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La traduction a souvent représenté, pour les femmes de lettres du xviiie siècle, à la fois une porte d’entrée dans la sphère littéraire et un moyen de subsistance non négligeable[1]. La traduction apparaissait comme un domaine où l’implication des femmes semblait plus acceptable, puisqu’elle supposait un travail d’adaptation plutôt que d’invention[2], même si certaines s’en sont servi comme d’un tremplin vers le statut d’autrices. Ce fut pourtant le chemin inverse qu’emprunta Octavie Guichard[3]. Elle fit d’abord son entrée dans la carrière des lettres sous le nom de Madame Belot par la publication de deux traités qui ont été plutôt bien accueillis par la critique : Réflexions d’une provinciale sur le discours de monsieur Rousseau, citoyen de Genève, qui paraît en 1756[4], où elle réfute le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, et Observations sur la noblesse et le tiers-état, en 1758[5], qui s’inscrit dans le débat concernant le droit de la noblesse à commercer. Or, elle s’adonne exclusivement, au cours des années suivantes, à des traductions d’ouvrages anglais. Elle propose d’abord des Mélanges de littérature anglaise en 1759[6], puis elle traduit l’Histoire de Rasselas de Samuel Johnson en 1760, le roman Ophélie de Sarah Fielding en 1763, ainsi que les deux premiers tomes de l’Histoire d’Angleterre de David Hume en 1763 et 1765[7]. À partir de 1765, toutefois, qui marque le début de son second mariage, la nouvelle présidente Durey de Meinières cesse ses activités littéraires, mais elle entretient une correspondance importante avec plusieurs hommes et femmes de lettres tels que Voltaire, Hume, Helvétius, la marquise de Lénoncourt ou François Devaux. Cependant, ce sont ses échanges avec la bluestocking[8] Elizabeth Montagu[9], qui s’échelonnent de 1776 à 1792, qui retiendront notre attention[10]. Dans cette correspondance, Octavie Durey de Meinières trouve une occasion de développer davantage ses idées sur la traduction, dont elle avait déjà fourni une première formulation dans les paratextes des ouvrages anglais qu’elle avait donnés au public. On y retrouve notamment une certaine conception de la traduction comme contribution au progrès social :

[J]e me plais à m’occuper tantôt de mon propre fond, tantôt de celui d’autrui, et toujours sans prétention ; je paye du moins ainsi mon contingent à la société, à laquelle par état je ne puis être utile autrement. Il m’a toujours paru injuste, quelque place qu’on y tienne, d’avoir part à ses avantages, d’en profiter nonchalamment, et de ne lui rien rendre en échange. Si je ne puis agir, et que je puisse penser, le fruit de mes méditations est une récolte qui lui appartient[11].

Cette forme d’engagement citoyen adapté à la condition féminine qui est la sienne n’est pas sans faire écho à celle qu’adopte Elizabeth Montagu elle-même, et dont témoigne notamment la correspondance qu’elle entretient avec son époux, Edward Montagu, ou encore avec Lord Lyttleton[12]. Il semble donc que, d’emblée, les deux femmes aient possédé certains points en commun, ce qui a pu favoriser leur rapprochement au cours de l’été 1776.

En effet, Montagu fait quelques séjours en France, qui l’amènent, entre autres, à Chaillot en juillet 1776, où elle fait la connaissance de sa voisine, la présidente Durey de Meinières. Les deux femmes continuent de correspondre après le retour de Montagu à Londres et c’est par le biais de cette correspondance que l’autrice anglaise demande à Mme de Meinières, en février ou mars 1777, d’entreprendre la traduction de son Essay on the Writings and Genius of Shakespear, rédigé en 1769[13], et de trois Dialogues of the Dead[14]. L’Essay on Shakespear se veut, comme l’affirme ouvertement l’autrice, une réponse aux attaques de Voltaire contre le dramaturge anglais, dont il avait d’abord loué le génie, notamment à l’occasion de sa traduction d’un acte d’Hamlet dans ses Lettres philosophiques en 1734[15]. Si Meinières refuse finalement de s’attaquer à l’essai, elle envoie sa traduction des trois dialogues à sa correspondante. Ce qui ressort des échanges entre les deux autrices à ce sujet, c’est surtout l’accès qu’ils offrent à la pensée de Meinières sur la traduction et à sa manière de s’inscrire dans le débat qui anime les lettrés depuis les années 1760 sur la fidélité aux textes-sources. En même temps, la présidente adopte une posture en conformité avec la condition féminine tout en négociant habilement sa place dans un réseau de contacts pouvant lui assurer une certaine position sociale.

