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Comptes rendus

Charles Le Blanc. Histoire naturelle de la traduction. Paris, Les Belles Lettres, 2019, 304 p.[Notice]

  • Gaëlle Varnier-Brunet

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Dix ans après la publication de son Complexe d’Hermès, réflexion philosophique sur le travail de traduction récompensée du Prix Victor-Barbeau de l’Académie des lettres du Québec, finaliste des Prix littéraires du Gouverneur général dans la catégorie Études et essais, et qualifiée par le Conseil des arts du Canada de « réflexion brillante et riche d’un vaste savoir culturel » (Gouvernement du Canada, 2009, n.p.), Charles Le Blanc dévoile un nouvel essai, Histoire naturelle de la traduction. À partir des conclusions de son précédent ouvrage, il pousse sa réflexion, délaissant la mythologie grecque au profit de cinq contes populaires : Le Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde, La Reine des neiges d’Andersen, L’Apprenti sorcier de Goethe, La Barbe-bleue de Perrault et Hansel et Grethel des frères Grimm. Au fil des pages, Le Blanc rapproche ces oeuvres et traverse l’Histoire afin de dégager cinq caractéristiques de la traduction et cinq périodes de l’art de traduire, de l’Antiquité au romantisme du XIXe siècle, en passant par la Renaissance, dans le but de répondre à une question en apparence toute simple : « Qu’est-ce que la traduction ? » La réponse est, selon l’auteur, aussi simple que la question : ce qui définit la traduction, c’est son histoire. Comme l’énonce son auteur (p. 13), l’ouvrage propose trois essais en un. Le premier combine le prologue et l’épilogue. Le prologue s’ouvre sur sept courts récits mettant en scène l’ensemble des éléments théoriques qui résoudront le puzzle de l’ouvrage au fil des chapitres, parmi lesquels l’angoisse de la page blanche de l’auteur et la peur du traducteur ; le lecteur et sa culture ; le livre et son rapport au lecteur ; la tâche du traducteur ; la mise en avant de l’oeuvre. L’épilogue qui lui répond, en deux parties, se présente sous la forme d’un conte norvégien suivi de clés d’interprétation. Le deuxième essai constitue le corps de l’ouvrage et s’articule en cinq chapitres, chacun d’eux introduit par un extrait de conte destiné à illustrer des éléments théoriques en traductologie. Enfin, les notes de bas de page, très riches, abondent tout au long du texte et forment, selon Le Blanc, un petit essai in nuce (p. 13), permettant d’approfondir la réflexion principale. Dans son premier chapitre, illustré par un extrait du Portrait de Dorian Gray, Le Blanc démontre comment le sens est l’objet d’une construction, de la même manière qu’un portrait est le fruit d’un modèle. Il s’interroge sur les notions de représentation et de réel, sur l’effet du temps sur les traductions, et compare habilement les oeuvres d’art, de peinture notamment, au processus de traduction. Ce passage par la peinture lui permet de mettre en scène un aspect fondamental des traductions : faire comprendre le sens et non simplement le communiquer (p. 58). Selon Le Blanc, les questions de traduction s’articulent autour d’une théorie de la connaissance et non d’une théorie de la communication ; bien plus que les mots, ce sont les charges culturelles et symboliques d’une oeuvre qui font d’elle une « oeuvre », car la signification de l’oeuvre en question dépend de son époque, de son lieu de naissance, de son contexte social et politique. Tout en comparant la traduction à une toile, Le Blanc distingue celle-ci de toute autre oeuvre, dans la mesure où, contrairement aux autres formes d’art, elle se substitue à l’original pour le lecteur qui ne maîtrise pas la langue d’origine (p. 47). Il nomme le texte source « texte originel » et le texte cible « texte originaire » (p. 81). Le texte originel, oeuvre « originale », fruit de l’imagination de …

Parties annexes