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Les troupes coloniales françaises et l’occupation de la Rhénanie (1918 - 1930) [Notice]

  • Christelle Gomis
Au mois de décembre 1918, sur une décision de Georges Clémenceau, alors président du Conseil, les premières troupes françaises arrivent sur la rive gauche du Rhin, dans le cadre d’une occupation par les Alliés prévue sur une durée de dix ans. Sur les 95 000 soldats français présents deux ans plus tard, 20 000 appartiennent aux régiments coloniaux et sont originaires pour la majorité d’Afrique du Nord. Leur présence donne lieu à une campagne de propagande internationale, savamment orchestrée : Die Schwarze Schmach (Schande), en français « La Honte Noire », caractérisée par la violence de sa haine raciale. Sa phase active a lieu entre 1920 et 1923. Elle fabrique une image bien spécifique des tirailleurs en les dépeignant comme des « monstres indicibles », des « hommes-singes du continent noir », des « animaux humains » ou encore des « hyènes noires ». Comme leur participation sur les champs de bataille européens pendant le premier conflit mondial, la situation des soldats colonisés après la guerre continue d’être exceptionnelle, au sens où elle sort du cadre jusqu’ici habituel de l’espace-temps colonial. En Allemagne, pour la première fois, ces sujets coloniaux se retrouvent bel et bien dans la position de vainqueurs, dans un territoire européen qui n’est pas la métropole, ce qui fait de l’occupation de la Rhénanie un épisode historique inédit. Que deviennent les frontières entre colonisés et colonisateurs durant l’occupation de la Rhénanie ? Il s’agit de déterminer les répercussions qu’ont eues la Première Guerre Mondiale et sa conséquence directe l’occupation de la Rhénanie sur l’évolution de l’Etat colonial français et de ses sujets colonisés français mais aussi sur celle des concepts de race, de genre dans le cadre français. Depuis quelques années maintenant, l’intérêt pour les troupes noires et leur participation sur les champs de bataille européens va croissant. Il est devenu en effet évident que le recrutement, leur séjour en outre-mer et l’expérience de la guerre ont introduit de profondes ruptures dans les mentalités et la société des colonies. La question est alors d’évaluer leur importance dans les différents processus d’indépendance. C’est seulement aujourd’hui que les historiens s’intéressent, entre autre, aux effets de la présence des troupes coloniales sur la conscience européenne. D’ailleurs, comment désigner ces hommes colonisés venus défendre la patrie française sur le sol européen ? La difficulté de trouver l’expression adéquate prouve clairement à quel point cette situation est extra-ordinaire. Le terme de « troupes coloniales » désigne les soldats de l’armée coloniale, c’est-à-dire les citoyens blancs français comme les sujets coloniaux. Des indigènes ? Là également, la formule serait inexacte : à la minute où les sujets de l’empire posaient le pied sur le sol français, ils n’étaient plus des indigènes. C’est pour ces raisons que j’utiliserai plus volontiers les dénominations suivantes : « soldats colonisés » ou « sujets colonisés » qui ont le mérite d’exprimer très clairement la dimension problématique de leur situation, totalement inédite. Comment comprendre l’occupation de la Rhénanie par les soldats colonisés français ? La problématique générale de la gestion de bandes armées dans le cadre d’une occupation militaire ne suffira pas à épuiser le sujet. La question des conditions pratiques de la vie des soldats colonisés en Rhénanie est bien sûr primordiale. La présence de ces soldats colonisés a été une source d’inquiétudes, tant pour l’occupé que pour l’occupant. Les deux parties, française et allemande, ont toutes deux eu à cœur de surveiller et de contrôler le quotidien des troupes de colonisés en particulier. La notion de race est à considérer comme une des clés essentielles ...

Parties annexes