Le débat sur la traduction et la présidente de Meinières

Dans un premier temps, rappelons que le débat concernant la traduction s’affermit à partir des années 1760 et mobilise certains des penseurs les plus éminents de la République des Lettres. C’est le cas de d’Alembert qui, dans ses « Observations sur l’art de traduire » qui paraissent en 1763, indique qu’« [o]n ne doit donc pas se faire une règle de traduire littéralement, dans les endroits même où le génie des langues ne paraît pas s’y opposer [16] », bien qu’on doive conserver « le caractère de l’original [17] ». Il s’agit, en somme, de décider si l’on souhaite « sacrifier l’agrément à la précision, ou la précision à l’agrément [18] », ajoute-t-il. Nicolas Beauzée, pour sa part, distingue version et traduction dans son article de l’Encyclopédie :

Il me semble que la version est plus littérale, plus attachée aux procédés propres de la langue originale, et plus asservie dans ses moyens aux vûes de la construction analytique ; et que la traduction est plus occupée du fond des pensées, plus attentive à les présenter sous la forme qui peut leur convenir dans la langue nouvelle, et plus assujettie dans ses expressions aux tours et aux idiotismes de cette langue[19].

La difficulté réside alors précisément dans ce compromis que doit trouver le parfait traducteur, entre version et traduction. Aussi Beauzée ajoute-t-il :

Rien de plus difficile en effet, et rien de plus rare qu’une excellente traduction, parce que rien n’est ni plus difficile ni plus rare, que de garder un juste milieu entre la licence du commentaire et la servitude de la lettre. Un attachement trop scrupuleux à la lettre, détruit l’esprit, et c’est l’esprit qui donne la vie : trop de liberté détruit les traits caractéristiques de l’original, on en fait une copie infidele[20].

Bien que ces questions aient déjà suscité l’intérêt des lettrés lors de la seconde Querelle des Anciens et des Modernes, qui avait entre autres opposé Anne Dacier et Houdar de La Mothe[21], l’anglomanie qui s’affermit à partir des années 1740[22] les ramène sur la scène de l’actualité parisienne. En fait, il s’agit surtout de se prononcer en faveur de la traduction littérale ou de s’inscrire dans la tradition des « belles infidèles[23] ». Ces dernières, rappelons-le, désignent des traductions qui se présentent plutôt comme des adaptations au goût français des oeuvres antiques. Suivant cette approche, on s’efforce de supprimer les détails triviaux ou malséants présents dans les textes-sources afin de respecter les exigences de vertu et de bienséance qui se trouvent au coeur de la culture curiale française. Ainsi, alors que Prévost investit plutôt l’héritage des « belles infidèles » dans sa traduction de Richardson et de Sheridan[24], en se vantant d’avoir donné « une nouvelle face » au roman Pamela « par le retranchement des excursions languissantes, des peintures surchargées, des conversations inutiles et des réflexions déplacées [25] », Guillaume Davaux, dans sa traduction de Tom Jones, favorise plutôt la traduction littérale, témoignant d’une fidélité scrupuleuse à l’oeuvre originale[26].

Du côté de la présidente Durey de Meinières, sa traduction des Maximes, caractères et réflexions critiques, satyriques et morales qui paraît dans le Mercure de novembre 1757, alors qu’elle est toujours l’épouse de Belot, est jugée plutôt littérale. C’est du moins ce qu’avoue un imitateur dans le Journal étranger, indiquant qu’elle fait preuve d’une « fidélité sans exemple [27] » à l’original, bien qu’on y décèle quelques contresens. Toutefois, c’est plutôt la fidélité à une esthétique du bon goût qui semble emporter, plus souvent, son adhésion. C’est ce que met en évidence Annie Rivara dans ses « Notes sur les traductions de Rasselas » de Samuel Johnson, en affirmant que la traductrice se complaît dans une économie classique qui l’incite à supprimer plusieurs aspects du texte-source[28]. Ainsi, bien qu’elle se déclare partisane de la fidélité des traductions, elle juge nécessaire de remanier certains passages, de modifier plusieurs termes et d’atténuer quelques propos afin de répondre au goût du public français. C’est d’ailleurs ce qu’elle affirme déjà en 1759 dans la préface à sa traduction des Mélanges de littérature anglaise :

C’est à regret que je supprime une partie de ce qu’elles [la vérité et la générosité] lui suggerent, et que peut-être j’affoiblis le reste. Cependant pour ne pas renoncer à ce qu’il y a de plus saillant dans cet Ouvrage, il a fallu en retrancher des choses neuves en Angleterre, mais usées en France, où l’on a beaucoup écrit sur ces sortes de matieres ; et d’autres trop étrangeres à nos moeurs, à nos goûts, à nos usages, pour réussir parmi nous. Au moyen de ces lacunes indispendables, le fil, à l’aide duquel on appercevoit le plan de l’Auteur, est nécessairement coupé. Ne pouvant donc plus faire sentir la liaison de ses principes avec leurs conséquences, j’ai cru qu’il valoit mieux placer au hasard les différens morceaux que j’ai conservés, que d’affecter une marche à demi réguliere[29].

