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Joanne M. Ferraro, Venice. History of the Floating City (New York : Cambridge University Press, 2012), 300 p.[Notice]

  • Shawn McCutcheon

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  • Shawn McCutcheon
    Université de Montréal

Depuis la publication en 1973 de Venice. A Maritime Republic de Lane, de nombreuses études sur Venise ont vu le jour, études synthétisées ici par Joanne M. Ferraro. L’auteure, qui a notamment publié Marriage Wars in Late Renaissance Venice en 2001, ouvrage lui ayant valu le prix du meilleur livre de la Society for Study of Modern Women, brosse le tableau d’une Venise multiculturelle. Ferraro porte une attention particulière à l’influence de l’environnement maritime et des réseaux d’échanges sur la fabrique urbaine. Quatre préoccupations marquant l’historiographie récente sont au coeur du propos : la construction des identités vénitiennes, le multiculturalisme vénitien, la hiérarchie sociale et enfin le genre, compris comme un construit socioculturel illustrant des rapports de pouvoir. Ces préoccupations viennent compléter des thématiques institutionnelles, politiques et économiques traditionnelles. L’auteure s’appuie notamment sur les archives d’État vénitiennes, les registres cadastraux et une abondante littérature secondaire. L’ouvrage se divise en neuf chapitres thématiques, précédés d’une chronologie historique détaillée. Le premier chapitre est consacré aux mythes fondateurs de la cité flottante et à la (re)construction physique de la ville en relation avec l’eau. S’inspirant des travaux de Crouzet-Pavan, Ferraro souligne le rôle du milieu maritime dans la configuration urbaine. L’influence orientale et byzantine qu’on y dénote est due à l’intégration de la cité à un réseau d’échanges méditerranéen. L’expérience commerciale et coloniale de Venise marque la cité dans la dimension multiculturelle de sa vie matérielle jusqu’au XVe siècle. Ce multiculturalisme, sujet du second chapitre, se traduit par des mélanges architecturaux et par des échanges commerciaux et intellectuels transformant les conditions de vie et les manières de vivre. Le chapitre trois porte sur les développements politiques, ainsi que sur la vie de la classe dirigeante vénitienne, le Patriciat. Dans la lignée des travaux de Perizolo sur les intérêts interclasses, Ferraro souligne la cohésion relative de la population derrière l’oligarchie marchande, toutes deux unies par des intérêts environnementaux et commerciaux mutuels. L’étude du Patriciat est poussée jusqu’aux portes des XVe et XVIe siècles, où l’intérêt se tourne vers la propriété terrienne dans le cadre de l’établissement d’un État territorial italien. Si le Patriciat a conservé si longtemps le pouvoir, c’est en raison, selon Ferraro, de sa forte direction, de ses intérêts mutuels avec les autres groupes sociaux, d’une administration efficace et d’une approche constitutionnelle mouvante. Le quatrième chapitre est consacré aux autres constituantes du corps social, des citoyens aisés aux pauvres gens. S’intéressant aux identités et aux formes de la sociabilité, l’auteure souligne le spectre varié des affiliations sociales. Le rôle de la profession, de la paroisse, de la confession, de la faction, du Carnaval et des familles dans la formation de l’identité y est abordé. L’attention est fixée au chapitre suivant sur la vie matérielle et les habitudes de consommation à partir de la seconde moitié du XVe siècle. Rejetant la thèse du déclin économique, Ferraro souligne l’importance de la réorientation métropolitaine de l’économie vénitienne par le développement de la production de biens manufacturés, alimentaires et textiles. Le sixième chapitre porte, pour sa part, sur le mythe de la République idéale. Construit dans le contexte d’expansion italienne au XVe siècle, ce mythe vénitien est marqué par les idéaux classiques grecs et romains des humanistes italiens. Ce mythe, témoignage du programme politique du Patriciat, est bien présent dans les rituels et les cérémonies publiques. Or, il n’est qu’une façade ; et la cohésion vénitienne, un vernis idéologique. L’analyse des résistances internes à l’ordre oligarque est au coeur du septième chapitre. La dissidence religieuse lors de la Réforme, le rôle de l’Inquisition face aux hérésies et aux femmes mystiques, …