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Tourisme littéraire

Le tourisme littéraire, lire entre les lieux

  • Mauricette Fournier et
  • Pierre-Mathieu Le Bel

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  • Mauricette Fournier
    Maître de conférences, Université Clermont Auvergne, AgroParisTech, Inra, Irstea, VetAgro Sup, Territoires, F-63000 Clermont-Ferrand, France ; mauricette.fournier@uca.fr

  • Pierre-Mathieu Le Bel
    Chercheur développement local, Université Clermont Auvergne, AgroParisTech, Inra, Irstea, VetAgro Sup, Territoires, F-63000 Clermont-Ferrand, France ; pmlebel@gmail.com

Corps de l’article

Proposer un numéro thématique sur le tourisme littéraire à Téoros – Revue de recherche en tourisme avait pour objectifs explicites de contribuer à apporter une lisibilité au concept et à ses pratiques, de susciter l’intérêt des chercheurs en tourisme et, pourquoi pas, les inciter à investir un champ encore peu documenté dans l’aire francophone. Les potentiels terrains de jeu ne manquent pas, en effet, au moment où la demande croissante des touristes pour des pratiques expérientielles (Camus, 2014 ; Gombault et Bourgeon-Renault, 2014) rencontre les initiatives d’acteurs de plus en plus nombreux, tant publics que privés, cherchant par le biais de la valorisation de la ressource littéraire à distinguer leurs territoires et/ou leurs activités dans un contexte d’exacerbation de la concurrence.

Ces initiatives, parfois anciennes (création de maisons d’écrivain en Europe dès le XIXe siècle), se sont diffusées à tous les continents tout en se diversifiant. Aux formes les plus courantes – maisons d’écrivain, associées ou pas à des parcours littéraires, de la balade urbaine aux chemins de grande randonnée – se sont ajoutés, dans une dimension plus affirmée de divertissement, les parcs à thème (à commencer par ceux de Walt Disney, mais aussi par exemple The World of Beatrix Potter, dans le parc national anglais du Lake District, ou encore l’Europa Park, en Allemagne, autour principalement des contes des Frères Grimm) qui suscitent de grandes affluences, a fortiori lorsque les œuvres concernées ont donné lieu à des adaptations cinématographiques (Phillips, 1999). Participe aussi du phénomène le tourisme de librairie (foires et salons du livre généralistes, festivals spécialisés dans un genre littéraire comme la bande dessinée ou le roman policier, constitution de clusters de libraires, comme les « villages du livre ») qui offre autant d’occasions au lecteur de rencontrer ses auteurs favoris, mais également aux professionnels de l’édition d’échanger entre eux et avec le public.

De fait, le tourisme littéraire est devenu un phénomène « commercialement significatif », remarquait il y a déjà une dizaine d’années Nicola Watson (2006), et il s’est encore amplifié avec la généralisation d’Internet qui, s’il « ne crée rien, […] augmente, renforce et accélère, considérablement, un penchant prédictif qui préexistait, c’est certain, à son invention » (Urbain, 2017 : 625). Les visiteurs peuvent désormais planifier leurs excursions littéraires grâce à de nombreux sites web, qu’il s’agisse de blogues de passionnés, de sites commerciaux ou d’initiatives publiques, par exemple GéoCulture[1], un service qui propose par le biais d’applications mobiles l’accès à des extraits d’œuvres en lien avec l’environnement immédiat de l’utilisateur (Thuillas, 2016). À partir de leur ordinateur, les touristes peuvent avoir accès, pour toute localité, à des informations relatives aux hauts lieux de la littérature, aux auteurs ou aux œuvres qui leur sont associés, mais également aux librairies et bouquinistes présents, ainsi qu’aux manifestations littéraires (festivals et ateliers) auxquelles ils pourraient participer, etc. Les voyagistes aussi se sont mis à proposer des parcours littéraires[2], qui peuvent offrir autant des cours d’analyse littéraire que des rencontres avec des spécialistes de littérature (Robinson et Andersen, 2004). Si l’on peut s’interroger sur l’authenticité de cette « industrialisation des biens symboliques » (Bouquillon et al., 2013), force est de constater que les opérateurs privés ne sont pas insensibles à l’attractivité du prédicat littéraire pour qualifier leurs activités : en témoignent le groupe de location de résidences de vacances Abritel HomeAway qui a récemment affiché sur son site une page dédiée au « tourisme littéraire[3] » ou encore la création de la Société des hôtels littéraires, où les écrivains éponymes n’ont du reste pas nécessairement séjourné, tel l’Hôtel littéraire Alexandre Vialatte du groupe Best Western, ouvert à Clermont-Ferrand en 2016[4].