La traductrice n’hésite donc pas alors à modifier non seulement quelques morceaux, mais aussi à en supprimer d’autres, et surtout à transformer la structure de l’ouvrage. On peut penser que le genre même du fragment permettait une liberté plus grande dans ce type de remaniement, de par son caractère malléable. Toutefois, elle reprend la même idée qui suppose de voiler les passages trop libres dans une lettre du 6 novembre 1776 adressée à Elizabeth Montagu :

J’avoue, Madame, qu’un ouvrage dramatique doit être l’imitation de la nature et la représentation fidelle d’une action principalle, où l’on doit conserver le caractere propre aux personnages qui agissent, aux passions, aux interets qui les font agir, aux moeurs, aux loix, aux coutumes du lieu de la scêne. Mais quoique le bon gout veuille des tableaux vrais, il ne les veut pas dégoutants, et dans Shakespeare, comme dans Corneille, il y a des détails bas, de vilaines images, qu’on peut ne pas applaudir, sans manquer de respect à ces grands hommes[30].

Ces détails bas, qu’elle affirme retrouver autant chez le dramaturge français que chez l’auteur britannique, doivent donc faire l’objet d’une édulcoration nécessaire, afin d’être jugés dignes de paraître sur la scène littéraire française. Il faut dire que Meinières reprend ici une posture assez topique, qui est également celle de La Place, premier traducteur de Shakespeare en France, selon laquelle on évacue certaines scènes jugées dégradantes, comme celle des fossoyeurs dans Hamlet[31]. Aussi la traductrice fait-elle écho aux arguments généralement avancés pour mieux appuyer son propos, tout en réinvestissant certains topoï hérités de la querelle du théâtre :

Si les Grecs et les Romains parloient à peu près de même, Racine a bien fait de leur prêter notre élocution pour les amener sur notre théatre, parce qu’il est à présumer que César et Agamemnon avoient le ton de la bonne compagnie de leur tems et de leur pays, que les mots dont ils se servoient alors étoient choisis, et que lorsqu’on entreprend de traduire ce qu’ils disoient, il faut traduire leurs pensées, et non pas l’expression même, dès que l’équivalente serait populaire et proscrite par les gens de qualité d’un autre siècle et d’une autre nation.
Je demande en effet que l’on me peigne Brutus animé par le patriotisme, pour que je lui pardonne le meurtre de César ; mais je ne veux pas qu’on leur fasse tenir les discours que tiendroient actuellement les charretiers en colere, parce que si César et Brutus revenoient de l’autre monde actuellement, avec les mêmes passions, les mêmes vertus, les mêmes interets, ils parleroient comme un souverain et un grand seigneur parlent[32].

Meinières semble ici rejoindre le Voltaire des Lettres philosophiques qui affirmait que les qualités de Shakespeare étaient siennes, mais que ses défauts appartenaient à son siècle[33]. Elle réaffirme d’ailleurs cette position dans ses échanges avec Montagu à propos de la traduction des pièces de Shakespeare, dans une lettre du 21 décembre 1776, après un commentaire sur la situation politique tendue entre la France et l’Angleterre :

Au moins faudroit-il que le commerce, les sciences, les lettres et les femmes fussent exceptés des suites de ces discordes politiques. Les hostilités de Voltaire contre Shakespeare ne coutent ni sang, ni larmes. Les gens honnêtes et sans partialité désapprouvent, meme parmi nous, les expressions impolies que notre poëte favori s’est permises sur le compte de votre illustre auteur, dont il avoit d’abord si bien jugé. Il est certain que nos anciens bardes, nos anciens historiens, nos anciens prédicateurs ont tous les déffauts de grossiereté, d’images dégoutantes, etc., etc., que l’on reproche à Shakespeare, et n’ont pas son génie. Il est certain que si ce peintre de la nature écrivoit actuellement, il employeroit un autre coloris[34].

Bien que Meinières ne manque pas de remarquer « les déffauts de grossièreté » et les « images dégoûtantes » qui déparent l’oeuvre de l’auteur anglais, elle affirme que ceux-ci sont les conséquences des moeurs d’un autre temps, que le traducteur doit s’efforcer de corriger pour rendre les textes acceptables au regard du public contemporain. Cela implique de revoir non seulement le langage employé par les personnages, mais aussi leur caractère moral. En suivant ce principe, la présidente se défend toutefois de faire une entorse à la vérité, en affirmant plutôt mettre en place un processus de sélection parmi les images que nous fournit la nature humaine, et en réactivant la catégorie poétique de la « belle nature » :

Je veux que l’on représente la nature, mais je veux qu’on saisisse avec gout l’instant où elle est belle à montrer, et j’aime mieux voir Andromaque faisant de tendres adieux à Hector, tachant de le retenir dans les murs de Troye et d’attendrir son époux par ses larmes et par la présence d’Astianax au berceau, que de la voir laver son cotillon à la première fontaine[35].

