Comptes rendus

Eric Fillion, Jazz libre et la révolution québécoise : Musique-action, 1967-1975, Saint-Joseph-du-Lac, Éditeur M, 2019, 197 p. ISBN 978-2-9249-2406-8

  • Alexandre Villemaire

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  • Alexandre Villemaire
    Chercheur associé, Chaire de recherche du Canada en musique et politique

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Couverture de Musique et oppression : contextes européens. Autour de Mozart en Autriche annexée, Volume 21, numéro 1, printemps 2020, p. 7-126, Les Cahiers de la Société québécoise de recherche en musique

« En quoi le free jazz est-il révolutionnaire ? » (p. 14) et comment cette prémisse s’inscrit-elle dans le contexte québécois ? Telles sont les réflexions qui traversent l’ouvrage d’Eric Fillion, historien, musicien et cofondateur du Centre Tenzier, organisme à but non lucratif voué à la sauvegarde et à la mise en valeur des archives sonores des avant-gardes québécoises. Ce premier livre couvre de manière chronologique le parcours de Jazz libre, l’un des premiers groupes musicaux canadiens-français, blancs, séparatistes à tendance socialiste plus ou moins radicale, à se revendiquer de cette esthétique au Québec (p. 19). L’ouvrage expose divers évènements et expériences qui ont jalonné l’identité artistique du collectif dans sa recherche pour l’élaboration d’une véritable « praxis révolutionnaire » (p. 17). Celle-ci s’articule dans un Québec en pleine ébullition, imprégné des idéaux de la Révolution tranquille qui succède à quinze ans de régime duplessiste. L’ouvrage s’inscrit dans la vaste littérature relative à l’histoire du jazz, à son rapport avec les mouvements sociaux et politiques américains. De manière plus spécifique, il s’inscrit dans la littérature consacrée au jazz, aux avant-gardes et à la contre-culture au Québec, parmi les travaux de Carvalho, Larose et Rondeau, de même que Mills. Avec une étude savamment documentée par de nombreuses sources premières, notamment des enregistrements de performances récoltés par le Centre Tenzier et des entretiens avec les protagonistes, Fillion met en lumière l’évolution et l’idéologie d’un groupe peu connu du grand public, mais central dans l’histoire culturelle du Québec des années 1960. Dans son histoire, le jazz a très souvent été compris en lien étroit avec le contexte social et politique qui l’a vu naître. Selon le musicologue Frank Tirro, le free jazz des années 1960 s’articule au sein d’un genre perçu comme « démocratique, dans le meilleur sens du terme, » puisqu’il symbolise « l’accomplissement collectif d’un peuple ». L’improvisation inhérente au jazz, sa pratique collective et sa portée sociale sont à l’époque considérées comme les représentations fidèles des revendications politiques de la population afro-américaine. Dans les mots de l’écrivain et activiste LeRoi Jones (Amiri Baraka) (1934-2014), cette musique témoigne d’une « radicalisation des rapports qu’entretient la diaspora d’origine africaine avec l’Amérique blanche » alors que le musicien Archie Shepp (1937-) y voit le « prolongement de ce mouvement nationaliste noir-Black Muslims-droits civiques qui se développe en Amérique » (p. 15). À la même époque, cette thèse trouve écho auprès d’intellectuels comme Patrick Straram (1934-1988), dont les propos dans la revue Parti pris sont présents en filigrane de l’ouvrage. Ces articles servent de fil conducteur à Fillion pour mettre en relation la vision libératrice du jazz avec le projet d’indépendance du Québec. Cette démarche reflète l’objectif de l’auteur de « repenser l’histoire de la gauche indépendantiste sous l’angle de sa production culturelle ; plus précisément, celle rattachée à la musique-action de Jazz libre entre 1967 et 1975 » (p. 21). Jazz libre, comme le rapporte le premier chapitre de l’ouvrage, rassemble quatre musiciens aux parcours et identités diverses. Jean « Doc » Préfontaine, ancien médecin, Guy Thouin, opticien reconverti dans les Beaux-Arts, Maurice Richard, contrebassiste novice et Yves Charbonneau, ouvrier trompettiste admirateur de Miles Davis, sont tous mûs par un intérêt partagé pour le free jazz. Après avoir entendu des musiciens tels qu’Archie Shepp, Sunny Murray et Albert Ayler au moment où Montréal vibre au rythme de l’Exposition universelle de 1967, les membres du groupe s’unissent d’abord sous le nom de New Canadian Jazz Quartet. Le quatuor se démarque rapidement lors de ses premiers concerts par sa négation des formes du jazz traditionnel. Des critiques musicaux, dont le journaliste Emmanuel …

Parties annexes