Chroniques : Roman

Le fantastique et la science-fiction au Québec : panorama de la production de l’année 1985

  • Michel Lord

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par Michel Lord, Université Laval

II existe au Québec, depuis près de vingt-cinq ans maintenant1, un nouveau courant littéraire, marqué au coin du fantastique et de la science-fiction (SF), dont il faut désormais tenir compte dans notre vie littéraire. Les différents acteurs de ces deux champs se sont d'ailleurs montrés plus dynamiques que jamais en 1985. Ainsi, on a pu assister à la remise du Grand Prix de la science-fiction et du fantastique québécois 1985 à André Berthiaume pour les nouvelles fantastiques contenues dans son recueil Incidents de frontières2. En 1986, c'est Esther Rochon qui se mérite cet honneur pour l'ensemble de sa production de 1985. J'en soulignerai ici l'importance. Jean-Pierre April a remporté, quant à lui, les honneurs du concours "Septième Continent" avec sa nouvelle "la Survie en rose"3. D'autre part, une nouvelle revue, l'Année de la science-fiction et du fantastique québécois4, a fait son apparition. Dans le cadre du Congrès de l'ACFAS 1985, Elisabeth Vonarburg avait organisé un colloque sur les littératures conjecturales (entendre fantastique et SF); enfin, le Congrès Boréal sur le fantastique et la SF en était, en 1985, à sa septième édition.

Dans le monde de l'édition, il n'y a pas eu de déferlement, mais la production s'est tout de même maintenue à un niveau fort acceptable qualitativement et quantitativement: une douzaine de romans ou de recueils de nouvelles, et quelque soixante-quinze nouvelles éparpillées dans cinq ou six revues. Parmi les moments privilégiés, qui concernent surtout la SF faut-il le dire, je mentionnerais la parution du roman d'Esther Rochon, l'Épuisement du soleil5, celle du recueil collectif de Dix nouvelles de science-fiction québécoise6, et celle du numéro spécial "Pastiches" de la revue Imagine...7. Dans le domaine de la S F toujours, un autre événement aurait pu être important. Il s'agit de l'anthologie de science-fiction canadienne, Tesseracts8, de Judith Merril: sur vingt-huit auteurs, on n'a choisi que trois auteurs québécois (E. Vonarburg, D. Sernine et M. Sévigny), alors qu'on publiait des textes d'"au-teurs" qui n'avaient rien publié auparavant. Dans le cadre d'une anthologie qui se voulait représentative de la pratique de la SF au Canada, c'est plutôt navrant. L'Histoire continue!

Côté fantastique, peu d'événements vraiment marquants, si ce n'est la réédition des deux oeuvres fantastiques de Michel Tremblay9 publiées dans les années soixante et (mais c'est un fait de plus en plus fréquent dans nos lettres) la publication de quelques oeuvres qui témoignent du débordement de l'imaginaire fantastique dans le champ général de la littérature. C'était déjà le cas pour une partie de l'oeuvre d'André Berthiaume, mais aussi de celle des Jacques Ferron, Jacques Brossard, Jacques Benoît, André Vanasse, François Barcelo, Denys Chabot, Claudette Charbonneau-Tissot, Marie José Thériault et de bien d'autres. Le phénomène se répète en 1985. Ce qui m'amène à annexer au champ fantastique, de manière impérialiste, des ouvrages qui

n'appartiennent pas qu'au fantastique. Je me rends compte, peut-être à cause de l'obsession déformante qu'engendre chez moi une recherche axée sur des esthétiques si particulières, que les imaginaires fantastiques et de SF contaminent de plus en plus les processus créateurs narratifs, et donc que s'impose l'étude d'oeuvres apparemment situées en dehors des cadres fixés par les traditions fantastiques et sciences-fictionnelles. (C'est parfois ainsi qu'un genre se renouvelle).

Le roman fantastique

Ainsi en 1985, ont paru trois romans de fort bonne facture, non classables dans une seule catégorie littéraire: la Note de passage10 de ...