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Tourisme littéraire

L’écrivain en résidence : une ressource territoriale ?

  • Mathilde Roussigné

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  • Mathilde Roussigné
    Doctorante (Équipe d’accueil « Littérature, histoires, esthétique »), Département de Lettres, Université Paris 8 Vincennes–Saint Denis
    mathilde.roussigne@univ-paris8.fr

Corps de l’article

Comment évaluer les retombées territoriales du programme de résidences « Écrivains en Seine-Saint-Denis », l’un des tout premiers dispositifs de résidences d’écrivains à avoir été mis en place en France, en 1986, dans le département communiste de la Seine-Saint-Denis ? La complexité du sujet dépend tout d’abord de son objet. Carole Bisenius-Penin (2015 : 7) signale le « manque de recherches universitaires sur la problématique des résidences d’auteurs », dont s’emparent récemment des chercheurs en science de l’information et de la communication ainsi qu’en sociologie[1]. Du côté des géographes, Géraldine Molina (2010) a proposé une brève étude du dispositif « Écrivains en Seine-Saint-Denis » dans le cadre d’une thèse sur l’utilisation de la littérature par les faiseurs de ville, dispositif qu’elle étudie comme l’une des modalités de présence du littéraire dans la ville dont les enjeux majeurs sont avant tout politiques et sociaux, puisqu’il s’agit par ce dispositif, parmi d’autres, de (re)construire une identité urbaine. La résidence d’écrivain représenterait-elle alors une ressource politique et sociale pour le territoire ?

Le développement significatif des résidences d’écrivains est généralement analysé dans le cadre des grandes lignes de la politique culturelle des années 1990[2] : conséquence des lois de décentralisation de 1982-1983 et, partant, de la responsabilité croissante des collectivités dans le financement public de la culture, la résidence est le symptôme d’une territorialisation des politiques culturelles, mais elle vient surtout répondre à ce que Thomas Hélie (2005) nomme un « impératif de proximité ». Dans les années 1990, la notion de proximité devient la source d’une légitimité nouvelle dans le domaine de l’intervention publique tout en répondant à des stratégies et à des nécessités administratives, politiques, financières et institutionnelles[3]. C’est dans ce contexte qu’est notamment lancé le programme des « équipements culturels de proximité » (1993), « véritable gageure pour les fonctionnaires de la culture » car il s’agit par là de « concilier l’exigence qualitative et l’accessibilité », de « viser la plus grande exigence possible et favoriser la fréquentation la plus large, notamment de la part des publics peu familiarisés avec la pratique culturelle » (note transmise par la DRAC [Direction régionale des affaires culturelles] du Limousin à la Délégation au développement et aux formations, dans Hélie, 2005 : n.p.), double objectif que l’on retrouve précisément dans le cadre des dispositifs de résidences d’écrivains. C’est pour cette raison qu’il semble intéressant, dans le cadre d’une réflexion sur les ressources du tourisme et des loisirs littéraires, de poser la question de la capacité de ces dispositifs résidentiels à participer des entreprises de développement local. Pour le dire autrement, il s’agit alors de penser la résidence comme ressource territoriale.

Ainsi que le notent Henri Gumuchian et Bernard Pecqueur, « la notion de ressource territoriale s’impose comme une figure nouvelle du développement et de l’aménagement des économies dans le grand bouleversement postfordiste de la mondialisation » (2007 : 5). Le territoire, notion qui avait acquis progressivement le statut d’objet géographique, est devenu plus récemment un objet économique et politique ainsi qu’une échelle à la base de laquelle se développent les politiques publiques[4]. La ressource, cette « caractéristique construite d’un territoire spécifique, et ce, dans une optique de développement », se définit alors à l’intersection d’une « intentionnalité des acteurs » et d’un « substrat idéologique du territoire ». Pour le dire autrement, la ressource territoriale est un objet intentionnellement construit à partir des composantes matérielles (le patrimoine par exemple) et idéelles du territoire (ibid. : 5-6).

Comment penser alors la résidence d’écrivain comme ressource territoriale ? La résidence d’écrivain répond à un double objectif de « soutien à la création et de démocratisation » (Sapiro et Rabot, 2016). Réunion ou juxtaposition problématique d’un projet de création littéraire et d’un projet d’intervention publique, elle a d’ailleurs considérablement modifié le « faisceau de tâches » (Hughes, 1996) de l’écrivain et des différents acteurs qui interviennent dans la mise en place et le fonctionnement de la résidence. Les activités dites « paralittéraires » (Bisenius-Penin, 2015) de l’écrivain en résidence – production de textes de création, ateliers d’écriture, rencontres, enquêtes de terrain, organisation de cartes blanches… – représentent un nouveau bénéfice non négligeable, ainsi que le souligne Molina, puisque le bénéfice pour l’instigateur de la résidence (et donc pour les collectivités territoriales s’appuyant sur ce type de dispositif) est désormais double. Le dispositif permet en effet la mobilisation de l’écrivain dans des tâches relevant de l’action culturelle, mais très souvent, par le biais de la commande de texte, il « permet également la valorisation ou du moins la représentation de l’espace de la résidence dans l’œuvre littéraire elle-même, œuvre qui devient aussi un faire-valoir pour les territoires concernés » (2010 : 50).