Le tourisme littéraire entraîne donc le visiteur sur les traces d’un auteur, d’un univers de fiction, ou explore un territoire à travers les multiples regards littéraires, selon la définition proposée par Shelagh Squire, une des pionnières de ce champ de recherche, pour qui ces pratiques sont « associated with places celebrated for literary depictions and/or connections with literary figures » (1996 : 119). Or, si la plupart des formes de tourisme littéraire précédemment citées ont donné lieu, depuis les années quatre-vingt-dix, à de nombreuses publications dans la sphère académique anglo-saxonne – citons entre autres Shelagh Squire (1992 ; 1993 ; 1994 ; 1996), David Herbert (1996 ; 2001), Hans-Christian Andersen et Mike Robinson (2002 ; 2004), Nicola Watson (2006 ; 2009) –, il n’en a quasiment jamais été fait explicitement mention dans les publications francophones avant la thèse d’Aurore Bonniot-Mirloup, Imaginaire des lieux et attractivité des territoires : Une entrée par le tourisme littéraire : Maisons d’écrivain, routes et sentiers littéraires, soutenue en 2016, à l’exception de quelques parutions récentes, signe que le concept commence peut-être à se diffuser (articles de Karine-Larissa Basset et Jean-Noël Pelen ; de Maria Gal ; de Bertrand Lévy ; d’Aurore Bonniot-Mirloup et Hélène Blasquiet publiés dans le numéro thématique « Géographie, littérature, territoires » de la revue Territoires en Mouvement coordonné par Mauricette Fournier [2016b] et brève présentation de Sylvain Zeghni et Nathalie Fabry parue en 2017 dans Juristourisme). En recensant avec un objectif d’exhaustivité les contributions scientifiques en langue anglaise, avant d’en synthétiser les résultats, Aurore Bonniot-Mirloup aura certainement fait œuvre de « passeur » (2016a ; 2016b ; 2016c). Ainsi explique-t-elle tant la place du tourisme littéraire dans le tourisme culturel et patrimonial que les profils, les pratiques et les attentes des « touristes littéraires », avant de proposer de situer cette expérience touristique à la croisée d’un triptyque auteur–œuvre–lieux qui

permet de « casser » le couple idiosyncratique de l’auteur et de l’œuvre. En effet, l’expérience du lieu resitue la perception du touriste sur le même plan que celle de l’auteur, quand la lecture le plaçait uniquement en récepteur […] Ce triangle se constitue de manière schématique à visée simplificatrice de trois pôles. Le pôle « auteur » relie le visiteur au domaine de la connaissance et de l’histoire, des faits réels. Le pôle « œuvre » en appelle à l’imaginaire et à la fiction. Enfin, le pôle « lieu(x) » se prête à l’expérience physique du visiteur […] C’est par ce pôle que survient la pratique touristique du territoire. (Bonniot-Mirloup, 2016b : 142)

Afin d’en poursuivre l’exploration, l’appel à contribution pour le présent numéro de Téoros invitait les auteurs et les auteures à s’intéresser au tourisme littéraire à partir de trois entrées principales, déclinées selon plusieurs questionnements :

  • Les acteurs du tourisme littéraire : impliquant la reconnaissance et l’analyse des dynamiques d’acteurs (voyagistes, responsables de musées, associations, touristes, etc.) propres au tourisme littéraire et leur articulation aux autres dimensions du tourisme, de l’aménagement du territoire et/ou de la vie quotidienne.

  • Les paysages et les lieux du tourisme littéraire : les effets du tourisme littéraire sur l’attractivité et la fréquentation des lieux ; les négociations pouvant s’opérer entre impératifs patrimoniaux et enjeux économiques ; l’articulation entre les motivations des visiteurs et celles des institutions gestionnaires des héritages littéraires.