Les oeuvres traduites doivent donc passer par un processus d’ennoblissement, qui suppose la représentation d’une nature choisie en fonction de critères propres à la bonne société française du xviiie siècle et dans l’héritage de la poétique classique. À ce propos, Meinières s’oppose à Montagu, qui désapprouve plutôt cette infidélité faite au texte, lors d’un commentaire qu’elle envoie à John Burrows à la suite du concours académique qui prenait pour sujet la traduction des adieux d’Hector et d’Andromaque :

De très ingénieux et élégants discours ont été prononcés sur les avantages d’étudier et d’imiter le génie de l’original et alors la traduction de deux poètes concurrents a été lue, les compositions – comme il serait plus approprié de les nommer plutôt que traductions – ont alors été lues, et par le même esprit d’incohérence que je vous ai déjà fait remarquer, le plus le poète déviait de l’original, le plus il était applaudi. Homère était frisé et poudré, Andromaque portait du rouge, et en ce qui concerne Astyanax, il était un prodige en fait de petites pièces, et avait un millier de jolies pensées concernant le casque de son papa, et comme il était impossible en quelque sorte de dire lequel des poètes avait le plus habilement évité la pauvre simplicité d’Homère, ils ont pensé que tous deux méritaient d’être couronnés et le prix a été divisé entre eux[36].

Contrairement à Mme de Meinières, Montagu déplore la « galantisation [37] » à laquelle s’adonnent les poètes français et aurait souhaité les voir conserver la simplicité d’Homère, contrairement à la figure de petit-maître à la perruque poudrée et frisée qu’ont présentée les participants au concours.

Or, la présidente s’était déjà attardée sur cette question quelques années plus tôt, notamment dans l’« Avertissement » précédant sa traduction de l’Histoire de la maison de Tudor, de David Hume, en 1763. Elle y fait part du questionnement qui l’habite concernant les passages relatifs à la religion protestante, qui ne peuvent manquer d’être fort nombreux dans l’histoire d’Angleterre, et particulièrement lors de l’épisode du divorce d’Henri VIII :

Quelques événemens du régne de Henry VIII, m’ont embarrassée sur le parti que je devois prendre, ou d’en traduire exactement les détails, ou de les élaguer, ou enfin de les affoiblir. Ce régne est fameux par la révolution rapide que ce Monarque opéra dans le génie de tout un peuple lorsque, pour épouser Anne de Boleyn, il obligea la Nation à changer de Foi, de culte et de politique. La Religion Prétendue Réformée ne put s’établir qu’en insultant à la Religion Romaine, dont elle enseignoit audacieusement à secouer le joug. Il est assez simple d’hésiter à présenter aux consciences délicates l’image repoussante des outrages que l’erreur a osé faire à la vérité[38].

Dans ce cas précis, ce ne sont pas les entorses à la bienséance qui troublent la traductrice, mais bien les questions morales auxquelles se rapporte le danger qui consiste à offrir au public français et majoritairement catholique des passages mettant en valeur les moeurs instaurées par la religion protestante. Toutefois, elle semble tendre, cette fois-ci, du côté de la fidélité au texte premier :

J’ai balancé long-tems entre la fidélité qu’on exige d’un Traducteur, et la crainte de scandaliser les personnes trop scrupuleuses : j’étois incertaine si je devois répéter ou retrancher les sophismes, les froides railleries, et tout ce que le fanatisme des Prétendus Réformés leur fit employer contre l’Eglise lorsqu’ils s’en séparèrent. Des gens sages m’ont déterminée à ne rien supprimer de ce que M.Hume en rapporte d’autant plus que souvent, lui-même, en est moins l’Apôtre que l’Historien. Après avoir mûrement réfléchi sur les inconvéniens de l’exactitude, et sur ceux des réticences, on m’a convaincue que ce seroit faire trop d’honneur à des déclamations mille fois réfutées, que de les regarder comme dangeureuses, dans un siécle et dans un pays aussi éclairé que le nôtre. Une traduction de l’Histoire n’est d’ailleurs que l’estampe d’un tableau. On ne s’aviseroit pas d’accuser de paganisme le Traducteur des Métamorphoses d’Ovide, ou de l’Illiade. J’aurois crû sortir des bornes que mon sexe doit me prescrire, si j’avois risqué de combattre d’un ton dogmatique, qui n’est point de ma compétence, les opinions fausses, ou les réfléxions injurieuses à la Foi, qui se sont trouvées sous ma plume. Je me contente de rappeller quelquefois à mon Lecteur que ce sont des faits historiques, racontés par un Écrivain préoccupé des faux principes qu’il a reçus, mais qui n’applaudit jamais à aucun excès des différens partis[39].

