Éthique, politique et rôle des chercheur·es en sciences sociales

Entretien avec Marie-Ève Maillé

  • Emmanuelle Bernheim

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  • Réalisé par
    Emmanuelle Bernheim

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Couverture de L’éthique et le politique, Volume 52, numéro 1, printemps 2020, p. 5-294, Sociologie et sociétés

Je témoignais à la demande des citoyens mais je ne témoignais pas nécessairement pour les citoyens. Je tiens à faire la nuance, mon objectif était d’aller présenter les différents résultats et les conclusions que j’en avais tirés. Oui, ces conclusions étaient favorables à la thèse que soutenaient les citoyens, c’est-à-dire qu’elles montraient qu’il y avait une détérioration du climat social dans leur communauté en raison de l’arrivée du projet éolien. C’est pour ça que c’était pertinent que je témoigne comme experte dans le contexte. Aussitôt arrivée dans le dossier comme experte — en fait ça n’a même pas pris un mois —, les avocats de la partie adverse ont demandé d’avoir accès à toute une série d’informations pour pouvoir contre-expertiser ma thèse. Et dans leurs demandes, il y avait une demande pour avoir accès aux données brutes de ma thèse, à tous mes enregistrements audio, aux formulaires et aux questionnaires sociométriques que j’avais remplis avec les participants à ma recherche. Ils me demandaient également d’avoir les noms de mes participants ainsi que leur adresse et me demandaient d’avoir accès au journal de bord que j’avais tenu pendant ma recherche. Mais dans tous ces documents, il y avait des données qui étaient confidentielles et qui devaient, à mes yeux, le rester. Alors à ce moment-là j’ai tenté auprès de mon institution universitaire, auprès de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), de savoir ce que je devais faire dans les circonstances. On m’a dit que ce n’était pas certain que mes données étaient protégées, que ça devait être défendu au cas par cas, mais que c’était préférable que je me trouve un avocat. À ce moment-là, j’étais sans emploi, je revenais d’un séjour à l’étranger pour des études postdoctorales et je n’avais pas les moyens de me payer un avocat, ce qui n’est pas du tout étonnant parce qu’il y a très peu de gens qui ont les moyens de se payer un avocat. J’ai tenté, par l’intermédiaire de l’avocat du recours collectif, l’avocat des citoyens, de faire valoir que ces données étaient confidentielles. Il a présenté devant le juge des arguments au sujet de la confidentialité de mes données de recherche. Des arguments qui étaient assez peu étoffés parce que je pense que lui-même ne comprenait pas pourquoi je tenais à ce que ces données-là restent confidentielles. Donc, il est arrivé assez rapidement ce qui devait arriver, le juge a émis une ordonnance en janvier 2016 pour que je communique à Éoliennes de l’Érable l’entièreté de mes données, y compris mes journaux de bord et les noms de mes participants. À ce moment-là, après discussion avec l’avocat des citoyens et avec les représentants des citoyens eux-mêmes, j’ai décidé de retirer ma thèse de la preuve et mon témoignage comme experte en pensant que c’était la seule façon de protéger la confidentialité de mes données parce que, encore une fois, j’avais tenté d’obtenir de l’aide de l’université et elle avait refusé de m’aider. Le retrait de mon témoignage m’apparaissait déjà comme une défaite, en fait j’avais l’impression de me désister de mes devoirs de chercheuse dans la cité. Et je pensais que c’était la fin de l’histoire. Malheureusement, quelques semaines plus tard, j’ai reçu chez moi une mise en demeure m’intimant de communiquer mes données de recherche dans les cinq jours sinon je devais en subir les conséquences. Et j’ai donc cherché encore une fois auprès de l’UQAM à avoir accès à de l’aide. Ils ont refusé une autre fois de m’aider et je me suis retournée vers l’organisme Justice Pro Bono et fort heureusement, l’organisme a accepté mon dossier et deux …

Parties annexes