Revues critiques

LA MORT DE JÉSUS COMME SACRIFICE DANS L’ÉPÎTRE AUX HÉBREUX[Notice]

  • Jean-Paul Michaud

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  • Jean-Paul Michaud
    Université Saint-Paul, Ottawa

Parmi les textes du Nouveau Testament, celui qu’on appelle communément l’épître aux Hébreux est reconnu pour être le plus élégant, le plus raffiné, mais aussi le plus énigmatique de tous. Il est à la fois le plus hébraïque, tissé de citations de l’Ancien Testament et de références au rituel sacerdotal et sacrificiel lévitique, mais en même temps le plus grec, par sa langue, son vocabulaire exceptionnel et sa maîtrise parfaite de la rhétorique hellénistique. Ce texte difficile suscite toujours de nouvelles lectures. Comme celle que propose Martin Pochon, jésuite, dans un ouvrage considérable, L’épître aux Hébreux au regard des Évangiles, où il oppose radicalement les évangiles à ce qu’il conçoit comme la théologie de l’épître aux Hébreux. Les évangiles y sont présentés de manière excellente et Martin Pochon, sans se lasser, en reprend les grands thèmes qui nous révèlent l’image d’un Dieu qui est essentiellement Père, et celle de son Fils qui, pour nous, manifeste cet amour du Père jusqu’à l’extrême (Jn 13,1). Parmi ces thèmes, l’insistance est mise, entre autres, sur l’amour des ennemis et tout spécialement sur le repas de la Cène où Jésus, offrant le pain et le vin, s’offre à nous jusqu’à la mort. S’offre à nous et non pas à Dieu. Et puisque, selon les évangiles (Jean tout particulièrement), Jésus est l’image fidèle du Père, à la Cène c’est finalement le Père qui se donne à nous en son Fils. C’est ce qu’il faut souligner : la mort de Jésus est une offrande de Dieu à l’humanité et non une offrande de Jésus à Dieu. On ne peut qu’être d’accord avec cette lecture des évangiles et admirer la conviction profonde qui anime la présentation qu’en fait Martin Pochon (MP, désormais). À l’opposé, selon MP, la Lettre aux Hébreux présenterait un Jésus réduit à l’obéissance (p. 417) et qui ne peut qu’accepter péniblement la mort que le Père lui inflige. Un Père qui n’a aucune pitié et qui, aux cris et larmes de son Fils (He 5,7), ne répond qu’en exigeant son obéissance, sa soumission, son sacrifice. Dans cette perspective, la mort du Fils est offerte à Dieu, à ce Père terrible qu’il faut apaiser. MP est convaincu que l’auteur d’Hébreux interprète la mort de Jésus tout à fait selon le rituel des sacrifices de la loi lévitique, où les sacrifices sont offerts à Dieu pour le rendre favorable. C’est un refrain qui parcourt tout l’ouvrage. J’en cite quelques passages : « selon la dynamique formelle du Lévitique » (en italiques, p. 100) ; l’auteur d’ Hébreux « prend comme cadre de sa réflexion le processus des sacrifices pour le péché » (275, 278) ; adopte « le mode opératoire du Lévitique » (277) ; « offrande sacrificielle à la divinité » (289) ; « sacrifice expiatoire selon la symbolique du sacrifice pour le péché défini dans le Lévitique » (313) ; « selon la logique des sacrifices pour le péché tels qu’ils sont prescrits par le Lévitique » (424) ; « transposition directe de la mort du Christ sur les sacrifices pour le péché… » (602) ; « offrande sacrificielle à Dieu selon le symbolisme des sacrifices pour le péché du Lévitique » (627). MP affirme que le « point capital de l’exposé » (kephalaion), selon He 8,1, est la transposition sur la mort de Jésus des rites lévitiques (479, 504). Alors que c’est justement le contraire. En 8,1-10,18, le point capital, c’est l’affirmation de l’incapacité de la Loi et de l’inefficacité de tout le système sacerdotal et sacrificiel lévitique (10,1), la suppression de ces « rites humains » (9,10), la suppression …

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