Dans ce long commentaire, la traductrice affirme vouloir respecter le texte de Hume, même dans les passages où il est question de la religion « prétendue réformée », en misant sur l’argument générique pour justifier sa position : il s’agit d’une histoire, et non d’un ouvrage de fiction, d’opinion ou de propagande. En outre, elle appuie son argumentaire sur l’autorité du modèle antique, en établissant un parallèle avec une forme de « paganisme » depuis longtemps admise en littérature et servant de fondement à la poétique des grandes oeuvres, soit les textes grecs et latins mettant en scène une mythologie étrangère au christianisme. Ce faisant, elle justifie la fidélité de sa traduction dans le genre historique[40], mais surtout, elle utilise à son avantage la condition de femme qui est la sienne pour affirmer son incapacité à entrer dans des débats idéologiques que suppose l’examen des dogmes religieux, ce qui vient appuyer son choix en faveur de la traduction littérale. On sait pourtant qu’elle est, au contraire, capable d’une réflexion approfondie en matière de philosophie et de littérature, de même que sur les questions sociales, comme l’ont montré ses Réflexions et ses Observations. Dans ce contexte, on comprend que les libertés que pourrait parfois prendre la traductrice avec l’oeuvre originale sont tributaires du genre littéraire auquel appartient cette oeuvre. C’est du moins ce que laissent entendre les critiques que Fréron et Grimm[41] feront des traductions des oeuvres historiques de Hume par Meinières et qui ont peut-être influencé sa conception de la traduction. Le premier affirme : « C’est à la vérité la composition d’une femme ; mais cette femme montre partout un esprit mâle et nerveux qui sait donner à ses expressions la force et l’énergie nécessaires pour représenter parfaitement toutes les beautés de l’original anglais [42]. »

Ainsi, la traduction littérale conviendrait au genre historique, alors associé à une esthétique de la virilité. C’est le même constat que fait Grimm, mais en critiquant cette fois Meinières pour avoir été incapable de réussir dans cette entreprise qui semble l’apanage des hommes :

Je crois volontiers que personne ne mérite plus d’intérêt que Mme Belot, et je voudrais de tout mon coeur pouvoir dire un bien infini de ses travaux littéraires ; mais l’inflexible loi de la vérité, respectée dans ces feuilles sans restriction, m’oblige de convenir que la traduction des Tudor ne prend point dans le public, et qu’on lui reproche déjà un style lourd, froid et lâche, depuis le peu de jours qu’elle paraît. Il est même à craindre que les sujets de reproche n’augmentent à mesure qu’on aura le temps d’approfondir, car il faut convenir que cette entreprise paraît en tout sens au-dessus des forces d’une femme[43].

À la lecture de ces commentaires, on comprend surtout qu’il s’agit d’exclure les femmes d’un domaine réservé, mais aussi de discréditer la compétence et la légitimité de la traductrice, alors même qu’on entre dans une période de scientifisation de l’histoire. Est-il possible que, à la suite de ces critiques, la présidente se soit abstenue de s’engager dans la traduction d’ouvrages « sérieux », considérés comme moins adaptés au génie féminin ? Dans tous les cas, il semble que la question du genre, féminin cette fois, soit désormais au coeur des choix de la présidente de Meinières lorsqu’il est question de ses travaux littéraires, et qu’elle se refuse à « sortir des bornes que [s]on sexe doit lui prescrire ». Aussi est-ce cette condition de femme qui lui servira à nouveau d’argument quelques années plus tard, mais cette fois-ci pour refuser de s’engager dans l’entreprise de traduction de l’Essay on Shakespear.

La correspondance avec Montagu

Lorsque Elizabeth Montagu s’installe à Chaillot à l’été 1776, elle n’a encore publié que très peu d’oeuvres : elle a fait paraître trois Dialogues of the Dead qui ont été insérés dans le recueil de George Lyttleton en 1760 ; puis, en 1769, et afin de répondre aux attaques de Voltaire, son Essay on the Writings and Genius of Shakespear. C’est peu de le dire, Montagu n’apprécie guère le patriarche de Ferney, comme elle l’avouait déjà sans détour à Lord Lyttleton dans une lettre datée du 23 octobre 1757 :

Je ne suis pas, en effet, une grande admiratrice de Monsieur Voltaire. J’aime son compte rendu sur le roi de Suède, mais il écrit maintenant l’histoire comme un philosophe, et comme plusieurs philosophes font, il délaisse la vérité au profit du système, et l’esprit de l’histoire qu’il affecte de nous donner est trop alambiqué pour moi. […]
Certains pourraient croire que Voltaire possède un esprit propre à donner la préférence à notre époque pour la poésie épique, ce qui se veut en fait un compliment à sa Henriade aux dépens d’Homère et Virgile, mais cela m’apparaît plutôt comme si un écolier tentait de comparer le papillonnage et le flottement de son cerf-volant au vol de l’aigle ; la Henriade est une matière légère née dans la nuée par le passage d’une petite rime, et elle dansera pendant un certain moment dans l’atmosphère de la France : l’Iliade est forte et animée, et s’élève sur les ailes immortelles jusqu’au trône de Jupiter[44].