Le cas du programme « Écrivains en Seine-Saint-Denis » représente un intérêt non négligeable pour l’étude, car il est l’un des dispositifs de résidences les plus anciens et pérennes en France, qui permet d’affiner les analyses et parfois de les nuancer, concernant le contexte de son apparition par exemple, ou encore concernant les modalités d’une possible instrumentalisation de l’écrivain. La résidence consiste actuellement en une bourse de 15 000 euros pour un projet de création de dix à douze mois articulé à une présence régulière dans l’institution qui accueille l’auteur sur le territoire.

Nous proposons ici d’exposer les modalités selon lesquelles « Écrivains en Seine-Saint-Denis » constitue une ressource territoriale en fonction des intentions des divers acteurs concernés – la notion de ressource impliquant une double prise en compte de l’intentionnalité et du territoire. Notre approche est diachronique : il s’agira d’abord de rappeler la conception communiste du dispositif qui a marqué les premières années de sa mise en place et qui implique une pensée spécifique de la ressource que ce dernier peut représenter pour le territoire. L’analyse des archives de la presse départementale, des discours des élus de l’époque ainsi que les entretiens avec la créatrice du dispositif permettent de comprendre les intentions et le référentiel des acteurs impliqués. Si aux origines du dispositif les deux bénéfices pour le territoire que sont l’action culturelle et la commande sont mis à distance, dans un second temps l’inflexion progressive d’« Écrivains en Seine-Saint-Denis » et les nouvelles potentialités en termes de développement territorial que les différents acteurs y décèlent seront soulignées. À partir d’entretiens avec plusieurs professionnels impliqués dans le dispositif et d’une analyse des textes périphériques aux résidences, nous nous intéresserons d’une part à la ressource que représente l’écrivain lui-même, acteur sur le territoire, et d’autre part aux productions littéraires qui depuis plus de vingt ans ont progressivement élaboré un corpus territorial qui participe à la patrimonialisation de certains lieux du département.

La ressource littéraire à l’éclairage du référentiel communiste : aux origines du dispositif de résidence

La mise en place du dispositif de résidence « Écrivains en Seine-Saint-Denis » : réseau et références

D’un point de vue méthodologique, l’analyse politique des trente dernières années fait ressortir la franche hétérogénéité à l’œuvre dans les systèmes de décisions politiques, ainsi notamment des travaux de Pierre Muller (2000) d’« analyse cognitive des politiques publiques ». Si les facteurs territoriaux et institutionnels sont déterminants dans l’apparition d’« Écrivains en Seine-Saint-Denis », nous nous attacherons cependant à prendre en compte les rôles des acteurs, de leur réseau et de leur référentiel.

En 1986, trois départements fortement urbanisés de la petite couronne parisienne (Seine-Saint-Denis, Hauts-de-Seine et Val-de-Marne) échappent à la toute nouvelle loi[5] concernant la lecture publique et la nécessité d’une bibliothèque départementale chargée, sous l’égide du Conseil général, de constituer et de soutenir un réseau de bibliothèques publiques dans les communes de moins de 10 000 habitants. La politique du livre en Seine-Saint-Denis ne se fonde donc pas sur le principe de fonctionnement d’une bibliothèque départementale, le maillage des bibliothèques et des médiathèques étant déjà très fort sur le territoire. Elle ne dépend pas non plus des initiatives d’un Centre régional du livre, l’Île-de-France abritant déjà le Centre national du livre. En 1986, il s’agit donc pour la Seine-Saint-Denis de proposer une politique du livre départementale « originale », pour reprendre le terme de la fondatrice du dispositif, Henriette Zoughebi (ancienne directrice d’Écrivains en Seine-Saint-Denis, communication personnelle, entrevue réalisée à Noisy-le-Grand le 16 mars 2016), une alternative à la mise en place d’une bibliothèque départementale.

À ce contexte territorial doivent alors s’ajouter des facteurs humains, l’importance des acteurs dans l’orientation des politiques publiques n’étant plus à démontrer (Muller, 2000). La fondatrice du dispositif s’essaie à l’action culturelle en amont en tant que directrice de la bibliothèque d’Aulnay-sous-Bois, en organisant dès lors des événements littéraires, des rencontres avec les auteurs. Elle démarche pendant plusieurs années les écrivains afin de les attirer sur un territoire alors isolé et développe un réseau de créateurs disponibles, voire engagés. L’un des principaux événements consacrés à Paul Éluard est élaboré en collaboration avec l’écrivain Louis Aragon et des liens d’amitié se tissent également avec Bernard Noël et Didier Daeninckx, par exemple. Il s’agit là d’une constellation de « compagnons de route », ainsi que les nomme explicitement Zoughebi, reprenant ainsi l’expression consacrée qui désigne les intellectuels sympathisants du Parti communiste. Le commerce amical entre élus, Bureau du livre et écrivains en Seine-Saint-Denis se fonde ainsi sur cette notion clé du compagnonnage, cette camaraderie d’idées qui permet de constituer un « groupe » qui participe à l’élaboration d’événements littéraires hors du livre.