  • Les méthodologies privilégiées pour analyser le tourisme littéraire : la mesure de ses retombées économiques et sociales ainsi que la plus-value expérientielle d’une pratique éminemment introspective.

Les contributions de ce numéro thématique se classent en deux catégories principales, d’inégale importance, la première explorant la construction des territoires par la littérature, avec une variante mobilisant plus spécifiquement la cartographie, la deuxième s’intéressant, sous l’angle de la réception, au lecteur-touriste.

Tourisme et construction littéraire des territoires

La première série de contributions se concentre sur la construction littéraire des territoires, soulignant, dans la lignée des travaux de Bertrand Westphal (2007 ; 2011), la performativité de la littérature et des imaginaires littéraires pour spécifier des espaces, une performativité qui s’impose naturellement lorsqu’il s’agit d’étudier des situations de mise en tourisme s’appuyant sur des récits ou sur la biographie de ceux qui les ont écrits (Andersen et Robinson, 2002 ; Le Bel, 2012 ; Bonniot-Mirloup, 2016a ; 2016b). Dans ces contributions, la valorisation des patrimoines littéraires a souvent été abordée à partir d’une approche théorique fondée sur la notion de « ressource spécifique », c’est-à-dire une particularité locale mobilisée (« transformée en actif », « activée ») par des acteurs en vue d’un projet (Gumuchian et Pecqueur, 2007). Ce concept, comme l’ont souligné Gabriel Colletis et Bernard Pecqueur (2005), s’avère particulièrement fécond pour appréhender les processus de territorialisation, « corollaire […] d’une mondialisation davantage fondée sur l’approfondissement de la diversité (diversité des trajectoires socio-économiques des différents espaces et territoires, diversité des ‘modèles’ productifs, etc.) que sur une supposée tendance générale à l’homogénéisation ». La notion de ressource spécifique permet d’éclairer l’engouement actuel des acteurs à vouloir révéler leurs territoires par la valorisation des patrimoines littéraires qu’ils recèlent et à œuvrer à la transformation de leurs valeurs d’existence en valeurs d’usage (Greffe, 2003 ; Thuillas, 2009). Les deux premiers articles cherchent à montrer les processus mis en œuvre dans cette « fabrique littéraire des territoires » (Molina, 2014 ; 2016) à partir d’exemples qui privilégient un principe d’accumulation sur un même espace (corpus varié d’œuvres produites par différents écrivains), tandis que le troisième est centré sur la valorisation d’une unique figure tutélaire.

À partir d’une approche fondée sur l’histoire culturelle, Ivanne Galant brosse un panorama diachronique très complet de la « mise en littérature », étroitement associée à la « mise en tourisme » de la ville de Séville. Elle montre comment le phénomène démarre avec l’engouement d’écrivains français qui prennent la ville comme cadre privilégié de leurs œuvres – du Barbier de Séville (1775) à Carmen (1845) –, se poursuit au cours du XIXe siècle par la publication de nombreux guides de voyage invitant les visiteurs à partir sur les traces des personnages littéraires de ces récits, fussent-ils des archétypes, avant que le relais ne soit assuré, au cours du XXe siècle, par l’initiative institutionnelle qui vise à expliciter et développer la dimension littéraire (et plus largement artistique) du tourisme à Séville.

Mathilde Roussigné s’intéresse quant à elle à un objet encore peu étudié, la résidence d’écrivain, à partir d’un exemple pionnier en France, « Écrivain en Seine-Saint-Denis », lancé en 1986 dans un contexte politique local particulier, à savoir que le dispositif a été promu par des édiles communistes dans un objectif de soutien à la création et de démocratisation. Contrairement à bien d’autres expériences de ce type, il n’implique ici pour les écrivains ni l’obligation de participer à des actions culturelles, ni celle de rédiger des textes en lien avec les lieux. L’auteure vise alors à expliciter comment les inflexions ultérieures de cette expérience novatrice vont conduire, par divers biais, à la constituer comme une véritable ressource territoriale, dans les champs du tourisme et des loisirs littéraires : par sa seule présence, l’écrivain en résidence valorise le territoire et dynamise ses institutions culturelles, tandis que les textes néanmoins produits, pendant ou après le séjour, vont aboutir à la constitution d’un important corpus définissant symboliquement le département comme territoire littéraire susceptible d’engendrer des pratiques touristiques.

