Dans les coulisses de la science

Entretien avec le professeur Jean-Michel Hoerner[Notice]

  • Alain A. Grenier

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  • Propos recueillis par
    Alain A. Grenier
    Directeur et rédacteur en chef, TÉOROS

Le professeur Jean-Michel Hoerner est spécialiste de géopolitique et de tourisme à l’Université de Perpignan Via Domitia, en France. Ancien président de l’Université de Perpignan (1997-2002), le professeur Hoerner y a créé l’Institut universitaire professionnalisé des métiers du transport, de l’hôtellerie, du tourisme et des loisirs, qui a intégré la nouvelle Faculté de Sports, Tourisme, Hôtellerie Internationale, dont il est le doyen depuis 2002.

Le professeur Jean-Michel Hoerner est spécialiste de géopolitique et de tourisme à l’Université de Perpignan Via Domitia, en France. Ancien président de l’Université de Perpignan (1997-2002), le professeur Hoerner y a créé l’Institut universitaire professionnalisé des métiers du transport, de l’hôtellerie, du tourisme et des loisirs, qui a intégré la nouvelle Faculté de Sports, Tourisme, Hôtellerie Internationale, dont il est le doyen depuis 2002. Propos recueillis par Alain A. Grenier, directeur et rédacteur en chef. Téoros : Parlez-nous de votre parcours académique. Comment un étudiant devient-il éventuellement président d’université ? Jean-Michel Hoerner : Je suis très atypique et je ne pensais pas du tout faire cette carrière. J’ai fait mon service militaire dans la coopération à Madagascar et j’y suis resté 18 ans. Mes amis, les professeurs Jean Cabot et Yves Lacoste, m’ont demandé de faire une thèse de doctorat, que j’ai soutenue en 1987, sur le sous- développement dans le sud-ouest de Madagascar. En 1989, j’ai été élu professeur à Perpignan, et comme j’étais toujours aussi atypique, je me suis retrouvé doyen de notre Faculté de droit, des sciences économiques, des lettres et des sciences humaines dès 1991. Puis, j’ai été élu président de l’Université en 1997. Mes nombreuses charges administratives anciennes et plus récentes (membre du bureau du Conseil scientifi que de l’AUF, conseiller économique et social à Montpellier, etc.) ne m’ont pas empêché de poursuivre ma carrière de chercheur : 20 livres publiés et une centaine d’articles ou de communications. Bien sûr, outre la géopolitique (questions économiques, politique mondiale, Sud), je me consacre surtout au tourisme et à l’industrie touristique, et c’est pourquoi j’ai contribué à créer la « science du tourisme » en 2000. Téoros : Comment se porte l’étude du tourisme et du sport à l’université ? Professeur Hoerner : Nous avons chez nous plus de 1000 étudiants très motivés et bien encadrés dans ces cursus. Cependant, l’état de la recherche n’y est pas encore à la hauteur de nos ambitions. Les sciences sociales et humaines concernées ne prennent pas le tourisme au sérieux, et c’est notamment le cas des universités françaises. Nous sommes toutefois satisfaits que les entreprises touristiques, dont les groupes hôteliers, recrutent à Bac + 5 (seule- ment à Bac + 2 au début des années quatre-vingt-dix), ce qui nous conduit à valoriser au maximum l’innovation et la croissance de la productivité. Au demeurant, nous sommes pourtant loin du compte. En fait, nos sciences sociales s’intéressent au tourisme mais, selon moi, restent déconnectées des vraies problématiques. Combien, parmi elles, se préoccupent de l’évolution de l’industrie touristique dans la globalisation fi nancière ? Je regrette, par ailleurs, que le tourisme et le sport ne soient pas plus associés dans nos formations. Pourtant, jadis, nous avons formé de bons cadres intermédiaires (Bac + 3 et 4), tels que des joueurs de rugby devenus professionnels et même un champion du monde du tir à l’arc. Aujourd’hui, de tels programmes sont sur la touche… Téoros : Pourquoi ? Professeur Hoerner : Former les jeunes est une chose, mais les amener vers le marché du travail en est une autre. En sport, les emplois de managers sont réservés aux brillants retraités sportifs. Beaucoup d’entre eux, de haut niveau, sont ainsi recrutés sur leur renommée, aux dépens de leurs qualités de gestionnaires. Dans notre département, les Pyrénées-Orientales, chaque année, rien que pour le rugby, une vingtaine de joueurs quittent la compétition et trouvent souvent un emploi en raison de leur notoriété. Le sport étant une activité de spectacle, nous devrions être plus performants ...