Comptes rendus

Isabelle Kirouac Massicotte (2018). Des mines littéraires. L’imaginaire minier dans les littératures de l’Abitibi et du Nord de l’Ontario. Sudbury (Ontario) : Éditions Prise de parole. [coll. Agora]. 274 pages

  • Sushma Dusowoth

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  • Sushma Dusowoth
    Université de Waterloo

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Couverture de Forum francophone sur l’apprentissage, Volume 49, numéro 1, 2018, p. 1-196, Revue de l’Université de Moncton

Isabelle Kirouac Massicotte porte un regard critique sur l’influence du chronotope minier dans « l’écriture des oeuvres abitibiennes et franco-ontariennes » (p. 13) par le biais de son ouvrage intitulé Des mines littéraires : L’imaginaire minier dans les littératures de l’Abitibi et du Nord de l’Ontario, publié aux éditions Prise de Parole en 2018. Selon l’autrice, l’Abitibi et le Nord de l’Ontario ont en commun une histoire fortement marquée par « l’exploration et l’exploitation » (p. 13) des mines. L’écriture de ce livre témoigne de l’engagement de l’écrivaine à déterminer le rôle que joue l’espace minier dans ces littératures en comparant deux corpus littéraires issus de ces régions, afin d’en faire ressortir les points communs et les différences. Ainsi, les analyses qui sont proposées s’articulent autour des oeuvres saillantes de Daniel Saint-Germain, de Jeanne-Mance Delisle, de Jocelyne Saucier, de Jean Marc Dalpé et d’autres. L’ouvrage, qui est divisé en trois parties, plonge d’entrée de jeu le lecteur dans les arcanes de la « mine industrielle » (p. 19) et de la « mine mythique » (p. 20), deux typologies minières basées sur la littérature européenne. Ensuite, il aborde l’esthétique du Nord et le concept de la frontier avant de finalement proposer une analyse de différents personnages fictionnels dont la vie et la survie dépendent de la mine. Le premier chapitre, qui met en exergue les chronotopes miniers européens, précipite d’emblée le lecteur à l’intérieur de la mine industrielle afin de faire la lumière sur « l’exploitation du mineur et la monstruosité des mines » (p. 19). La mine industrielle est décrite comme un endroit où le danger et la mort rôdent en permanence. En opposition à cette image funeste, la mine mythique, qui est associée aux mythes et légendes, se donne à lire comme un retour aux origines, « davantage marquée par la quête du sens du monde et le pouvoir onirique » (p. 20). Un premier constat analytique montre que même si ces deux images sont prégnantes dans les oeuvres étudiées, celle de la mine industrielle prédomine dans la littérature franco-ontarienne. En effet, la mine industrielle, qui demeure la cause principale d’innombrables souffrances, affecte non seulement les hommes, mais aussi le paysage. Les effets destructeurs de la mine sur l’écologie se révèlent à travers la désertification des lieux où les bâtiments remplacent la végétation. De ce fait, le chronotope minier sert à exposer l’insalubrité de différents endroits qui tombent en ruines en raison de l’exploitation extractive. Dès lors, il n’est guère difficile de comprendre que la mine « mortifère » (p. 41) se contente non seulement de prendre des vies dans la fosse, mais affecte également le paysage en le condamnant à la désolation. Dans le deuxième chapitre, Kirouac Massicotte aborde l’univers minier tel qu’il est représenté en « Amérique du Nord et au Canada » (p. 95) par le biais des « chronotopes de la frontier et du Nord » (p. 95). En effet, même si la frontier et le Nord sont étroitement liés à la création, ils comportent néanmoins des points de convergences et de divergences qui se dévoilent à travers l’étude de divers axes, tels la colonisation, l’hivernité ou la nordicité. La colonisation de l’Abitibi et du Nord de l’Ontario se fonde essentiellement sur le désir de l’appropriation des ressources naturelles, qui est favorisée par un climat nordique avantageux à l’exploitation minière. Par conséquent, le froid, lié au chronotope nordique, acquiert toute son importance dans cet espace où la couleur grise « du minerai » (p. 103) ainsi que les cheminées ...