La notion de référentiel[6] de Muller est alors une notion clé pour comprendre la naissance du dispositif. La culture en Seine-Saint-Denis dans les années 1970-1980 est marquée par un double héritage idéologique : celui du réalisme socialiste qui influence profondément la conception du statut de l’artiste, et plus spécifiquement de l’écrivain indissociablement lié au projet politique communiste ; et celui de la perestroïka naissante et du projet de « transparence » (glasnost) impulsé par Mikhaïl Gorbatchev en URSS, relayé dans le Parti communiste français par la branche refondatrice qui s’exprime notamment dans l’hebdomadaire Révolution, défendant la liberté et l’indépendance du créateur[7]. Or c’est précisément dans ce réseau intellectuel que s’inscrivent Henriette Zoughebi et Georges Valbon (président du département, ouvrier typographe qui appuiera constamment le projet de résidence).

La lecture publique : une ressource non marchande pour les politiques communistes

« Écrivains en Seine-Saint-Denis » est à comprendre dans le cadre d’une politique communiste de la lecture publique. C’est dans le prolongement d’une lutte contre le capitalisme culturel que le président du Conseil général inscrit le nouveau dispositif dans une présentation publiée dans le journal de la culture départemental :

La transformation du livre en produit, l’analyse de la relation écriture-lecture en seuls termes de marketing reconstituent un élitisme ségrégatif. Seuls lisent ceux qui en ont les moyens, non plus tant financiers que culturels […] L’écrivain échappé de sa tour d’ivoire, a été rattrapé et embastillé. Et sa prison se décline en rayonnages et vitrines où la pérennité de l’œuvre dépend avant tout du chiffre de vente. Or […] la réalité sociale ne se décline justement pas uniquement en termes de marketing et de courbes de ventes.

En Seine-Saint-Denis, mes amis du Conseil général ont depuis l’origine posé les problèmes de culture non pas comme prestige, ou supplément d’âme, mais en tentant de créer les conditions d’une interactivité sociale. À ce titre, nous considérons la lecture comme un élément structurant de l’épanouissement de la personnalité […] la lecture comme instance de questionnement de la réalité. (Valbon, 1987)

Dans ce cadre d’un affrontement de la littérature au marché, la promotion de la lecture publique ne peut s’envisager, pour le département, que par une lutte contre la marchandisation des biens culturels. La sortie de l’espace marchand pour entrer dans « la réalité sociale » permet ainsi de replonger pêle-mêle dans « l’interactivité sociale[8] » les écrivains eux-mêmes, leurs textes et les lecteurs. Pour la politique communiste de la lecture en Seine-Saint-Denis, c’est ainsi par le soutien direct à la création que peut se mener la lutte contre la ségrégation que subit le public exclu de la consommation culturelle. C’est précisément parce qu’elle offre une résistance à la marchandisation culturelle que la résidence cumule les fonctions de soutien à la création et de démocratisation.

Le référentiel communiste de la politique de la lecture publique met ainsi à distance deux prismes d’analyse habituels du dispositif de la résidence d’écrivain. Les notions de « médiation culturelle » et d’un équilibre toujours précaire pour l’écrivain entre le temps consacré à l’écriture et le temps consacré à l’« animation » littéraire[9] ne seront pas mobilisées. Pas plus que la référence au marketing territorial[10], puisqu’il semble qu’il s’agisse précisément de lutter contre « l’analyse de la relation écriture-lecture en seuls termes de marketing » (Valbon, 1987). « C’était pas du tout en lien avec le marketing territorial. C’était lié à ce qu’était la classe ouvrière à ce moment-là », précise Zoughebi (communication personnelle, 16 mars 2016). L’inscription du dispositif de résidence dans le cadre d’une lutte contre la marchandisation de la culture permet aux politiques communistes de la lecture publique de regrouper logiquement et presque indissociablement le soutien à la création et la démocratisation, deux ressources dont le rapport n’est généralement pas aussi évident, selon d’autres référentiels.

Ni action culturelle ni commande – mise à distance de « l’œuvre faire-valoir »

Le double bénéfice qu’évoquait Molina – l’action culturelle de l’écrivain et la commande de texte – est ainsi mis à distance par le référentiel communiste. La première année, trois écrivains sont accueillis dans le programme, choisis par affinités esthétiques mais aussi politiques : François Bon, Didier Daeninckx et Bernard Noël. L’action culturelle n’est pas systématisée et le dispositif ne disposant pas de fonds pour l’édition, il n’est pas en mesure de passer commande. Il s’agit pour les écrivains de venir vivre un an en Seine-Saint-Denis – le logement leur est fourni – et que cette expérience nourrisse indirectement leurs productions littéraires d’« éclats de réel » (Zoughebi, 1987).