Dans cette critique acérée de Voltaire, Montagu laisse poindre sa préférence pour l’épopée antique, tout en condamnant l’esprit de système du philosophe dont la pratique de l’Histoire ne répond pas à l’exigence de vérité qu’elle soutient. Aussi cette animosité alimente-t-elle la querelle qui se développe bientôt entre Voltaire et Montagu autour des pièces de Shakespeare. Afin de combattre Voltaire sur son propre terrain, Montagu sollicite la présidente de Meinières pour qu’elle traduise à la fois ses Dialogues of the Dead, mais surtout son Essay on Shakespear. Cependant, la traductrice ne semble pas très enthousiasmée par ce projet. D’abord, elle invoque sa connaissance lacunaire de la langue anglaise. D’ailleurs, plusieurs contresens ont été relevés par David Smith dans sa traduction des oeuvres de Hume[45]. Félix Paknadel fait le même constat, dans sa préface à son édition de l’Histoire de Rasselas : « À juger d’après nos propres critères, Octavie Belot n’est pas une traductrice exacte : soit qu’elle exagère le sens, soit qu’elle saute des phrases entières, soit même qu’elle se trompe dans le sens des mots ou des phrases, elle semble plus soucieuse du ton et du sens général que des détails. Sa traduction est une “belle infidèle” [46]. » Meinières avoue être consciente de ces lacunes dans sa correspondance avec Montagu :

Je suis étonnée, Madame, qu’aucun de nos bons littérateurs n’ait encore traduit votre excellent ouvrage. Je présume d’abord qu’ils n’osent user leur esprit contre le vôtre, et qu’ils ont peur aussi d’affliger le patriarche de notre littérature. Cette seconde crainte ne m’arrêterai[t] pas, si j’avais assez de talent et de loisir pour l’entreprendre (car il est bon que justice soit faite des gens qui ont tort). Cependant lorsque ma santé sera meilleure et que les jours seront plus longs, j’essayerai cette douce quoique difficile occupation. Je m’apperçois avec un peu de honte que je me suis rouillée sur l’intelligence de la langue angloise. J’eprouve le besoin du dictionnaire, mais je vous aurai encore l’obligation, Madame, de m’encourager à m’y remettre par l’attrait de vous traduire, si je le puis, si je l’ose. Ce ne sera pas sans vous soumettre ma traduction, que j’aurais l’honneur de vous envoyer[47].

On reconnaît ici le même argument que celui qu’elle avait utilisé dans son avertissement à sa traduction de l’Histoire de la maison de Tudor, selon lequel sa condition de femme, stigmatisée par l’ignorance et le manque de talent, la rendait incapable de s’inscrire dans un débat mettant aux prises des questions littéraires ou philosophiques. À cela s’ajoutent les raisons de santé, la faiblesse de son état l’empêchant de s’engager dans un tel projet. Mais, encore et surtout, malgré les protestations de Meinières concernant sa réticence à s’engager dans une lutte ouverte avec Voltaire, on peut penser que c’est effectivement ce qui retient la traductrice de répondre affirmativement à la demande de Montagu. Les dernières lignes de l’extrait semblent plutôt un effet de la politesse que d’une réelle détermination, comme le prouvera la suite de l’histoire. On comprend aisément que l’idée de s’engager dans un combat ouvert avec le « patriarche de Ferney » ne séduise pas la présidente, surtout lorsque l’on songe que Voltaire avait lui-même tenté de lui venir en aide quelques années auparavant. En effet, lors d’une période financière difficile entre les deux mariages de Meinières, Voltaire lui avait proposé de lui « donner » le Droit du seigneur qu’il venait de composer pour qu’elle le fasse paraître sous son nom. Afin de se sortir de cette situation périlleuse, Meinières propose alors à Montagu d’employer un certain Lingues, homme de lettres familier de la bluestocking, pour entreprendre la lutte qu’elle se refuse à mener :

Il me vient en idée, Madame, que vous tiriés parti de ce bruyant réfugié en lui faisant traduire votre ouvrage sur Shakespear. Il en est bien plus capable que moi, et il sera enchanté de donner sur les doigts à Voltaire. Ce sont les fragments du poëte anglois qui m’effrayent à traduire, et d’ailleurs le peu de loisir, de vue et de santé qui me reste ne me permet pas un[e] occupation assidue. À peine puis-je écrire une lettre sans être interrompue vingt fois[48].

