolaire.

Le titre principal de la publication suggère, de prime abord, un essai sur les styles pédagogiques ; toutefois, ce n’est pas tout à fait le cas. En fait, ce livre tire son titre de sa première et principale partie, un abécédaire de 26 mots où le premier est effectivement « Autorité » et le dernier « Zizanie ». Chaque mot est réputé « être au coeur des questions éducatives ». Par la plume d’un des auteurs du collectif, chacun de ces 26 termes fait l’objet d’un développement sous forme « d’une rubrique qui identifie les enjeux et errements des controverses actuelles » lorsqu’il s’agit de savoir si l’institution scolaire a plus besoin d’« innovation » que de « restauration ». Chaque rubrique, souvent de deux à trois pages, est suivie de la référence de trois livres susceptibles d’étoffer le débat. Le sous-titre du livre, « Ou 26 façons de renoncer au dernier mot » (soit le mot « Zizanie »), précise que le collectif préfère contribuer à la discussion par le développement d’arguments susceptibles d’étayer sa position.

C’est que le LIFE détient une position quant à l’évolution de l’école : entre l’innovation et la restauration, il préfère la première. Mais l’innovation à l’école passe davantage ici par la pédagogie, soit la manière de transmettre la matière scolaire, plutôt que par la transmission de la matière elle-même. L’abécédaire offre donc aux tenants de la pédagogie l’occasion de développer des arguments susceptibles d’ébranler les positions des antipédagogues, souvent considérés didacticiens, disciplinaires, voire élitistes. La lecture de cet ouvrage n’est donc pas monotone, surtout si le hasard de la présentation alphabétique fait, par exemple, que la lettre « C » héberge la rubrique « Constructivisme », le réputé concept de l’heure des pédagogues qui favorisent le savoir-apprendre, alors que la suivante loge la rubrique « Didactique », qui, du moins en didactique générale et non spéciale, privilégie l’apprentissage pur et dur des savoirs.

Ainsi traité, l’abécédaire est un plaidoyer consistant et étoffé pour les tenants du courant prônant la formation de têtes bien faites plutôt que bien pleines. On notera incidemment que l’abécédaire est parsemé de petits dessins empruntés à la revue d’un syndicat d’enseignants. Le lecteur pourra apprécier ces caricatures du quotidien scolaire dont le trait et la finesse d’esprit n’ont rien à envier à Bretecher. Par ailleurs, d’aucuns s’étonneront du choix de certains des 26 termes de l’abécédaire. Si les termes « Constructivisme », « Didactique » ou « Redoublement » semblent relever évidemment des sciences de l’éducation, il n’est pas évident qu’il en soit de même pour « Galère », « Verbiage » ou « X-Files », du moins selon une lecture au premier degré et sans doute peu encline au clin d’oeil épistémologique.

Après la première partie dite des « 26 mots d’Autorité à Zizanie », suit la seconde dite des « Premiers lecteurs » où trois nouveaux auteurs commentent séparément leur lecture de l’abécédaire. Outre leur caractère pro-pédagogique, ces trois textes ont, d’une part, l’avantage de pouvoir traiter simultanément les 26 concepts de l’abécédaire et, d’autre part, de contextualiser dans le temps la question des éventuels changements à apporter à l’école. Cette reprise des concepts sur un mode synthétique et diachronique amène l’ouvrage à un autre niveau de réflexion où l’avenir de l’école et de l’élève est souvent entrevu sur un mode davantage interrogatif qu’assertif. C’est ainsi que les dernières pages arrivent entre autres à poser le problème suivant : comment (et pourquoi) être pédagogue avec ces élèves de plus en plus nombreux, qui sont présents de fait à l’école par inscription administrative, mais qui en sont en réalité absents parce qu’ils n’accrochent pas à ce qui subsiste de « logiques symboliques de l’école » ?

Aussi et malgré son parti pris manifeste pour la pédagogie et son avenir, il s’agit d’un ouvrage qui amène finalement ses lecteurs à réfléchir, voire à discu- ter des possibilités d’évolution de l’institution scolaire. Dans ce sens, les concep- teurs de l’ouvrage auront atteint leur objectif, soit permettre au lecteur de « développer sa propre argumentation et s’engager dans le débat en connaissance de cause ».