Comptes rendus

Jean Guilaine et Jacques Sémelin (dir.) (2016). Violences de guerre, violences de masse : Une approche archéologique. Paris : La Découverte, Inrap. 342 pages

  • Jean-François Thibault

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  • Jean-François Thibault
    Université de Moncton

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Couverture de Regards interdisciplinaires sur l’histoire, Volume 48, numéro 2, 2017, p. 1-177, Revue de l’Université de Moncton

L’archéologie a longtemps été le parent pauvre de l’étude des violences de guerre et des violences de masse. Si elle n’a certainement pas négligé l’étude des armes et autres pièces d’équipement ainsi qu’en témoigne la place importante que ces objets occupent dans cette discipline, le fait demeure que les chercheurs se sont rarement engagés sur le terrain de l’analyse de ces phénomènes dont l’existence de tels objets suggère qu’ils n’ont pas uniquement été des accrochages occasionnels motivés par le seul souci de protection. Or, comme le rappelle Jean Guilaine dans l’avant-propos, « l’arme n’est pas forcément la guerre » (p. 12) et documenter la présence de ces objets et spéculer sur leurs usages ne conduit pas nécessairement à analyser « la mise en situation » (p. 12) de ces objets, c’est-à-dire la violence armée appréciée comme phénomène humain et comme fait social. Le pari qui est fait dans cet ouvrage est que l’archéologie, comprise ici comme une « science de la mémoire matérielle des hommes » (p. 335), est susceptible d’éclairer par l’analyse des traces, des signes et des marques – qu’elle permet –, sur les corps, les lieux, les espaces, les territoires ou l’environnement, les phénomènes de violence – celle de la guerre, des conflits ou autres formes de massacre organisé ou d’affrontement armé – que les hommes semblent avoir connus depuis le Paléolithique. Issu d’un colloque international organisé conjointement par l’Institut national de recherches archéologiques préventives et le Musée du Louvre-Lens en octobre 2014, l’ouvrage propose ainsi une plongée au coeur de ces sites de violence – anciens, modernes et contemporains – qui s’offrent, tant pour les chercheurs que pour ceux qu’animent plutôt un désir de mémoire d’ailleurs, comme une ressource dont la principale vertu serait de permettre un diagnostic (p. 13). Ce tournant de l’archéologie date de quelques décennies maintenant et il a depuis fait de cette discipline un dispositif important non seulement pour apprécier les violences de guerre et de masse pour lesquelles aucune source écrite n’existe parfois – d’où l’important regain d’intérêt suscité depuis quelques décennies par la protohistoire des activités belliqueuses et létales du Mésolithique à l’Antiquité et par la thématique des origines de la guerre –, mais également pour analyser, dans une perspective plus nettement médico-légale cette fois, les violences modernes et contemporaines que cette discipline scientifique aide désormais à mieux comprendre en apportant « sa part de vérité » (p. 14). Ainsi, après l’ère du document dont on estime qu’elle a été initiée par le Tribunal de Nuremberg et l’ère du témoin que le procès d’Adolf Eichmann a en quelque sorte consacré, s’est ouverte dans la foulée des percées scientifiques suscitées par les travaux sur le crâne du « médecin » d’Auschwitz Josef Mengele notamment, l’ère médico-légale (forensic) à laquelle l’archéologie entend contribuer de manière tout à fait significative. Pour ce faire, la discipline adopte par principe la perspective des victimes puisque leurs corps et les sites qu’ils occupent restent par définition les seuls disponibles. Ce sont ces corps et ces sites (lieux, espaces, territoires ou environnements), qui portent souvent les traces, les signes et les marques de ces violences. Ce faisant, l’archéologie participe désormais elle aussi à la reconstitution des événements en intégrant les résultats des analyses qu’elle rend possible et en contribuant à nuancer l’histoire officielle, fréquemment celle des vainqueurs dont, contrairement à ceux des victimes, les corps sont généralement eux-mêmes absents. La plongée proposée dans cet ouvrage est à la fois chronologique et thématique, et elle se fait en quatre étapes, chacune étant introduite par un chapitre distinct : l’apparition de la guerre au Paléolithique, les …