Le cas de la résidence de François Bon est à cet égard intéressant, car il pose de manière problématique la question de la ressource que peut être la littérature pour le lieu. Celui-ci, en résidence à Bobigny, en appelle à l’héritage dantesque pour poser des mots sur la ville : dire le « jamais vu », « l’état de décomposition », « l’urgence », « le renoncement » de la cité dans laquelle il réside (Bon, 1987 : 33) implique d’« adopter le point de vue de l’enfer » (ibid. : 34). La dizaine de mois passés dans la tour Karl Marx ont en effet été pour lui un choc. Dans le fascicule qui sera à l’époque distribué à 8000 exemplaires dans le département, il déclare :

On m’a installé au seizième étage d’une tour, en rang avec six autres autour d’une dalle de ciment avec un bistrot et un Codec, au-dessus d’une voie ferrée où passe [sic] deux mille wagons de marchandises par jour. Le plus dur, c’est la crasse. La pisse, les blattes, les laissez-aller. Pourtant, Karl Marx à Bobigny, vu de loin, ça n’accuse pas ses vingt ans d’âge… (ibid. : 33)

Dans l’outil promotionnel lui-même, l’idée du portrait élogieux du lieu est mise à distance. Il s’agit à l’inverse d’un portrait-charge de la cité Karl Marx, et cela est d’autant plus intéressant que cette dernière représente l’un des chantiers urbanistiques majeurs de la ville communiste de Bobigny dans les années 1960-1970, impulsé et suivi de très près par un conseiller municipal puis maire de l’époque, Georges Valbon[11].

Le livre Décor ciment de François Bon (1988) paru après la résidence en Seine-Saint-Denis est ainsi résumé par le critique Jean-Claude Lebrun (1988) : « Douze mois dans une tour HLM, avenue Karl Marx à Bobigny, la réalité en pleine figure, et ceux qui ne comprennent pas qu’il faille la dire. » La mention d’une réception problématique du texte nous intéresse ici à plusieurs titres : non seulement éclaire-t-elle le rôle inconvenant et déstabilisant de la littérature lorsqu’elle se saisit d’un territoire, mais elle révèle pareillement un conflit concernant les attentes des élus et de la population envers le compagnon de route qu’est l’écrivain. Dans Décor ciment, l’aménagement du territoire est dans le meilleur des cas inutile, souvent mensonger, ainsi du bâtiment le Six, dont l’écrivain dévoile l’instrumentalisation et l’imposture : « bâtiment pour faire oublier les autres, et qu’on voit sur toutes les photos d’ici » (p. 142). La plupart du temps, les politiques urbaines semblent nées des projets absurdes d’un « architecte fou » (p. 45) travaillant dans une pièce « silencieuse et close » et ne levant jamais les yeux vers sa fenêtre (p. 46)[12]. Les politiques urbaines ne sont que « des choses pensées qui se referment autour de l’homme au lieu qu’il se construise dans leur arbitraire » (p. 119), l’empilement vertical des populations dans les cités échappe à la logique humaine : « il est bien étrange de considérer, à force, normal d’habiter ainsi, au vingtième, un logement ouvrant sur un mur de soixante mètres de haut » (p. 113)[13].

Le texte est accueilli de manière problématique, par les élus mais aussi par des habitants blessés de la peinture misérabiliste de leur ville. Valbon (1988), alors président du Conseil général, déclarera à l’occasion de la sortie du livre : « Je dois dire que parfois cette lecture m’a fait mal, comme me font mal, lors de mes permanences d’élu, les rencontres avec certaines détresses, les récits de vies inhumaines, les regards d’hommes cassés par le malheur. »

Si l’écrivain en résidence se fait ressource pour le territoire, c’est parce qu’il met en lumière dans ses textes, « sous le décor de ciment, le nerf malade » (Bon, 1988 : 105). Le compagnon de route est ainsi mobilisé et défendu, du côté des tenants de la ligne libérale dont font partie Zoughebi et Valbon, en tant que visionnaire. Son point de vue critique et avant-gardiste est la garantie d’un dévoilement de la vérité du monde en vue de sa transformation[14]. La présence de l’écrivain sur le territoire de la Seine-Saint-Denis au lancement du dispositif représente donc une plus-value limitée, d’un point de vue économique, touristique ou communicationnel, ainsi qu’en témoignent les réactions médiatiques notamment.

La naissance du dispositif pose ainsi question au chercheur, met à l’épreuve la notion de ressource : pas d’œuvres faire-valoir, difficile mesure de la dynamisation de la lecture publique, pas de souci chez les élus de l’attraction de la classe créative, sans parler du tourisme littéraire. Son évolution et son fonctionnement actuel permettent cependant d’identifier des bénéfices possibles pour les différents acteurs du territoire.