Ainsi, bien qu’elle justifie son refus par son manque de temps et ses problèmes de santé, c’est plutôt la question de l’opposition à Voltaire qui refait surface, et qui l’incite à laisser les soins de la traduction à quelqu’un d’autre. D’ailleurs, ces obstacles qu’elle mentionne ne l’ont pas empêchée de traduire les trois Dialogues des morts que lui avait également soumis Montagu[49]. On peut donc penser ici que c’est à la fois le genre littéraire – mondain – et le fait que ces dialogues ne suscitent aucune polémique qui ont encouragé Meinières à en entreprendre la traduction, au détriment de l’Essai sur Shakespeare. Aussi la présidente cherche-t-elle un nouvel expédient en incitant Montagu à se livrer elle-même à la traduction de son oeuvre, tout en lui suggérant d’y joindre sa propre traduction des dialogues :

Je comptois, Madame, que vous garderiés mes griffonnages[50], ou pour les jetter au feu, ou pour les corriger, et les joindre ensuite à l’Essay sur les écrits de Shakespear, si, comme je vous y invitois, vous entrepreniés de le traduire vous-même pour vous amuser, sauf à faire examiner votre traduction par quelqu’un supérieur à moi pour rectifier quelques anglicismes, si par hazard il vous en échapoit, ce dont je doute, car il me paroit que vous possedés parfaitement notre langue[51].

Le lexique utilisé (« griffonnages », « jetter au feu », « corriger », « supérieur ») rend bien compte de cette rhétorique de la médiocrité qu’investissent fréquemment les autrices, mais il semble qu’ici l’enjeu dépasse le discours. S’aventurant sur un terrain glissant, la présidente préfère consacrer son temps et ses efforts à de petites pièces jugées mineures, exemptes de controverse, tout en profitant des bénéfices que la publication aux côtés de l’essai de Montagu pourrait lui rapporter. Elle reprendra les mêmes réflexions dans une autre lettre adressée à Montagu :

Comme il m’a paru, Madame, que les ouvrages de M. de Marmontel avoient le bonheur de vous plaire, je prends la liberté de vous offrir celui qu’il vient de donner au public, intitulé Les Incas, en deux volumes in-8o, trop considérables pour en charger la poste. J’ose y joindre le premier brouillon même de la traduction que j’ai essayée de deux de vos charmants dialogues. Tirés-vous comme vous pourrés, Madame, de mon affreux griffonnage, de mes ratures, et qui pis est de mon peu d’élégance. Je vous fais le sacrifice de mon amour-propre, en vous montrant combien la copie est au-dessous de l’original. Du moins vous serés sure qu’elle ne me reste pas, puisqu’elle part telle qu’elle est sortie de ma plume, et qu’elle ne présentera pas une fausse idée de votre ouvrage à d’autres qu’à vous, puisque je ne la fais voir à personne. Vous êtes bien la maitresse de jetter au feu ce léger essay de mes minces talens[52].

Encore une fois, des termes similaires sont employés (« brouillon », « essayée », « griffonnage », « ratures », « peu d’élégance », « jetter au feu », « minces talens ») pour qualifier ses travaux, mais cette posture permet également de justifier son refus de traduire une oeuvre aussi conséquente que l’Essay on Shakespear, alors que les dialogues ne demandent que de « minces talens ». C’est d’ailleurs ce qu’elle affirme dans la suite de cette même lettre :

Le troisième dialogue n’est pas encore achevé de traduire et j’aurai l’insolence de vous l’envoyer quand il sera fini, sans plus d’importance, ni de pretention que pour les deux précédens. Cette tentative ne vous encouragera pas, Madame, à souhaiter que j’entreprenne de mettre en françois l’Essay sur les écrits et le génie de Shakespear. Heureusement pour vous que la foiblesse de ma vue et le peu de loisir dont je jouis vous en garantiront. Je suis bien loin de vouloir alterer la finesse, la justesse de vos pensées en y substituant les miennes. Ce seroit ôter un bel habit à quelqu’un pour lui donner une souguenille en échange. D’ailleurs, Madame, si j’étois assés heureuse, assés habile, pour vous bien entendre et vous bien rendre, je n’aurois d’autres projets que celui de vous amuser par mon travail, et vous en feriés l’usage que vous jugeriés à propos, mais avec tout le désir imaginable de l’entreprendre et d’y réüssir, je doute que je puisse ni l’un ni l’autre[53].

