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Comptes rendus

Relations interculturelles. Comprendre pour mieux agir de Édithe Gaudet, Mont-Royal, Modulo-Griffon, 2005, 246 p.

  • Stéphanie Arsenault

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  • Stéphanie Arsenault
    Professeure
    École de service social
    Université Laval

Corps de l’article

L’ouvrage d’Édithe Gaudet tente de répondre à d’ambitieuses et pertinentes questions concernant l’intégration des immigrants et des réfugiés au sein de la société québécoise, les rapports qui s’établissent entre ces nouveaux arrivants et la société d’accueil, de même que le rôle des intervenants sociaux dans ces dynamiques. Il s’adresse d’abord aux futurs policiers (étudiants en technique policière), mais se veut également un outil pédagogique utile à tout intervenant social appelé à travailler auprès d’une population issue de l’immigration. Par ailleurs, il privilégie et propose l’approche interculturelle comme voie d’appréhension et d’intervention sur cette réalité.

Les quatre grands objectifs poursuivis dans ce livre sont de décrire et d’analyser le phénomène de l’immigration, de fournir des clés pour interpréter les façons d’agir et de penser des individus selon leur appartenance culturelle et ethnique, de pointer les manifestations d’intolérance à l’égard des communautés, en proposant une réflexion sur les obstacles à la communication interculturelle, et de permettre au lecteur d’évaluer sa capacité à entrer en relation avec des gens appartenant à diverses cultures (p. VI).

Les trois premiers chapitres de l’ouvrage sont consacrés à la description et à l’analyse du phénomène migratoire. On y présente notamment le contexte légal (international, fédéral et provincial) dans lequel il s’inscrit, une brève rétrospective de l’immigration au Canada depuis la constitution du pays ainsi que les particularités de l’immigration récente au Canada et au Québec.

Les chapitres quatre à neuf, soit près de la moitié de l’ouvrage, sont consacrés à une périlleuse tentative visant à décrire à grands traits les principales communautés ethniques ou culturelles établies au Québec. Ces communautés se trouvent regroupées selon qu’elles sont européenne, noire, arabophone, asiatique, latino-américaine ou autochtone. On retrouve donc des regroupements effectués sur une base territoriale (continentale), linguistique ou de couleur de peau.

Enfin, les quatre derniers chapitres abordent plus directement les processus d’intégration et d’exclusion ainsi que la rencontre et l’intervention interculturelle. On y présente quelques précisions conceptuelles au sujet de l’intégration et de la culture.

L’un des points forts de ce livre se situe dans sa tentative de couvrir une grande variété d’aspects pertinents, voire essentiels à la compréhension du phénomène migratoire dans son ensemble. La place accordée au contexte et à l’évolution juridique et historique du phénomène est notamment à souligner. Tout au long de l’ouvrage, l’utilisation de tableaux synthèses bien construits, permettant de résumer certains éléments ou ensembles théoriques, est également appréciable et aidante, particulièrement pour ceux et celles qui s’initient à ces questions.

Les ambitieux objectifs poursuivis par l’auteure ne manquent pas de pertinence et d’intérêt, et le livre n’est pas dénué d’utilité. Cependant, les limites de l’entreprise apparaissent rapidement. Malgré quelques mises en garde contre les dangers de la généralisation ou d’un culturalisme à outrance (mises en garde qui viennent un peu tard dans la démarche), il ressort de cet ouvrage plus descriptif qu’analytique une compréhension non seulement limitée, mais parfois simpliste de certaines réalités. On y trouve notamment des explications trop peu nuancées de certains conflits – une lecture parfois en noir et blanc des conflits – qui peuvent engendrer une compréhension biaisée de ces réalités complexes et des personnes qui les ont fuies.

En ce qui concerne la présentation des communautés de différentes origines, qui occupe près de la moitié du livre, quelques critiques s’imposent également. Dans un premier temps, il aurait été judicieux de préciser les limites ou les pièges conceptuels que comporte la terminologie de « communauté » qui est utilisée tout au long du livre et d’inviter à la réflexion sur la pertinence de l’utilisation de celle-ci.

De plus, l’objectif poursuivi de présenter des connaissances pertinentes sur un grand nombre de groupes d’origines différentes (juive, italienne, grecque, portugaise, roumaine, noire américaine, jamaïcaine, haïtienne, rwandaise, libanaise, chinoise, vietnamienne, indienne, colombienne, salvadorienne, guatémaltèque, argentine, chilienne, autochtone!) impose à l’auteure de prendre certains raccourcis qui ont pour effet de proposer, finalement, des portraits plutôt folkloriques et réducteurs des populations et réalités décrites. La façon dont les groupes – ou communautés – sont présentés peut laisser croire à des pratiques culturelles uniformes chez les personnes identifiées à ces groupes, une pensée trop souvent renforcée dans le domaine de l’intervention en contexte de diversité culturelle.

Cet ouvrage peut s’avérer utile aux intervenants appelés à travailler avec des personnes issues de l’immigration dans la mesure où il renferme des informations pertinentes permettant de contextualiser l’immigration que connaît aujourd’hui le Québec et d’en comprendre le fonctionnement actuel. Cependant, les personnes qui l’utilisent doivent demeurer conscientes des limites que comporte l’entreprise de décrire les personnes selon de grands regroupements culturels et des pièges d’une approche qui se voudrait trop fondamentalement culturaliste, au détriment des considérations et facteurs plus structurels à l’origine des problématiques sociales sur lesquelles elles sont amenées à intervenir.