L’écrivain en résidence : une multiplicité de ressources en fonction des acteurs

« L’écrivain est l’occasion » – Maillage, attractivité et dynamisation territoriale

Les acteurs qui permettent et qui exploitent les ressources de la résidence d’écrivain en Seine-Saint-Denis sont nombreux, et ce, d’autant plus que depuis quelques années le dispositif a la particularité d’avoir diversifié les types de structures accueillant les écrivains (bibliothèques, centres culturels, mais aussi désormais entreprises, clubs de sports, restaurants, aéroports, établissements publics…), ce qui permet d’observer un certain infléchissement dans les discours. La venue de l’écrivain en résidence constitue une ressource différente pour chacun des acteurs.

Les résidences d’écrivains en médiathèque, lieu d’accueil encore le plus fréquent et privilégié pour les résidences (trois sur les six résidences annuelles), présentent des intérêts non négligeables pour le territoire, en termes de mise en réseau notamment. Ainsi que le remarque Juliette Panossian (chargée de mission au Bureau du livre du département de la Seine-Saint-Denis, entrevue réalisée à Bobigny le 5 février 2016) : « L’écrivain c’est l’occasion… quand il est en médiathèque, il est certes avec l’équipe et les publics de la médiathèque, mais il peut mener des ateliers des rencontres avec une association de quartier, des projections dans le cinéma municipal. »

Le cas de la résidence d’un écrivain en 2015-2016 sur le territoire en est un bon exemple. Pour le directeur de la bibliothèque, il s’agit moins de travailler à l’élargissement des publics – même si la résidence y participe, indirectement, puisqu’elle donne de la médiathèque l’image d’un lieu dynamique – que de rayonner, avant tout, au sein des autres services de la ville. Tombée en désuétude et sans direction pendant de nombreuses années, la bibliothèque a retrouvé un dynamisme depuis son entrée dans une communauté d’agglomérations, et l’enjeu est alors celui d’une prise en compte de ce changement par les services de la mairie. L’inauguration de la résidence par un événement culturel à la bibliothèque a ainsi été marqué par la présence inhabituelle de la maire, du service de communication de la ville et de représentants d’institutions culturelles, scolaires ou sociales de la ville qui s’étaient désintéressées les années précédentes de la bibliothèque. La résidence est ainsi un faire-valoir pour la bibliothèque et permet de la réinsérer dans le réseau des infrastructures publiques de la ville ; elle a ici une fonction de dynamisation de l’institution culturelle. Par ailleurs, l’écrivain constitue une main-d’œuvre disponible pour cette entreprise de mise en réseau sur le territoire : plus disponible, mobile, il est envoyé pour mener des activités dans les centres sociaux et culturels de la ville afin de renforcer les partenariats avec la bibliothèque, ainsi que le confirme le directeur (communication personnelle, 2016) : « C’était pas trop avouable, mais ça fait partie d’un processus que j’ai commencé à mettre en marche : montrer que la bibliothèque a développé sa programmation culturelle. Et en fait c’était aussi pour renforcer nos partenariats – se dire : l’écrivain qui est là, il est plus disponible que nous pour aller sur le terrain, dans d’autres équipements. »

Pour le Bureau du livre, à l’échelle du département, on constate un infléchissement du discours désormais irrigué par un nouveau référentiel : l’enjeu d’attirer sur les territoires la classe créative. L’ouverture à d’autres lieux de résidences (comités d’entreprises, clubs de sport, etc.) participe de ce mouvement, selon le Bureau du livre (Panossian, communication personnelle, 5 février 2016) : « Par exemple, quand c’est dans une entreprise de la Seine-Saint-Denis, ça montre qu’il y a une attractivité pour des artistes qui souhaitent s’installer pour dix mois en Seine-Saint-Denis. Et c’est la présence de l’artiste elle-même qui montre le dynamisme des acteurs, et l’attractivité du territoire pour des artistes. C’est un territoire qui est tout de même assez attractif. » Le département de la Seine-Saint-Denis est pourtant caractérisé par un très faible degré de cohésion urbaine et spatiale, un manque d’agrément de l’espace public et un faible attrait touristique (Khermimoun, 2008). La résidence d’écrivain représente ainsi une possibilité de valorisation symbolique du territoire.

