Recensions

Kerlan, A. et Simard, D. (2011). Paul Ricoeur et la question éducative. Québec, Québec : Les Presses de l’Université Laval

  • Pierre-Yves Barbier

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  • Pierre-Yves Barbier
    Université de Moncton

Couverture de Les facteurs prédisposant à la réussite éducative dès la petite enfance, Volume 38, numéro 3, 2012, p. 469-675, Revue des sciences de l’éducation

Corps de l’article

Cet ouvrage est le fruit des contributions offertes lors de la Biennale de l’éducation et de la formation, édition 2006, organisée par l’Association pour la promotion des recherches et des innovations en éducation et en formation (APRIEF). La table ronde de clôture était consacrée à Paul Ricoeur.

Paul Ricoeur n’ayant pas rédigé d’écrits spécifiques sur l’éducation, à l’exception de quelques articles, le défi pour les auteurs aura été de mettre en évidence la singularité de la présence de ses oeuvres dans la pensée éducative contemporaine. Le livre est structuré en cinq parties : ouverture, politique et culture, culture, éthique et formation.

Le texte d’ouverture de Francine Best aborde les dimensions politique et culturelle de la tâche éducative. Alain Kerlan poursuit sur cette lancée et, à la faveur de son séjour au coeur de la culture mélanésienne de Nouvelle-Calédonie, il montre en quoi la pensée de Ricoeur permet de conjuguer les tensions entre tradition et modernité, entre enracinement et arrachement. C’est Jonathan Roberge qui clôt cette seconde partie en explorant de façon plus systématique la pensée politique de Paul Ricoeur, notamment à travers les notions de justice, de fragilité et de la double nature du politique.

Le texte de Michel Fabre enchaîne, dans la section culture, avec une interrogation sur la rhétorique, l’herméneutique et la poétique. Il propose de réintroduire la conscience historique dans la tâche éducative afin de contribuer à la formation de soi dans un monde problématique. Denis Simard et Héloise Côté abordent, pour leur part, l’herméneutique ricoeurienne et insistent pour montrer en quoi le paradigme de la compréhension peut servir d’appui pour éviter les écueils de l’objectivisme et du subjectivisme et permettre à l’identité narrative de se déployer.

Christiane Gohier introduit la notion du cercle éthique, constitué par l’attestation de soi, la sollicitude pour autrui et la reconnaissance mutuelle. Trouvant son expression dans des pratiques de formation, un tel cercle pourrait certainement permettre d’approfondir la dimension relationnelle de l’éducation. Ce thème de l’éthique est ensuite repris par Cyndie Sautereau à travers son questionnement sur la façon dont on advient à soi-même par l’intermédiaire de l’autre.

Finalement, Jérome Éneau décrit comment il aborde la formation des adultes à partir de trois oeuvres choisies de Paul Ricoeur : Temps et récit, Soi-même comme un autre et Parcours de la reconnaissance. Anne Jorro témoigne, quant à elle, de l’apport de la pensée de Ricoeur à la réflexion sur le développement professionnel des acteurs eux-mêmes, notamment au chapitre de l’agir professionnel, des pratiques évaluatives et de la dialectique identitaire entre le soi qui demeure et le soi qui change.

La lecture de cet ouvrage est stimulante, d’une part, parce qu’elle offre un point d’entrée à la pensée de Paul Ricoeur et, d’autre part, parce que ses contributions enrichissent la réflexion sur des thématiques éducatives incontournables tout en suggérant des orientations. C’est moins l’éducation en tant que problème qui est sollicitée qu’une invitation à la considérer à l’aide d’une pensée encore éprise d’humanisme. On en reste avec une interrogation sur les finalités de l’éducation et des suggestions davantage sensibles au quoi qu’au comment.