C’est ensuite « [s]ur les pas de Giono dans les Alpes-de-Haute-Provence » que nous convie Antoine Marsac. L’exemple des balades littéraires créées en 1993 par le Centre Jean Giono de Manosque lui permet de mettre en évidence, par une démarche sociologique, les enjeux de la politique touristique développée autour de la biographie et des œuvres de l’homme de lettres provençal, chantre d’un haut-pays caractérisé par l’austérité magnifiée de son mode de vie rural. Ce faisant, il rappelle le caractère historiquement élitiste des pratiques itinérantes, a fortiori quand elles sont associées à des dimensions littéraires, et souligne la reconstruction contemporaine d’un stéréotype de l’arrière-pays montagnard qui renoue avec la tradition régionaliste du XIXe siècle, ces deux éléments contribuant, au-delà de la simple notoriété de l’auteur, à revivifier la mémoire collective et à patrimonialiser les ressources culturelles du département.

Cartographie littéraire et révélation des patrimoines

Dans la lignée des contributions précédentes, les articles qui suivent illustrent également la construction des territoires par la littérature et la valorisation de la ressource par des catégories variées d’acteurs. Cependant, les distingue des précédentes études de cas une méthodologie qui convoque plus clairement la carte, qu’il s’agisse de dessiner un nouveau territoire littéraire ou de l’utiliser pour relire l’espace social. Nouveau domaine d’expérimentation initié par Franco Moretti (2000 ; 2008) et Barbara Piatti (2008), la cartographie littéraire ou narrative tend à se développer ces dernières années de manière très pluridisciplinaire et rencontre parfois les cartes communautaires (Caquard et Cartwright, 2014 ; Fournier, 2016a ; Péraldo, 2016). La mise en carte des récits, selon le principe de la cartographie littéraire, ou des patrimoines, selon celui de la cartographie communautaire (Parish Maps britannique ou Mappe di Comunità italienne), a déjà démontré tout son intérêt, sur le plan tant heuristique qu’opérationnel, pour révéler un territoire, car, comme le souligne Moretti, elle fait apparaître « des qualités émergées » (2008 : 89).

Contrairement à Séville, Saint-Jacques-de-Compostelle, ville mondialement connue pour son pèlerinage religieux, n’avait pas suscité l’intérêt des écrivains du XIXe siècle, amateurs d’orientalisme. Et ce n’est que récemment que les acteurs locaux ont cherché à valoriser la ville par ses écrivains, en créant des parcours littéraires. Dans son article, Arantxa Fuentes Ríos explique bien ce que ces réalisations contemporaines doivent à un précurseur, le journaliste Victoriano García Martí, qui, à partir des années vingt, s’est efforcé de mettre en lumière le patrimoine compostellan, en proposant notamment des parcours autour de l’écrivaine Rosalía de Castro dont il n’hésite pas à scénariser la vie quotidienne. Par la cartographie littéraire, l’auteure cherche à révéler la dynamique entre fiction et réalité mise en œuvre par García Martí, ainsi que son intention régionaliste de légitimer la culture galicienne.

C’est à une carte culturelle ou carte communautaire, déterminée par des associations de citoyens engagés dans la préservation de la mémoire des écrivains du département de l’Allier et destinée à en promouvoir la production littéraire, qu’a abouti l’expérience de recherche-action participative ici décrite par Pierre-Mathieu Le Bel et Mauricette Fournier, qui cherchent à mettre en lumière, dans une visée opérationnelle, les processus qui ont permis de susciter une dynamique collective d’apprentissage autour du tourisme littéraire dans un territoire économiquement et démographiquement fragile. Analysée sous l’angle et les principes de l’innovation sociale et territoriale, cette action novatrice de révélation et de valorisation de la ressource montre que même s’ils ne bénéficient pas d’une forte notoriété, des patrimoines littéraires partagés peuvent participer au capital socio-territorial.