Dérives – vers l’écrivain public

Si le dispositif « Écrivains en Seine-Saint-Denis » conserve les principes directeurs des années 1980 – pas de commande d’œuvre, liberté de création –, l’écrivain en résidence représente néanmoins une ressource pour la ville. Dans le cas de la résidence de l’écrivain en 2015-2016 par exemple, le Service de communication de la ville, profitant de son ancrage sur le territoire, lui propose de prendre en charge la rédaction du prochain numéro de la revue promotionnelle de la ville. Dans un souci de donner une épaisseur humaine à ce nouveau numéro – les précédents s’étant orientés vers la valorisation des nouveaux grands projets urbains notamment –, le Service de communication nourrit l’idée qu’un écrivain peut mieux qu’un journaliste dresser des portraits d’habitants, portraits élogieux qui servent avant tout ici à la valorisation du territoire, ainsi que le révèlent les mots d’introduction de la maire de la ville : « Nous voulons permettre à chacun de vivre sa ville différemment. Une ville mixte, traversante, mieux reliée aux axes de transport. Qui offre à chaque habitant des ressources pour trouver un emploi, entreprendre ou s’engager dans la vie civique. Ces parcours de vie illustrent cette volonté et sont autant de promesses pour l’avenir ! Ils participent chacun d’un même corps social et constituent notre fierté. » (Thomassin, 2016 : 2). On retrouve ici, donc, les thèses de Molina (2014 : 10) :

À l’heure où le marketing et le traitement et le travail sur l’image des territoires constituent un enjeu fort de leur gestion, la littérature se voit donc utilisée comme un instrument, comme un outil stratégique au service d’un projet politique […] Dans la compétition des villes pour valoriser leur territoire et se distinguer les unes des autres, jouer d’une manière originale sur la culture en mobilisant la littérature constitue une stratégie politique parmi d’autres.

Toutefois il faut encore une fois nuancer les possibilités d’évaluation de la ressource attractive qu’est l’écrivain en résidence pour le territoire : le Service de communication de la ville lui-même se félicite d’échapper encore à l’injonction d’évaluation. La signature de l’écrivain, jeune entrant, est moins utilisée pour donner à la revue, voire à la ville, un rayonnement nouveau que comme gage d’un contenu « humain », même « intime », qui puisse attirer l’attention des élus eux-mêmes sur la revue et l’intérêt pour eux de s’en saisir. De même, si le discours de la « ville dynamique » repéré par Valérie Deshoulières (2015) pour d’autres résidences est présent au Bureau du livre, il reste secondaire : « On y a réfléchi plutôt en termes d’intérêt littéraire. On se disait que mettre un auteur en immersion pendant dix mois (donc c’est long) ça pouvait vraiment produire quelque chose d’intéressant en termes d’écriture. » (Panossian, communication personnelle, 5 février 2016.)

Le programme de résidences « Écrivains en Seine-Saint-Denis », en distinguant depuis quelques années les résidences dans les lieux de lecture publique et les résidences dans d’autres institutions culturelles, patrimoniales, aussi dans des entreprises, élargit ainsi la palette des ressources que peut constituer la résidence pour le territoire : au soutien à la création et à la démocratisation culturelle s’ajoutent désormais, dans le discours des acteurs, l’intérêt d’une dynamisation des institutions culturelles dans une logique événementielle, voire d’animation du territoire par le renforcement de son attractivité. Au-delà des actions de l’écrivain sur le terrain et des retombées symboliques impliquées, il s’agira enfin de s’interroger sur la ressource que constitue la production littéraire issue des résidences, pour les territoires qui accueillent et soutiennent justement la création.

De l’image de mécène à la valorisation symbolique et patrimoniale : la production littéraire issue des résidences comme ressource territoriale

L’intérêt majeur de la résidence d’écrivain pour le territoire est d’afficher le souci de la Seine-Saint-Denis pour la culture. Si la résidence d’écrivain se fait ressource territoriale, il semblerait que ce soit paradoxalement parce que l’écrivain utilise précisément le territoire – son imaginaire mais aussi le dispositif que ce dernier propose – comme ressource, et parce que cette capacité du territoire à être une ressource littéraire fournit précisément à ce territoire une plus-value symbolique non négligeable, dans un cercle vertueux où être une ressource pour l’écosystème littéraire devient ressource en soi. Le Bureau du livre le confirme : « ce qui importe au département c’est qu’il y ait la petite mention qui dit que ça a été créé avec le soutien du département » (Panossian, communication personnelle, 5 février 2016). Dans un contexte de crise et de coupures budgétaires, la politique du département souhaite d’ailleurs renforcer son droit de regard sur le choix des écrivains bénéficiaires du dispositif, et l’accent est mis de manière croissante sur l’importance de soutenir de jeunes entrants prometteurs, de présenter le département comme étant soucieux du soutien à la jeune création.

