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Comptes rendus

Corina Crainic (2019). Martinique, Guadeloupe, Amériques. Des marrons, du gouffre et de la Relation. Québec : Presses de l’Université Laval. 164 pages. [coll. Américana]

  • Julien Desrochers

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  • Julien Desrochers
    Université de Moncton

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Couverture de La francophonie. Pratiques, réflexions et imaginaires, Volume 49, numéro 2, 2018, p. 1-111, Revue de l’Université de Moncton

Parue dans la collection « Américana » des Presses de l’Université Laval, la monographie de Corina Crainic loge décidemment à la bonne enseigne. La visée de l’ouvrage le confirme : il s’agit ici, d’écrire l’autrice, de proposer une analyse permettant « de prendre la mesure de la part américaine des littératures martiniquaise et guadeloupéenne » (p. 11). Crainic donne forme à ce projet a priori colossal en circonscrivant ses recherches autour des représentations fictionnelles de la figure du marron, cet esclave ayant fui le domaine de son maître pour se réfugier en forêt. En se penchant sur les multiples réseaux de sens qui se tissent à partir de ce personnage et de ses descendants, elle met en lumière son immense potentiel heuristique pour révéler les stratégies d’inscription et d’émancipation de l’« homme nouveau des Amériques » (Édouard Glissant) dans un contexte d’histoire esclavagiste et post-esclavagiste. La réflexion de Crainic repose, à la base, sur une mise à distance de la poétique de la Négritude d’Aimé Césaire, laquelle invite à saisir le sujet antillais à l’aune de son attachement à une Afrique mythique ou à des structures sociales, politiques et économiques européennes. Les trois oeuvres retenues (Ti Jean L’horizon de Simone Schwarz-Bart, Le quatrième siècle d’Édouard Glissant et L’esclave vieil homme et le molosse de Patrick Chamoiseau) sont plutôt appréhendées dans une perspective de revendication du territoire américain et de l’imaginaire qui s’y rattache. Inspirée des travaux de Pierre Nepveu, Gérard Bouchard et Jean Morency du côté québécois et de ceux d’Édouard Glissant du côté antillais, Crainic interroge le drame colonial par le prisme des principaux thèmes associés, d’une part, à la notion d’américanité (le déplacement, l’initiation, la quête identitaire, la vaste nature, etc.) et, de l’autre, à celle de la créolité (le Divers, le Tout-monde, la Relation). Il résulte de cet heureux croisement une réflexion fort bien menée, capable d’interpeller aussi bien les chercheur.e.s en littérature antillaise que les personnes intéressées, de façon plus générale, au dialogue des Amériques. Le point de rencontre des trois romans à l’étude, disais-je, est le marron. Figure tutélaire dotée d’une parole et d’un agir capables, non pas d’effacer, mais de resémantiser un passé de souffrance, le marron est un être épris de liberté qui, pour citer la préface de François Paré, « appartient naturellement à l’univers fantasmé » du continent américain. Mais ce personnage n’est pas unidimensionnel, tant s’en faut. Pétri de paradoxes et d’ambiguïtés, le marron n’instaure pas d’emblée un ordre nouveau. Il marque plutôt le passage à une conscience géographique et identitaire qui se développe au gré des luttes intérieures et des nouvelles rencontres (l’Autochtone, par exemple). Au moyen d’une structure à la fois simple et engageante, Crainic scrute le récit d’émancipation présent dans chaque oeuvre, mais relève surtout la présence, d’un titre à l’autre, d’une évolution dans ces représentations romanesques du marronage. Alors que certains personnages marrons du roman de Schwartz-Bart, tel que le père de Ti Jean, peinent à inscrire leur destinée dans une logique de renouvellement identitaire, le personnage vieil homme de Chamoiseau opère un dépassement de la question des origines et est en mesure d’envisager son existence sans avoir à concevoir l’Afrique en tant qu’indispensable espace du retour. Parallèlement, alors que le roman de Schwartz-Bart est marqué par une logique antithétique très marquée sur le plan géographique et sur celui des relations humaines, on assiste, chez Chamoiseau, à une véritable perte de repères : il y a brouillage généalogique – le protagoniste ne sait plus exactement où il est né –, mais aussi une complexité dans les relations maître-esclaves, lesquels sont totalement dépourvues de leur habituelle binarité …