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Recensions

Citton, Y. (2007). Lire, interpréter, actualiser : pourquoi les études littéraires ? Paris, France : Éditions Amsterdam

  • Monique Lebrun

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  • Monique Lebrun
    Université du Québec à Montréal

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Il s’agit de l’édition revue et augmentée de l'ouvrage Plaidoyer pour les lectures actualisantes : essai d'ontologie herméneutique, publié en 1989 par Citton sous un pseudonyme. L’auteur est spécialiste de la théorie littéraire, mais s’est aussi livré à des travaux divers sur le jazz, ou encore, sur des auteurs comme Jean-Jacques Rousseau, Denis Diderot et surtout Jean Potocki, auquel il recourt d’ailleurs à titre illustratif dans Lire, interpréter, actualiser.

L’interrogation principale de l’ouvrage est la suivante : Pourquoi étudier aujourd’hui des textes littéraires rédigés il y a plusieurs siècles ? Pour quoi faire ? Citton répond à cette question en proposant un plaidoyer pour les lectures actualisantes, qui cherchent dans les textes d’hier de quoi faire réfléchir sur les problèmes d’aujourd’hui et de demain. Il présente son propos à la fois comme une intervention politique, comme un appel à la rénovation des études littéraires et comme un essai d’ontologie herméneutique. L’argumentation montre que les textes et interprétations littéraires peuvent devenir le centre des débats les plus brûlants de l’actualité. Citton convoque diverses théories de la lecture et en donne une synthèse magistrale, reprenant les textes fondateurs d’Iser, Eco et Fish, entre autres, qu’il réexamine à travers la philosophie, la politique, l’économie. La démonstration de cette thèse est articulée en 14 chapitres et scandée par 58 thèses succinctes, reprises en fin de volume. L’expérience littéraire, telle que l’envisage Citton, apparaît comme la mieux à même de nous apprendre à vivre ensemble, au sein d’une société multiculturelle nourrie de ses diversités.

L’actualisation de la lecture, thèse principale de l’ouvrage, est essentiellement centrée sur la réappropriation d’une oeuvre propre à un lecteur ou à une communauté de lecteurs, d’où l’importance, pour Citton, de l’interprétation. En bon pédagogue qui dit s’adresser à un large auditoire, bien que l’ouvrage présenté ici n’en soit pas un de vulgarisation, il guide son lecteur, lui fournit les définitions essentielles à son discours dans un lexique en annexe, avance les objections et les nuances possibles, propose des exemples.

Voyons de façon particulière le chapitre consacré à la scolarisation de la littérature. Selon lui, en mettant en oeuvre diverses théories de la lecture, de son interprétation et de son actualisation, l’école fait un travail d’acculturation qui répond à plusieurs de ses missions : former des individus, leur permettre de participer à la vie sociale ; en faire des êtres imaginatifs, ouverts, peu perméables aux fondamentalismes, des citoyens aptes à vivre en démocratie. L’expérience de la lecture littéraire à l’école doit passer par le plaisir, développer la capacité à élaborer du sens, favoriser le processus d’individuation symbolique et les interactions émancipatrices basées sur le postulat de l’égalité des intelligences, d’où l’intérêt des cercles de lecture. Très affirmé dans ses positions, bien que jamais dogmatique, Citton nous donne là une puissante leçon d’herméneutique en lien avec les enjeux sociaux actuels et nous démontre que les décisions sur l’enseignement littéraire sont trop importantes pour qu’on les laisse exclusivement aux conservateurs du canon littéraire et aux autorités ministérielles.