Le territoire de la Seine-Saint-Denis, ressource pour la littérature

Proposer une résidence d’écrivain en Seine-Saint-Denis, depuis 1986, c’est affirmer que le territoire est un réservoir de fictions, un laboratoire langagier qui puisse bousculer les territoires de la littérature, comme le défend Henriette Zoughebi dès la création du dispositif. C’est ce que confirme François Bon (2000) lors d’un colloque organisé par la Fondation 93 où il revient sur les différentes activités qu’il a menées en tant qu’écrivain dans le département, notamment dans le cadre de résidences : le territoire de la Seine-Saint-Denis représente une ressource spécifique car elle confronte l’homme à un paysage inédit, une nouvelle « banlieue » qui met à l’épreuve le langage, la pensée, remettant en question les notions « de territoire et d’identité ». Il évoque ainsi un « bouleversement inédit dans son ampleur et ses spécificités » concernant « ces deux marques premières de ce qui était jusqu’ici ce par quoi un individu peut se reconnaître lui-même dans une situation nouvelle ». La Seine-Saint-Denis apparaît selon lui comme « une formidable concentration qui pourtant nous échappe, une concentration comme une plaque, avec un nom et des routes, des ponts, des voies ferrées, rivière, fleuve et canal, et puis ces cités, ces plaques de maisons et ces alignements d’enseignes, des ronds-points et des noms, une formidable concentration et pourtant presque invisible » (ibid.). Le département s’affiche de la sorte tel un terrain de travail langagier et littéraire pour l’écrivain en résidence. Faut-il aller jusqu’à penser la résidence comme un dispositif touristique invitant l’auteur à une exploration curieuse et personnelle du territoire ? On retrouve en tout cas de manière récurrente chez les auteurs bénéficiaires l’idée selon laquelle « Écrivains en Seine-St-Denis » est une ressource littéraire au sens où cela leur permet d’accéder à un terrain littéraire qui autrement resterait inaccessible. L’ouverture, pour l’écrivain en résidence, de lieux et d’institutions du département, sa rencontre avec les habitants dans le cadre des « actions culturelles », sa participation aux activités sur le territoire, peuvent ainsi relever d’un original tourisme expérientiel et littéraire : le paradoxe de cette ressource littéraire du territoire de la Seine-Saint-Denis réside précisément dans le fait qu’elle n’existe que parce que l’écrivain en résidence recharge symboliquement le lieu de littérature par sa présence, qu’il en fait un possible littéraire, par son regard (Fournier et Bordessoule, 2015). La ressource renvoie de ce fait à l’intentionnalité des acteurs concernés en même temps qu’au substrat idéologique du territoire, ainsi que le rappellent Gumuchian et Pecqueur (2007).

Corpus territorial et patrimonialisation

Si « Écrivains En Seine-Saint-Denis » ne passe pas commande auprès des écrivains, la possibilité que les productions littéraires issues des résidences intègrent le territoire reste cependant ouverte. Les travaux d’Anne Reverseau (2017) rappellent que les dispositifs de résidences peuvent impliquer parfois l’« injonction tacite du portrait de lieu ». Nombreuses sont les publications issues des résidences, depuis 1986, à ne pas évoquer la Seine-Saint-Denis. Cependant le dispositif a participé, sur trente ans, de l’entrée du territoire dans le champ de la représentation, et cela par la constitution d’une indistincte collection de textes non commandés mais attendus, espérés. La résidence de Fred Vargas à Stains en 1996-1997 est à cet égard intéressante : elle n’aboutit pas à la publication d’un texte qui explore explicitement le territoire du département. Trois années plus tard pourtant, en 2000, l’auteure campera les personnages de sa bande-dessinée Les quatre fleuves dans la ville de Stains. Dans un entretien accordé au Parisien en 2001, Vargas explique : « C’est un clin d’œil à la ville de Stains. Pour le livre, j’avais besoin d’une ville de banlieue où placer un terrain vague. Et comme, en 1996, le conseil général et la ville m’avaient octroyé une bourse pour animer des rencontres avec les habitants, j’ai voulu leur renvoyer l’ascenseur. » (Vargas et Daeninckx, 2001)

L’intégration de la Seine-Saint-Denis au champ de la représentation littéraire est ainsi conçue par l’écrivaine comme une contrepartie, un juste retour sur investissement pour le département dont elle se considère débitrice, redevable. La simple mention du territoire n’est cependant pas un acquittement suffisant, d’autant qu’elle est ici particulièrement dépréciative. La friche de Stains se caractérise avant tout par sa potentielle fertilité dans le texte, ainsi que la perçoit l’un des personnages : « Justement, cette terre, c’est pas un tas de caillasses, je la nettoie, je la fertilise. » Faire un « clin d’œil » à la ville de Stains, pour Vargas, c’est suggérer les richesses encore insoupçonnées d’un territoire pour l’heure désolé : « Les Quatre Fleuves, c’est plutôt une utopie, un rêve. L’idée que, dans cet urbanisme terrible, une famille, un théâtre, des petits pois ou de la poésie peuvent pousser. Avec cette chimère : et si un jour, ça existait vraiment. » (Vargas et Daeninckx, 2001)

La parution de la bande-dessinée donnera d’ailleurs lieu à deux articles dans Le Parisien. Leur vocation à valoriser le territoire y est explicite, et ce, dès leur titre respectif : « Il reste encore des endroits magiques » et « La BD s’entiche de la Seine-Saint-Denis » (Saint-Cricq, 2001).

