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Recensions

Lebar, P. (2015). Conter. Pour une parole percutante. Paris, France : L’Harmattan

  • Sylvi Belleau

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  • Sylvi Belleau
    Université Laval

Couverture de Volume 43, numéro 1, 2017, p. 1-271, Revue des sciences de l’éducation

Corps de l’article

Ce livre offre une présentation instructive de la parole du conteur et explique en termes simples, jamais simplistes, différents aspects de la pratique du conte. Dans la première partie, l’auteur situe le conte dans la modernité et présente son intérêt par rapport aux autres arts de la parole. Pour lui, le conte est conçu pour être répété, dans un cadre intimiste, sans explications et commentaires dans le but de partager une connaissance qui est le fruit de l’expérimentation. C’est un outil de découverte des racines du comportement humain qui permet un partage entre générations. Dans la deuxième partie, Lebar décrit l’atelier, ce lieu d’expérimentation et de développement où l’apprenti-conteur apprend à transmuter les images du texte écrit vers ses propres images sans pour autant trahir l’esprit du conte. Il explique le processus de transmission et distingue le travail du conteur, de celui du raconteur et du conteur de tradition. Dans la troisième partie, l’auteur explique le travail d’imprégnation, l’appropriation du récit, comment utiliser la mémoire sensorielle et développer la partition qui mène à l’improvisation du conte. Pour lui, le conteur doit bien connaître son instrument, son corps, et se prémunir contre tout manque de technique qui le rendrait vulnérable, ou tout excès qui rendrait sa parole mécanique. Dans la dernière partie, Lebar fait l’éloge de la liberté de dire qu’amène la maîtrise de la respiration, du souffle et de la voix. À l’aide de quelques exemples succincts, il guide le formateur qui aidera l’apprenti vers une parole souple et vivante en développant cette qualité de présence qui caractérise le conteur.

Ce livre rappelle l’importance du corps, de la voix et du souffle dans la prise de parole. Bien écrit, il aborde la formation, les différents types de contées, la mise en bouche, la mémoire, le corps et la voix. Il souligne le rôle de la transmission. Si les références à Stanislavski et à la technesthésie sont pertinentes, il manque de détails sur la pratique du métier de conteur. Même si Lebar nous met en garde à propos des limites de son livre, le manque de références scientifiques et pédagogiques pertinentes laisse peu de pistes pour approfondir une réflexion. L’auteur présente très sommairement les mentors qui l’ont guidé dans son développement personnel et dans sa pratique de conteur : Simon, enseignant de jeu d’acteur; Blitz, professeur de yoga et Lacroix-Neuberth, fondatrice de l’école de technesthésie en France. En début d’ouvrage, l’auteur remercie le conteur et formateur Hindenoch, et présente un exercice du conteur tunisien Khémir. Toutefois, ces deux conteurs ne figurent pas dans la liste de ses mentors.

Pour finir, signalons que le développement du répertoire n’est nullement abordé dans cet ouvrage. Comme il existe peu de livres qui traitent de la formation du conteur, cet ouvrage sera d’un grand intérêt pour ceux qui ont déjà une certaine pratique du conte, mais la lecture gagne à être complétée par d’autres ouvrages sur l’art du conte et par la fréquentation de la pratique contée. Quant au néophyte, le livre manque de références et d’exemples concrets pour faire en sorte que la contée lui devienne un acte de parole percutante.