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Recensions

Bruner, J. (2008). Culture et modes de pensée. Paris, France : Éditions Retz

  • Sylvain Beaupré

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  • Sylvain Beaupré
    Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue

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Ce livre réunit une série d’essais rédigés entre 1980 et 1984, revus et corrigés par l’auteur, correspondant à 10 chapitres distribués en trois parties distinctes. Jerome Bruner, un Américain, constructiviste affiché, qui s’inscrit dans le courant de la psychologie culturelle, part de l’idée très générale que la culture est construite et que le récit sert à mettre de l’ordre dans cette construction. 

La première partie traite de l’art – de la poésie plus particulièrement – que l’on interroge au moyen de la science et des humanités. Bruner se demande alors comment un texte peut toucher le lecteur. Il se sert de la psychologie de la littérature pour comprendre. Deux modes de fonctionnement cognitifs existent, selon l’auteur. Le premier est paradigmatique et s’appuie sur la conceptualisation pour dégager des causes et tester des vérités empiriques. Le second est narratif et concerne aussi bien l’intention que l’action. Si le premier vise à atteindre un idéal de description et d’explication à l’aide de la conceptualisation, le second mode consiste à tenter de situer l’action dans le temps et l’espace et d’écrire de belles histoires, poignantes et crédibles. Lorsque nous racontons des histoires, ces deux modes de pensée finissent par coexister. Bruner cherche à savoir comment l’être humain construit ses mondes. Pour y arriver, l’auteur n’hésite pas à faire appel à la science et aux humanités ; ces deux formes d’illusion de réalité. Si la science vise à vérifier ce qui paraît juste, les humanités suggèrent des hypothèses vraisemblables.

Dans la seconde partie, Bruner s’intéresse au langage et à la réalité. Il y expose l’importance des transactions communicationnelles dans les rapports humains : les gens qui communiquent entre eux partagent des points en commun, dont principalement celui de vouloir entrer en contact les uns avec les autres. Notre sensibilité commune aux récits s’avère un point de convergence avec l’Autre. Avec Vygotski, Bruner étudie le rapport au monde à l’aide du langage plutôt qu’avec les sens. Le langage représente un moyen de mettre en ordre notre vision du monde et de poser des actions. Il est un reflet de notre histoire. L’être humain étant à la fois produit de la culture et de la nature, les composantes de son comportement (pensée, émotion, action) s’articulent en interdépendance dans un ensemble unifié. Pour saisir le comportement humain, lui donner du sens, on doit observer toutes ces composantes.

Dans la troisième partie du recueil, l’auteur aborde le rôle constitutif du langage dans la production de la réalité sociale. Il propose aux éducateurs un apprentissage par l’invention. Le langage de l’éducation devrait tendre, selon Bruner, vers la création d’une culture commune. Ce langage doit non seulement favoriser la découverte mais également la métacognition. Il faut lutter avec force contre la seule acquisition de savoir qui conduirait inévitablement à l’aliénation des élèves.

Tout au long des nombreux chapitres, l’auteur nous convie amicalement à exercer notre capacité à recréer la réalité, à réinventer la culture. Cette capacité repose en partie sur les auteurs qui nous inspirent. Pour sa part, Bruner s’inspire des travaux de Piaget, Todorov, Rorty et Barthes, entre autres. Il aurait certainement pu trouver quelques réponses à ses questionnements chez Lyotard, s’il l’avait lu.