L’Essay on Shakespear apparaît donc comme une oeuvre de trop grande envergure pour Meinières, l’argument générique refaisant surface : alors que les petits dialogues sont à la portée de la présidente, une oeuvre de critique littéraire, qui se trouve par ailleurs au coeur d’un débat qui anime jusqu’aux séances de l’Académie française, demande plus de rigueur et de connaissances que ne s’en attribue la traductrice. Elle insiste également sur le style du texte pour justifier sa réticence à le traduire : « Par exemple, je suis à peu près sure que je traduirois mal les fragmens de Shakespear. Les vers ne sont jamais bien rendus par la prose [54]. » L’investissement par la présidente d’une rhétorique de la médiocrité invite donc à considérer ces remarques comme une manière de se dédouaner d’une entreprise qui pourrait la mettre dans une situation sociale difficile. Pour parer ce danger, elle va même jusqu’à encourager Montagu à monter au front à sa place :

Il me passe par la tête de vous faire une autre proposition que celle d’être votre traducteur. Ce seroit que vous le fussiés vous-même. Vous entendés très bien notre langue et supposés que vous laissassiés échapper quelques incorrections, je vous offrirois alors mon foible secours pour les rectifier. Vous aimés l’occupation ; il y paroit asurément par toutes les connoissances surprenantes que vous avés acquises. Vengés donc Shakespear à Paris comme à Londres. M.de Voltaire se croira peut-être obligé pour sa satisfaction de vous répliquer, et l’Europe verra une petite guerre s’allumer entre vous deux beaucoup plus innocente, plus amusante et plus glorieuse pour les parties belligérantes que celle qui nous menace[55].

En proposant à sa correspondante de traduire elle-même ses textes, la présidente se détache de l’entreprise et s’assure la conservation de son statut social, deux ans avant la mort du patriarche de Ferney qui sera bientôt célébré par la nation entière. « C’est que la traduction ne se restreint pas à une opération technique sur un texte, elle est écriture critique, communication entre deux systèmes culturels et idéologiques où s’engagent bien des enjeux, éventuellement des polémiques et des rivalités [56] », rappelle Annie Rivara. En ce sens, ces échanges avec Montagu sur la traduction donnent l’occasion à Meinières de faire voir une figure d’écrivaine de métier, qui ne se pose pas comme autrice, mais plutôt comme une femme qui navigue tant bien que mal dans les eaux houleuses de la République des Lettres, tout en tentant de ménager un réseau qu’elle s’est forgé à force de correspondances depuis quelques quarante années.

Conclusion

En guise de conclusion, nous souhaiterions revenir sur cette expression qui a donné son titre à cet article : « Payer son contingent à la société ». La présidente Durey de Meinières l’utilisait pour signifier qu’en tant que femme, elle pouvait difficilement contribuer à la vie politique, voire agir pleinement en tant que citoyenne[57]. La traduction d’ouvrages anglais représentait alors sa façon de participer au progrès de la société française, par l’avancement des connaissances en termes de littérature, mais aussi d’histoire et de philosophie. De fait, elle avoue dans son avertissement à l’Histoire de la maison de Tudor :

La majesté de l’Histoire, les grands objets qu’elle embrasse, les réflexions profondes qu’elle demande, les observations philosophiques qu’elle fournit semblent n’être pas des sujets d’étude familiers aux femmes. L’application à des choses si sérieuses n’est point en moi l’effet de l’amour propre. Un penchant naturel et des circonstances particulieres m’ont accoutumée au travail ; je l’ai toujours regardé presque comme un besoin, et même comme la plus sûre de toutes les ressources contre les accidens fâcheux de la vie. En le considérant sous ce double aspect, j’ai décidé de le rendre encore utile à mes concitoyens, et j’ai crû que le public me sauroit gré de lui procurer, dans notre langue, la lecture de l’Histoire d’Angleterre sous la Maison de Tudor[58].

C’est d’ailleurs la même position qu’adoptera encore Germaine de Staël plusieurs années plus tard dans « De l’esprit des traductions » lorsqu’elle affirmera qu’« [i]l n’y a pas de plus éminent service à rendre à la littérature que de rendre d’une langue à l’autre les chefs-d’oeuvre de l’esprit humain[59] ». Dans le cas de la présidente toutefois, on l’a vu, certaines traductions pouvaient représenter un risque important en termes de réputation ou, du moins, l’entraîner dans une posture périlleuse. C’était le cas lors du choix qu’elle a fait de conserver, mais en les commentant, les passages sur la religion protestante dans l’Histoire d’Angleterre, ce le fut également lorsqu’elle s’abstint de traduire l’Essay on Shakespear de Montagu, qui aurait signifié d’entrer ouvertement en conflit avec Voltaire, dont la France allait bientôt célébrer l’apothéose. Alors, « payer son contingent à la société », oui, mais pas à n’importe quel prix. La traduction ne représentant plus le gagne-pain de Meinières, depuis son mariage avec le président, le souci de maintenir son réseau vaut plus que la gloire bien mitigée qu’aurait rapportée la traduction de l’essai de Montagu. Et encore une fois, c’est en insistant sur sa condition de femme qu’elle réussit à se sortir de cette situation socialement dangereuse, en faisant de ce qu’on pourrait considérer comme un handicap une arme rhétorique lui permettant de ménager les alliances formées par le biais de l’épistolaire.