Au fil de la trentaine d’années d’« Écrivains en Seine-Saint-Denis » se constitue ainsi un corpus territorial, qu’il s’agisse de textes écrits pendant les résidences ou, comme dans le cas de Vargas, d’un retour a posteriori du texte vers le territoire. Décor ciment de François Bon (1988), Lumière noire de Didier Daeninckx (1987) et Portrait du monde : roman de Bernard Noël (1988) sont les trois premières publications qui intègrent la représentation d’au moins une partie du territoire de la Seine-Saint-Denis aux textes, mais on pourrait citer, sans être exhaustif, Trois fois huit de Dominique Grandmont (1990), Les nuits de Romainville de Paul-Louis Rossi (1998), le recueil collectif Les mots des autres (2009), la nouvelle d’Olivier Brunhes « La parabole de l’ange » dans Des nouvelles de la banlieue, Clichy mot à mot (2008), le projet « La ville de Bobigny, une architecture en paroles » d’Olivia Rosenthal (2009)[15], les textes Des Oloé d’Anne Savelli (2011), Ils sont là d’Anne Luthaud (2010), les chroniques de Bernard Chambaz sur le club de football français Red Star[16] (2014-2015), le Dictionnaire La Poste des métiers et des fictions de Caroline Hoctan et Jean-Noël Orengo (2013), les lieux de la déportation en Seine-Saint-Denis dans Une île, une forteresse d’Hélène Gaudy (2015)…

Cette production littéraire indirectement issue des résidences d’écrivains participe de la valorisation d’un territoire encore méconnu, ainsi qu’en témoigne le récent article de Joséphine Lebard (2017) « Escapade en banlieue : la Seine-Saint-Denis loin des clichés » paru sur la plateforme Bookwitty, qui s’ouvre sur la question suivante : « Le 9-3 peut-il constituer une destination touristique ? Un territoire à découvrir au même titre que des îles des bouts du monde ? Indéniablement. »

La journaliste présente une sélection de textes d’écrivains qui « n’ont pas attendu pour faire de ce paysage qui mêle vastes espaces boisés (le Parc de la Courneuve est plus grand que Central Park), quartiers pavillonnaires ou grands ensembles – sources de fantasmes comme de fascination – le décor où s’épanouit leur imaginaire ». Élaborée par l’écrivain Sylvain Pattieu – lui-même bénéficiaire du programme de résidence « Écrivains en Seine-Saint-Denis » –, la liste des œuvres permet selon lui « de plonger au cœur de ce territoire attachant, sans se laisser submerger par les lieux communs ». Dans la dizaine d’auteurs cités, une majorité a déjà été bénéficiaire du dispositif de résidence, même si souvent ils sont cités pour d’autres raisons – par exemple avoir travaillé sur le territoire dans le cas de Sylvain Pattieu ou d’Olivia Rosenthal. La ressource symbolique que représente la résidence d’écrivain est donc ici double : l’écrivain bénéficie d’un statut ayant partie liée avec le sacré, ainsi que le rappellent les travaux de Pierre Bourdieu autour de la « croyance » ; sa présence sur le territoire du département – qu’il y vive, qu’il y travaille, ou qu’il y ait séjourné dans le cadre d’une résidence – permet une valorisation de ce dernier. Par ailleurs, la production de textes littéraires ayant en partie pour objet la Seine-Saint-Denis participe du « réchauffement territorial » (Tesson, 2014)[17], elle devient une ressource dans la constitution d’un imaginaire territorial, voire une « passerelle vers le territoire », à l’image des maisons d’écrivains étudiées par Aurore Bonniot-Mirloup et Hélène Blasquiet (2016), invitant les Franciliens et les touristes à explorer à leur tour cet « endroit méconnu » (Lebard, 2017).

Conclusion

« Écrivains en Seine-Saint-Denis » avait avant tout vocation, lors de sa création en 1986, à être une ressource en termes de lutte contre la marchandisation des biens culturels et de préservation de l’écosystème littéraire, le soutien à la création étant directement lié pour les acteurs communistes de l’époque à la démocratisation culturelle. Les acteurs actuels du dispositif identifient de nouvelles ressources que peuvent représenter les séjours des écrivains sur le territoire. Ceux-ci, touristes expérientiels originaux, renforcent le maillage institutionnel du territoire, voire dynamisent l’image de ce dernier en participant aux activités des lieux d’accueils, des centres culturels mais aussi patrimoniaux, ou des entreprises. Le tourisme littéraire impliqué par le dispositif de résidence peut ainsi être conçu selon une double temporalité : il s’agit d’attirer des écrivains dans le département, non seulement en leur fournissant une bourse, mais en les incitant à faire l’expérience du territoire dans le cadre notamment de leurs actions culturelles. Depuis trente ans, on s’aperçoit ainsi que le séjour en Seine-Saint-Denis donne lieu, sans pour autant l’imposer, à la publication de textes littéraires qui réfèrent au territoire, constituant progressivement un corpus qui recharge symboliquement un territoire saturé de discours, devenant une invitation pour les lecteurs, selon le récent usage médiatique et promotionnel qui en est fait, à chercher eux-mêmes à mieux connaître les lieux de la Seine-Saint-Denis.

Parties annexes