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Recensions

Blais, M. et Rhéaume, J. (2009). Apprendre à vivre aux frontières des cultures sourdes et entendantes : histoires d’enfants entendants issus de parents sourds. Québec, Québec : Les Presses de l’Université Laval

  • Andrée Boisclair

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  • Andrée Boisclair
    Université Laval

Couverture de Se former professionnellement : une dynamique individuelle et collective, Volume 37, numéro 2, 2011, p. 231-448, Revue des sciences de l’éducation

Corps de l’article

Ce livre présente des récits de vie d’adultes entendants issus de parents sourds. Quel regard ces adultes jettent-ils sur leur cheminement identitaire ? Cette question est pertinente, car non seulement elle permet de s’approcher d’eux, mais elle présente aussi une analyse socioculturelle. En effet, les enfants de parents sourds sont à la jonction de deux cultures, l’une minoritaire, l’autre majoritaire ; les deux issues d’une même terre, si l’on peut dire.

De nombreux auteurs, issus de l’anthropologie ou de la linguistique culturelle (Gee 2010/1999, 2001 ; Rogers, 2004), distinguent la culture première, celle de la famille et qui correspond à un discours premier, de la culture élargie de l’école et de la société, qui amène un discours second. Ces deux cultures peuvent être plus ou moins distanciées. Ainsi, le langage et la représentation du monde ne sont pas neutres : ils expriment une perspective donnée (Tomasello, 2008). Le rapport à la société est marqué d’une interprétation subjective empreinte d’une culture première développée dans le creuset familial, là où se construit un premier rapport au monde.

Après s’être intéressés au concept de culture et à différents types de rapports perçus entre la communauté sourde et la communauté entendante, ou même l’institution entendante, les auteurs présentent 10 récits de vie décrivant des parcours identitaires.

Les personnes rencontrées ont toutes plus de 30 ans. Lorsque l’on sait jusqu’à quel point la quête identitaire chez l’humain est un long processus, le choix de cet âge convient très bien ; il s’impose même.

Par ailleurs, toutes les personnes rencontrées ont deux parents sourds de langue LSQ, fortement intégrés à la communauté des sourds. Toutes ont la langue des sourds du Québec comme langue première, celle dont ils sont fiers et qu’ils sont prêts à défendre en tout temps. Une fois adultes, toutes sont devenues interprètes pour sourds de langue LSQ. Ainsi, non seulement y a-t-il une certaine unité dans le groupe de personnes interrogées, mais le choix de carrière (l’interprétariat pour personnes sourdes) décrit déjà une réponse du coeur, un choix identitaire. Ayant été interprètes dès leur bas âge, à cause de leurs capacités d’audition et de la surdité de leurs parents, ils le sont finalement devenus par métier, par choix.

Ces parcours de vie sont décrits sous différents aspects, tous en lien avec l’identité : vie familiale, relations avec la communauté sourde, fratrie, scolarisation, vie affective, l’interprétariat comme choix de carrière, relations avec le monde entendant. Visiblement, les auteurs cherchent à présenter une perspective, celle de leurs interlocuteurs. C’est ce qui donne au livre son importance. Enfin, voilà une belle démonstration d’humanité.