Le lecteur-touriste : l’expérience littéraire par la pratique odographique

Les articles de cette seconde partie s’intéressent plus particulièrement aux « touristes littéraires » (Watson, 2006) qui sont, dans deux des trois exemples présentés, eux-mêmes des écrivains et plus encore des écrivains « en marche », qu’il s’agisse d’arpenter une ville ou de pérégriner sur des chemins de campagne, cette association du déplacement et de son récit renvoyant du reste aux origines du tourisme (Bertho-Lavenir, 1999). Le caractère performatif de la littérature, signalé précédemment, est encore à l’œuvre, car si la valorisation des récits est susceptible d’attribuer une signification au lieu, elle peut aussi donner sens aux pratiques récréatives qui lui sont attachées. La littérature joue donc un rôle dans le développement du tourisme, tant du côté de l’offre que de celui de la demande qui se manifeste en particulier par la quête d’expériences (Robinson et Andersen, 2004 ; Bonniot-Mirloup, 2016b). Cela débouche sur la problématique des horizons d’attente, comme l’avait très tôt relevé la géographie humaniste (Pocock, 1981), et de la réception des récits par les lecteurs (Guimont-Marceau et Le Bel, 2012), qui peut aller jusqu’à générer un « mimétisme expérientiel », en particulier lorsque « le dialogue entre l’œuvre et les lieux [est] instauré par la marche » (Bonniot-Mirloup, 2016b : 220).

Hiromi Takahashi nous invite ainsi sur les traces d’une écrivaine japonaise, Hayashi Fumiko, dans le Paris des années trente. Elle nous explique tout d’abord comment la capitale française est devenue, au début du XXe siècle, « la ville des lettres » idéalisée, et à ce titre recherchée par les artistes japonais, et comment cet imaginaire lettré a influencé Fumiko dans son désir de connaître à son tour cette forme de tourisme culturel déjà documentée par ses compatriotes. Analysant ensuite les nombreux textes (journal, récits de voyage, romans, essais) produits durant son séjour, l’auteure insiste tout particulièrement sur le rôle de la marche comme moyen privilégié par l’écrivaine de pratiquer la ville ; et sur le fait que « vivre pauvrement mais librement » à Paris aurait paradoxalement permis à Hayashi Fumiko d’affirmer « son identité dans l’altérité ».

Une cinquantaine de récits viatiques publiés au cours des vingt dernières années, relatant tous le pèlerinage jacquaire, constituent l’important corpus sur lequel s’est appuyé Pierre Rajotte pour montrer comment l’expérience compostellane contribue à construire une identité narrative fondée sur l’« héroïté », c’est-à-dire, pour les pèlerins-écrivains, à « vivre leur périple comme un personnage de récit qui leur fournit un modèle d’action ». L’auteur met en évidence le poids des lectures antérieures – parfois leur accumulation – dans cette construction, comme il souligne l’importance du désir mimétique, nourri de modèles littéraires : en constitue une parfaite illustration l’ouvrage de Paulo Coelho, Le pèlerin de Compostelle, cité par deux écrivains (Simone Bettinger et Rhéal Sabourin) comme élément déclencheur de leur départ pour Saint-Jacques-de-Compostelle.

Parfois le lecteur-touriste ne se contente pas de s’élancer, livre en poche (en la circonstance un exemplaire de la Pléiade « dans le sac de voyage »), sur les traces de son auteur favori. Il lui arrive aussi de vouloir faire partager ses émotions et promouvoir un héritage littéraire jugé insuffisamment valorisé. Ainsi en est-il de Catherine Sicart qui, à partir d’une expérience vécue in situ sur les lieux de vie et de production des premiers écrits d’Albert Camus en Algérie, se livre d’une part à un travail introspectif de redéfinition du lecteur-touriste, d’autre part à l’exercice de conception d’un circuit idéal permettant «  de reconstituer l’assise de l’œuvre littéraire en prenant comme point de départ les origines de son élaboration ». Son projet présente aussi une dimension interculturelle qui interroge le rapport des sociétés algérienne et française à une mémoire conflictuelle et fragmentée «  dont la construction collective fait défaut ».

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Parties annexes